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LE CLERGÉ SERBE SOUS LA HIÉRARCHIE DE TEODOSIJE

Smederevo),« chicaneur et progressiste » et qui n’allait à l’église que pour les cérémonies où on le payait ; avec cela trop porté sur les femmes pour un homme d’Église, mais bénéficiant de solides protections politiques. Des prêtres de ce genre « ne respectaient ni Dieu ni diable », ou, pour parler plus clairement, ni les autorités ecclésiastiques, ni les autorités temporelles. Un pope Josip Popovié injuriait Copieusement, à la grande joie de la Srpska Nezavisnost, l’évêque d’Uzice, Kornelije, osant comparer la hiérarchie nouvelle à l’usurpation phanariote 1. Le Videlo contait avec indignation l’histoire du pope Novak Miloëevié qui, lors d’un voyage du roi Milan, s’était déguisé en mendiant et avait défilé devant le souverain à la tête d’une bande de loqueteux qu’il s’était lui-même avisé de réunir pour mieux extérioriser la misère du peuple ?.

Le pope Milan Djurié est un exemple particulièrement caractéristique du rôle que pouvait jouer le clergé serbe dans la vie politique. C'était une nature ardente et passionnée qui ne s’accommodait point de la vie silencieuse d’un prêtre de campagne. Né en 1844 à Zaovine (district d’UZice), il se battait en 1862 contre les Turcs à la tête d’une compagnie d'étudiants. En 1875, il était président du Comité insurrectionnel de Bosnie-Herzégovine, mais il prenait aux hostilités une part active en gagnant de glorieuses blessures comme aumônier militaire en 1876. En 1878, il était nommé député et devait être constamment réélu. Dès lors commencera pour lui une période d'épreuves et de persécutions : en 1886, il sera accusé de complicité dans l’affaire du meurtre du député progressiste Veljko Jakovljevié ÿ. Emprisonné, il sera relâché trois mois après, puis jeté à nouveau en prison. Il devra s’enfuir au Monténégro, puis à Constantinople. Revenu en Serbie et compromis avec Ranko Tajsié dans la « conspiration » de l'industriel Cebinac, de Valjevo, il sera, faute de preuves, laissé en liberté (1888). Djurié fut moins heureux après l'attentat de l’Ivandan, le 24 juin 1899. Arrêté comme complice, il fut soumis à un régime rigoureux, jeté dans une prison ignoble, livré aux tortures de la faim. Il fut condamné à vingt ans de travaux forcés 4 D’autres prêtres avaient eu une carrière politique aussi mouvementée, mais moins probe. Un type curieux de pope arriviste est celui du diacre Milenkovié. Avant de fonder en 1882 une revue

1 Srpska Nezavisnost, 16 juin 1883.

2 Videlo, 14 mai 1882.

3 Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenovica, t. III, p. 186.

4 Gracié après le mariage du Roi Alexandre (11-9-1900), il restera désormais une des « lumières » du Parti libéral, estimé pour son patriotisme, sa fermeté et son goût inné pour la douceur, en dépit de tous les déboires de sa vie publique. I1 mourut à Rome en 1917 (cf. Encyclopédie S. C. S.).

religieuse « pour la défense de l’Orthodoxie », Glas pravoslavlja, 1l avait connu une vie plutôt turbulente. oc du Séminaire pour une affaire de mœurs (affirme le Videlo),le Métropolite Mihailo l'avait réintégré, mais, vite fatigué de ses écarts, l’avait éloigné à nouveau. En province, où il exerçait les fonctions d’instituteur, 1l avait continué ses intrigues, et le Ministre de l’Instruction publique avait été obligé de le suspendre. Milenkovié s’était enfin réfugié auprès de l’évêque de Sabac, Jeronim !.

Il faut d’ailleurs opérer un tri dans ce flot journalier de délations, d’accusations anonymes dont beaucoup proviennent sans doute de séminaristes mécontents ou de popes aigris. Le haut clergé n’est guère épargné. Jeronim, destitué en 1883, fut l’évêque le plus attaqué par les progressistes comme par les radicaux. On le tourne en ridicule quand il demande « plus de tolérance » et plus de largeur d’esprit pour l’opposition ecclésiastique :

« C’est une plaisanterie, répond le Videlo. Toute une foule de nos radicaux d’aujourd’'hui s’est vue réduite à s’enfuir à travers le monde pour y crever de faim grâce à la grande « tolérance » des amis de l’évêque quand ils étaient au pouvoir ?. »

De Jeronim on raconte pis que pendre : qu’il maltraite ses prêtres, qu’il ne respecte pas les jeûnes (des séminaristes ont vu apporter un succulent rôti dans sa cellule, pendant la période la plus rigoureuse du Carême !) qu’il se montre indifférent aux prescriptions du culte et ne craint pas de les tourner en ridicule. À Kragujevac, voyant passer des forçats, n’a-t-1l pas le mauvais goût de s’écrier devant tous ses confrères : « Savez-vous quelle est la différence entre ces gens-là et nous ? C’est que leurs chaînes sontenfer et les nôtres en or ! » Kornelije — évêque de Ziëa — était d'humeur moins badine. Il avait pris l'initiative d’établir pour les prêtres de son diocèse des « fiches » qui lui permettaient de connaître aussitôt le parti ‘auquel ils appartenaient. On lui reprochait également de rudoyer son clergé et de se servir davantage de la police que de ses mandements pour faire respecter son autorité. Des prêtres furent sévèrement punis pour ne pas s’être découverts en passant devant son palais épiscopal. D’autres poursuivis pour des peccadilles par les tribunaux d’Église se virent, sans défense, privés de leurs paroisses et parfois emprisonnés ÿ,

1 Videlo, 2 avril 1882.

2 Videlo, 28 mars 1882.

3 Videlo, 2 avril 1882.

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