LE CLERGÉ ET L’'INSURRECTION DU TIMOK
pope Marinko, le député radical Ljubomir Didié, s’emparait de Banja, sans grande difficulté. KnjaZevac, le 27 octobre 1883, chassait les fonctionnaires gouvernementaux et confiait le pouvoir à un comité exécutif radical. Le chef suprême des insurgés était Aca Stanojevié. C'était le seul des meneurs qui eût vraiment le sens de l’organisation. Il essaya vainement d'instaurer chez les insurgés cette discipline qui leur aurait permis de tenir tête aux troupes gouvernementales. En fait ces dernières, mieux armées, mieux conduites, n’eurent pas de peine à mettre en fuite à Cestobrodica les bandes anarchiques du pope Marinko et à s'emparer de celui-ci. Knjaïevac fut aisément prise, Aca Stanojevié s’étant réfugié en Bulgarie. La répression ne se fit pas attendre. Déjà, dès le 25 octobre, tous les membres du Comité directeur du Parti Radical avaient été arrêtés et jetés en prison : seul, Nikola Paëié avait réussi à s’échapper, traversant la Save dans une barque 1. Il fut condamné à mort par contumace. Pera Todorovié, Rasa Miloëevié furent condamnés à mort, puis leur peine fut commuée en celle de 10 ans de travaux forcés. Quant aux chefs des insurgés, 21 d’entre eux furent fusillés et parmi ceux-ci le pope Marinko et les popes Miloje Petrovié et Lazar Milenkovié ?. 5
En outre, dans toute la Serbie, six prêtres furent arrêtés et traduits devant des tribunaux militaires qui les condamnèrent aux travaux forcés à temps. Le Gouvernement s’était également adressé aux autorités ecclésiastiques pour leur demander de prononcer la destitution des prêtres coupables, mais le Métropolite, soutenu par le Synode, s’était refusé à déférer à la demande du pouvoir temporel. Plus tard les prêtres condamnés seront réintégrés dans leur fonction, et monteront même en grade à.
1 Il s’est longtemps agi de savoir si Nikola Paëié avait eu un rôle plus actif que ses collègues dans la préparation de l'insurrection. On a même soutenu qu’il aurait eu un entretien secret à Boljevac avec le pope Marinko. Raëa Milosevié a démontré dans ses souvenirs que la chose était impossible. Sa fuite précipitée en est une preuve et par ailleurs, si Paëié avait voulu participer personnellement à l'insurrection, il s’en serait ouvert à ses amis du Comité parmi lesquels se trouvaient des personnalités aussi et même plus capables que le pope Marinko (cf. Raëa Miloëevié, Timoëcka Buna 1883 godine, Belgrade, 1923, p. 191-203).
2 Sur la mort héroïque du pope Marinko, voir le rapport manuscrit de Paëié. Arch. Acad. Roy. Serbe, n° 7885 /2.
3 La haute hiérarchie ne témoignera pas la même énergie, au lendemain de l'attentat de l’Ivandan (24 juin 1899). Des prêtres d’une innocence notoire, comme, par exemple, l’archiprêtre Milan Djurié, furent alors traduits en Conseil de guerre et destitués de leur dignité ecclésiastique sur la demande expresse du Gouvernement ; mais comme on n'avait pu réussir à découvrir aucune preuve contre eux, on fut obligé de les gracier. En fait, ils ne furent jamais réintégrés dans leurs fonctions primitives en dépit du précédent de la Timoëka Buna. (Hris-
éanski Vesnik, janv. 1901, p. 87.)
Les contemporains ont été surpris de cette participation du clergé à un soulèvement dans lequel les dirigeants politiques radicaux n'avaient eu, dès ses débuts, aucune confiance. Le Métropolite Mraovié vit d’un fort mauvais œil cette complicité des membres de son clergé. Il crut et peut-être n’eut-il pas tout à fait tort que, dans cette révolte du Timok, on pouvait constater les premières manifestations d’une activité souterraine de la Hiérarchie destituée. Le député radical Ljubomir Didié qui partagea avec le pope Marinko le commandement des insurgés appartenait à une vieille famille de Soko Banja, celle des Kaëmerac à laquelle était également apparentée la mère du Métropolite Mihailo. C’est dire qu’entre les insurgés du Timok et le chef de l’ancienne hiérarchie il pouvait bien y avoir d’autres liens que ceux de la sympathie !. Aussi Teodosije pensa opportun de donner à son clergé, et en particulier au clergé du Timok, un sévère avertissement :
« Jamais les évêques de notre patrie ne se sont trouvés dans un embarras semblable à celui qui leur a été créé par quelques prêtres déraisonnables à l’occasion de la révolte des provinces orientales. Par leur travail malfaisant contre la Patrie, la Sainte Église et le Roi, certains prêtres ont déshonoré et humilié leurs évêques et leurs autres frères. ? »
« Pour la première fois », à en croire le Métropole, le clergé serbe s’était mis au service d’une révolte : affirmation purement gratuite. Les traditions de l’indiscipline et de rébellion étaient anciennes dans le bas clergé de Serbie. Aussi ne faut-il pas trop accorder créance aux lamentations du Métropolite, qui terminait son mandement par un véritable appel à la délation en demandant qu’on lui signalât «les prêtres qui ne voudraient pas se soumettre ?. » C'était en effet une vue superficielle que de croire que le clergé avait perdu son sens de la discipline parce qu’il était rongé par l'esprit politique : bien au contraire, son ardeur combattive ne datait pas de la formation des partis, et on pouvait même dire que c'était le clergé,
surtout le bas clergé, qui avait infusé aux luttes partisanes une espèce de fanatisme f.
1 Dimitrijevié (Arch. St. M.), Mihailo, p. 45, n° 1.
2 Hriséanski Vesnik, fév. 1884.
3 Hriséanski Vesnik, fév. 1884.
* Matériellement, le clergé serbe souffrit beaucoup de la révolte du Timok. Dans les provinces orientales où avait éclaté l’insurrection, le clergéfuttraité avec
méfiance par les autorités civiles. Le siège épiscopal de Negotin resta deux ans sans pasteur.
TENTATIVES DE RÉFORME ECCLÉSIASTIQUE