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LES INSTITUTEURS ET L'ENSEIGNEMENT RELIGIEUX

Les instituteurs laïques étaient en effet de plus en plus suspects à l'Église. De la disparition progressive de l’esprit religieux en Serbie, ils seront les premiers accusés. On leur reproche de ne plus attribuer aux choses de l’Église toute l'importance qu’elles méritent, de faire passer au second plan l’enseignement de l'Histoire Sainte, de négliger presque totalement le chant d’Église 1. Il existait pourtant des instructions du Ministre de l’Instruction publique, en date du 27 février 1884, sur l’obligation de la fréquentation des églises par le corps enseignant, mais elles étaient restées sans effet. Les prêtres se plaignent du peu de zèle que mettent les instituteurs à accomplir leurs devoirs religieux : lorsqu'ils ont à conduire leurs classes à l’office divin, ils arrivent en retard, troublent le culte par leur turbulence, chantent mal ou ne chantent pas du tout, laissent faire du bruit à leurs élèves, etc..?. Uninstituteur de Cuprija, Jovan Jovanovié, avait osé écrire que « la pédagogie contemporaine n’admettait plus que le but de l’école fût d'apprendre aux enfants à prier Dieu. Le concept de Dieu était trop abstrait pour les élèves qui n’y pouvaient rien comprendre ». Le Hri$éanski Vesnik voyait dans cette mentalité « néfaste » des nouveaux maîtres de la jeunesse serbe la conséquence de l'influence pédagogique allemande ?. Le Prosvetni Glasnik, organe du Ministre de l’Instruction publique, avouait lui-même que «les gens intelligents » faisaient parfois peu de cas de la religion, ce dont il fallait chercher une des causes dans l’absence d’un enseignement religieux sérieux à l’école f.

1 Hriséanski Vesnik, oct. 1888, p. 765-770.

Il faut bien croire que la réforme du chant d’Église par Teodosije, dont le seul titre de gloire était d’être un novateur dans ce domaine, n’a pas frappé beaucoup les observateurs étrangers. Un voyageur français qui conte, en 1890, dans la Revue des Deux Mondes les impressions emportées au cours d’un périple balkanique, se plaint précisément de la médiocrité du chant liturgique serbe. Il écrivait, non sans humeur : « Je ne vous engage pas moins, si vous avez l'esprit large et l'oreille complaisante, à visiter un jour de fête la cathédrale de Belgrade. Vous y verrez les popes rangés en cercle, immobiles comme des statues dans leurs beaux habits sacerdotaux, et nasillant à l’envi les louanges du Seigneur... » (XXX., Du Danube à l’ Adriatique, Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1890, p. 314).

2 Hriséanski Vesnik, juin-juil. 1888, p. 524.

$ Jbid., janv. 1888, p. 62.

4 Prosvetni Glasnik, 1887, p. 776.

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