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rigoureux, qui fut néfaste pour sa santé. Il projetait d'aller se rétablir de ses fatigues dans quelque station thermale autrichienne, mais ayant demandé un permis de séjour au Consul de la Bou chie à Ruëëuk, il se vit refuser cette faveur en termes grossiers ”.
Un événement devait changer sa vie : l'Université de Kiev célébrait en 1884 son jubilé du Cinquantenaire : le Métropolite y fut invité. Il résida quelque temps dans un monastère de Kiev « entouré de l’affection et du respect de tous ». C’est là qu'il apprit que le Podvorje serbe de Moscou, par suite de la lamentable gestion de l'igoumène Teofilo, était complètement ruiné. Teofilo, qui s’était montré passablement maladroit dans ses rapports avec son Gouvernement, avait été destitué, et était revenu en Serbie « dans l’espoir, dit Dimitrijevié, de pêcher en eau trouble, en dépit de ses tares morales, une mitre épiscopale ? ». Mihailo décida de sauver le Podvorje, ce à quoi il parvint grâce à son intelligente administration : les dettes et les hypothèques qui le grevaient disparurent et cette Fondation, sous la direction de l’ancien Métropolite, en retrouvant son ancienne prospérité reprit sa véritable signification : celle de lien spirituel entre les deux nations orthodoxes à.
L’ex-Métropolite Mihailo était très aimé dans la haute société religieuse russe. On ne le considérait point comme un étranger, mais comme un homme dévoué corps et âme aux intérêts de l’Orthodoxie russe, Alma Mater de la petite Église serbe. Bien que la pratique orthodoxe fût assez rigoureuse sur la question des prérogatives épiscopales, la haute prélature russe considérait Mihailo presque comme faisant partie de la hiérarchie religieuse russe : on put voir souvent l’ancien archevèque de Belgrade remplacer dans sa cathédrale le Métropolite de Kiev, Platon, que sa vieillesse rendait de plus en plus inactif #.
Son exil en Russie conférera au Métropolite Mihaiïlo un ascendant et un crédit considérables dans le monde slave des années 90, dont il deviendra une des figures les plus marquantes.
Auréolé par la persécution politique qui le poursuivait, grandi par un ostracisme qui à tout prendre se réduisait à de petites tracasseries fort courantes, considéré par tous comme le défenseur des Slaves
* Dimitrijevié (St. M.) ajoute : le consul s’attira un blâme énergique de son Département pour avoir entretenu des rapports avec l’ex-Métropolite (op. cit., pat)
? Dimitrijevié (St. M.), op. cit., p. 37.
® L'étroite dépendance dans laquelle se trouvait le Podvorje vis-à-vis de la Hiérarchie russe explique comment, en dépit du Gouvernement serbe, un poste de cette importance a pu être confié à un proscrit.
# Majevskij, Srpski Patrijarh Varnava i njegovo doba, Sremski Karlovci, 1933, p. 39-40.
opprimés et l’ennemi de la Double-Monarchie, il était tout désigné pour se faire auprès de la Grande Russie l’avocat des Slaves des Balkans. Il ne pouvait en effet se présenter et avoir l'autorité nécessaire sur les milieux slavophiles en se donnant pour le représentant de la seule Serbie. Un apologiste du Métropolite, qui a retracé l’histoire de sa vie avec la piété d’un hagiographe, évoque ses efforts pour faire régner un état d’esprit « plus juste et plus méthodique » chez ces slavophiles et en général chez ces gens importants « qui se partageaient les sphères d'influence dans les Balkans, assis autour d’une table verte, sans réflexion et en comptant sur une propagande factice et sur des amitiés qui n’existaient que sur le papier 1 ».
Comme preuve de son ardent patriotisme serbe, St. M. Dimitrijevié dépeint la douleur que Mihaïilo éprouva, lors de la guerre serbobulgare, en voyant son pays humilié et accablé par la défaite. Le prélat exilé fit taire ses ressentiments politiques et intervint auprès du Procureur du Saint Synode, Constantin Pobjedonoscev, par une lettre, en date du 19 janvier 1885, dans laquelle il suppliait l’homme d’État de plaider auprès de l'Empereur la cause de la malheureuse nation serbe :
« Je vous prie humblement d’intervenir afin que cesse cette guerre et de prier l'Empereur de sauver l’infortunée Serbie. Soyez miséricordieux et ne permettez pas que la race serbe périsse. Celle-ci met tous ses espoirs en Dieu et dans la Russie … ? »
Ainsi se répétait, à dix ans d'intervalle, le geste pacificateur de Mihailo. Après Slivnica comme après la chute de Djunis, l’Église serbe se contentait, pour tout remède comme pour tout secours, d'indiquer le chemin de la Russie.
Mihailo a-t-il fait davantage que de conseiller un changement d'orientation de la politique extérieure serbe et a-t-1il tenté d’exercer une action plus directe sur la politique intérieure de son pays ? Il le semble bien. St. M. Dimitrijevié le reconnaît lui-même et fait allusion aux relations qu’entretinrent dans l’émigration le Métropolite Mihailo et le chef proscrit des radicaux, Nikola Pasié. Le vénérable archiprêtre voit même dans le Métropolite l’homme qui a ramené dans le bon chemin orthodoxe un politicien jusqu’alors égaré par les « leçons d’un Bakunin » *.
L'histoire impartiale se doit toutefois d'apporter des nuances à
1 Dimitrijevié (St. M.), op. cit., p. 38.
MR Ibid pe 29: | : :
3 Cf. les Souvenirs de Mih. I. Popovié (manuscrit). Des extraits ont été publiés par l’archiprêtre Dimitrijevié, op. cit., p. 38.
cette affirmation : il semble bien en effet que la morale n’ait pas eu grand’chose à faire dans les tractations singulières de Rusèuk.
À Sofia où il s'était réfugié, fin novembre 1883, Pasié, accompagné de son inséparable Velimir Milojevié, rédacteur de Cosa, se préparait à fomenter un nouveau soulèvement en Serbie. Ayant consulté à ce sujet l’agent diplomatique de la Russie, Ionin, ce dernier lui avait répondu « que la Russie ne voulait rien savoir d’une révolution ». Exactement quatre jours après cette déclaration, le même Ionin faisait savoir à Pasié et Milojevié, par l'intermédiaire de Suknarov, chef des radicaux bulgares, qu’il leur serait profitable de se rendre incontinent à Ruëëuk pour y visiter le Métropolite Mihaïlo. C’est ce que firent aussitôt Pasié et Milojevié, tandis que le bruit se répandait à Sofia qu’ils revenaient à Vidin et que les représentants de la Serbie et de l’Autriche-Hongrie, Simié et le baron Biegeleben, s’empressaient de confirmer la nouvelle à leurs départements respectifs.
À Ruëëuk, Paëié proposait tout simplement au Métropolite Mihailo « de travailler en commun à écarter par la force le roi Milan du trône » et de le remplacer, soit par le Knèze Nikola de Monténégro, soit par le gendre de celui-ci, Petar Karadjordjevié. Sur cette question de remplacement, Mihaïlo ne s’entendit pasimmédiatement avec Pañié. Il aurait voulu conserver la couronne dans la famille des Obrenovié, ne consentant pas à renier sur le tard une dynastie qui l'avait comblé d’honneurs dans sa jeunesse. Enfin le vieux Métropolite et le chef radical parvinrent à un compromis : Mihaiïlo acceptait que l’on renversât Milan « mort ou vif», ce qui dénote bien la haine violente qu’il lui portait, mais à condition que son fils Alexandre lui succédât. En attendant sa majorité un Conseil de Régence aurait le pouvoir : dans le cas seulement où cette Régence ne donnerait pas satisfaction le Métropolite consentait à ce qu’on appelât sur le trône serbe Nikola de Monténégro ou Petar Karadjordjevié. Le 5 janvier 1884, Pasié revenait secrètement à Sofia! Le 16 juin de la même année, il écrivait à son ami Svilokosié à Paris :
«J’ai vu dans les journaux que le Métropolite Mihaïilo était ici (en Bulgarie). Maintenant il est revenu à Ruëtuk et dans quelque temps il partira en Russie. J’ai longuement parlé avec lui de tout et nous nous entendons complètement sur ce qu’il faut faire » (S njim sam op$irno i o svemu govorio i potpuno se sla*emo $ta treba raditi ?).
En 1885 deux autres lettres à Svilokosié, malheureusement non
3 Spomenica Nikole Pasiéa, Belgrade,1926, art. de Aleksa Ivié : Nikola Paëgié u emigraciji 1884 godine (po dokumentima dräavne arhive u Becu), p. 78, ? Arch. Acad. Roy. Serbe, n° 7885 /7.
datées, mentionnent les rapports épistolaires de Pakié et Mihailo. Dans la seconde de ces lettres, le chef radical constate avec impatience le peu de résultat des tractations de l’ex-Métropolite en Russie :
« Le Métropolite est parti depuis longtemps en Russie. J’ai reçu Jusqu'ici deux lettres de lui. Il y a assez d'assurances mais encore aucun résultat, du moins pas comme je l’espère » (Uveravanja ima
dosta, ali j0$ nikakvog rezultata, bar ne kakvog ja oëekujem 1).
Quel était donc ce «résultat » souhaité par Paëié ? Il semble bien qu'il s’agissait d’un soutien matériel et efficace qui devait être apporté par la Russie à l’action révolutionnaire de Pañié. En 1885 ce dernier était résolu à fomenter une nouvelle insurrection en Serbie ; il espérait obtenir le concours du Comité Slave ?.
Celui-ci fournissait en armes et en munitions les émigrés, afin de leur permettre de former les bandes qui, à l’heure voulue, pénétreraient en Serbie orientale. Entre le Comité Slave et Paëié l’intermédiaire naturel était le Métropolite Mihaïlo, principal agent de la propagande panslaviste dans les Balkans. C’est par le truchement de Mihaiïlo que l’émigration serbe maintenait ses liens avec la Russieÿ. Ainsi le rôle de Mihaïlo pendant ces années d’exil avait pris une ampleur et une signification qu'il n’avait jamais eues 4. Ce n’est
1 Arch. Acad. Roy. Serbe, n° 7885 /15.
2 Cf. articles d’Ivié (Aleksa) : Akcija srpskih emigranata u Bugarskoj i Rumuniji 1885 godine, prema dokumentima dräavnog arhiva u Beëu, dans le Vreme des 8 et 10 juin 1926.
3 Les chancelleries allemandes et austro-hongroises étaient au courant des « intrigues » de Mihaïlo dans lequel elles voyaient un agent de l’influence « russe ». « En ce qui concerne la Serbie, écrivait à son Département le Conseiller référendaire Bucher, le cabinet de Vienne attribue les intrigues incessantes des révolutionnaires à des machinations d’agents russes qui, selon lui, agiraient de connivence avec le représentant officiel de la Russie à Belgrade. L’agitateur serbe Pachitch a eu, selon les sources autrichiennes, de multiples entrevues avec Ionin et a été mis par lui en relation avec l’ex-Métropolite Michael qui est hostile au Gouvernement serbe... En Roumanie l’agitation à laquelle se livre le personnel de la Légation de Russie suscite depuis longtemps non seulement du mécontentement dans les milieux officiels de Bucarest, mais encore de la méfiance dans le Gouvernement autrichien. La Légation de Russie est le point de ralliement des éléments hostiles au Gouvernement du pays et elle entretient des relations suivies avec l’ex-Métropolite Michael qui est hostile à l'Autriche... » (La Politique extérieure de l'Allemagne 1870-1914. Documents officiels publiés par le Ministère allemand des Affaires étrangères, tome IV, 197 novembre 1883-30 septembre 1886. Paris, 1928. Mémoire du Conseiller référendaire aux Affaires étrangères, Bucher, Berlin, 5 septembre 1884, n° 727, p. 112). ë eo
4 Ilié (A.) prétend au contraire, dans ses souvenirs, que le Métropolite Mihailo a fini assez rapidement par être délaissé et « oublié » en Russie et que ce sont ces années de solitude forcée qui ont ruiné physiquement et moralement cet homme
habitué à une vie active (Ilié, Moji doäivljaji, p. 97).
plus un évêque autoritaire en conflit sur des questions d’administration ecclésiastique avec les autorités séculières. Ce n’est plus le libéral poursuivant les progressistes de sa haine. Hors de Serbie, il a appris à connaître de plus près les milieux de l’émigration radicale et ses chefs. Or les radicaux serbes, par conviction politique, étaient hostiles au Tsarisme qui ne s’accordait point avec leur culte de la liberté. Devant la nécessité de subsister et de poursuivre la lutte à mort qu’ils avaient engagée contre Milan, il leur fallait néanmoins l'appui de la Russie 1. Ils n’auraient assurément pu obtenir d’euxmêmes les contacts indispensables, car le bakouninisme de Pasié était aussi suspect aux slavophiles que l’autocratie impériale était antipathique aux radicaux serbes. Le truchement fut Mihailo, le Serbe qui était le plus sympathique aux Russes par son ardente russophilie, son libéralisme conservateur, son panslavisme balkanique. Pour les radicaux qui s'étaient toujours tenus à l’écart de la bataille libéralo-progressiste de l’année 1883 et qui se souciaient peu d’ergoter sur la canonicité des Hiérarchies ?, Mihailo était l’homme désigné, précieux à la fois pour sa connaissance de la Russie, par la popularité dont il jouissait là-bas, mais aussi — et c’est un point sur lequel il semble que lon n’ait pas suffisamment insisté — sympathique pour les persécutions qu’il avait endurées, par le fait qu’il était le compagnon d’exil des radicaux, et que son caractère même — celui d’un vieil et infatigable comitadji au service du panslavisme et de l’Orthodoxie — était bien fait pour plaire à Pañié. Venus de rives extrêmement éloignées, les deux hommes allaient désormais coopérer à une même œuvre. Grâce au terrible «petit moinillon», comme Mihailo était appelé par ses ennemis, après bien des hésita-
tions et des oscillations, la politique étrangère de la Serbie devait finalement s’orienter vers la Russie 5.
1 Le Président du Comité de la Société de Bienfaisance slave de Saint-Pétersbourg écrivait, le 3 décembre 1885, au Consul général de Russie à Rusëuk : « D’après la communication du Directeur du Département Asiatique, j'ai l’honneur d'envoyer ci-inclus à Votre Honneur 6.000 roubles, en vous priant de remettre ceux-ci, —parl’entremise de la veuve Nathalie Karaveloff, habitant Ruëtuk — à l’émigré serbe Nicolas Paëié ». Le Gouvernement du Tsar, sans oser intervenir directement, préférait utiliser le Comité de Bienfaisance slave pour secourir les radicaux serbes, alliés de trop fraîche date et encore un peu compromettants. (Leonoff, op. cit., p. 97).
? Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenoviéa, t. III, Belgrade, 1934, p. 540-41.
* Plus tard, en 1892, le Videlo citera des articles du journal bulgare Svoboda assez accablants pour le Métropolite exilé et tendant à prouver que celui-ci lors de son séjour en Bulgarie, était devenu l’âme de l'agitation politique contre le Gouvernement du roi Milan. La défense du Métropolite Mihailo fut assez faible : il prétendait d’abord n’avoir pas quitté la Serbie avant la révolte du Timok, mais la question était de peu d'importance puisqu'il était même impossible de prouver
MIHAILO ET LE ( RENIEMENT ) DU PHANAR 431 MIHAILO ET LE ( RENIEMENT » DU PHANAR.
En 1885, Mihaïlo essaya d’obtenir du Patriarche de Constantinople la déclaration formelle de reconnaissance que l’astucieux prélat avait fait miroiter à ses yeux quand il avait quitté la Serbie. Mais la situation avait changé. Le Patriarche ne se souciait pas de s’aliéner, non seulement le Gouvernement progressiste, mais encore l’opimion publique qui conservait un mauvais souvenir des Phanariotes en reconnaissant pour légitime un hiérarque chassé de Serbie. Miha, lo, violent et passionné, mais qui n’était point versatile, ne comprenait rien à la « mauvaise foi grecque » : il ne s’expliquait ‘pas comment des préoccupations politiques avaient eu la prédominance sur ce qu'ils estimait être un devoir religieux. Aussi, lorsque le Patriarche, loin de remplir sa promesse, reconnut, le 13 novembre 1884, le Métropolite Mraovié !, protesta-t-1l vigoureusement :
« Votre Sainteté sait que lorsque l’année dernière le Gouvernement serbe La sollicita de permettre à Teodosije de se rendre à Constantinople afin de se présenter au Patriarche et au Synode, cette prière ne fut pas exaucée, car la Grande Église ne reconnaissait pas Teodosije comme un évêque régulier, légal et canonique … »
Quelle était donc la signification de la contradiction à laquelle on assistait et pourquoi le Patriarche était-il si rapidement revenu sur sa décision ?
« Je me suis moi-même, ajoutait Mihailo, présenté en 1883 à la Grande Église qui, à cette époque comme plus tard, n’avait pas cessé de déclarer qu’elle me reconnaissait comme un chef spirituel serbe légal et canonique. »
Bien plus, Mihaïlo déclarait avoir en sa possession des lettres que lui avait adressées Joachim à Smyrne et Jérusalem, dans lesquelles
que les dirigeants du parti radical eussent préparé ouvertement l'insurrection. Plus confuses étaient ses explications en ce qui touchait son rôle politique dans l’'émigration. Il niait énergiquement avoir travaillé contre la dynastie des Obrenovié,mais le Videlo pouvait alors lui demander quelle était la destination des 40.000 francs que lui avait remis le Consul de Russie à Ruëëuk. {Videlo, 9 août 1892).
1 En 1884 le Patriarche de Constantinople Joachim consultait le Métropolite Teodosije sur un événement qui intéressait toute l'Église orthodoxe : il s'agissait de discuter de la réponse qu’on allait faire à un docteur en théologie anglais, Overbeck, qui avait demandé le rétablissement en Angleterre de l’Église orthodoxe occidentale. La première demande d’Overbeck datait de 1867. L'affaire en elle-même n’avait guère qu’une importance théorique, mais la Hiérarchie « anticanonique » de Teodosije vit dans la consultation patriarcale une reconnaissance implicite de sa légitimité (Hriséanski Vesnik, mars 1884, p. 212.)
le Patriarche le reconnaissait à plusieurs reprises comme le seul chef légitime de l’Église serbe :
« Les déclarations de la Grande Église étaient également connues de la Serbie qui aujourd’hui s'étonne d’une telle versatilité. »
Mihailo essayait finalement d’attendrir Joachim en lui dépeignant la triste situation dans laquelle l'avait mis le « fanatisme politique » de ses adversaires, quand il avait été réduit à quitter sa patrie.
« Je ne savais alors où m’abriter, car le Gouvernement serbe de ce temps, arbitrairement et illégalement, ne me tolérait pas en Serbie. Ils ne m'ont pas laissé en paix à Constantinople. Ils m'ont interdit de vivre en Roumanie. En Bulgarie, après le conflit avec la Serbie, on s’est dressé contre moi et j'ai dû m'en aller. »
C’est à Kiev que Mihaïlo avait appris le revirement du Patriarche et, ne pouvant croire à une telle légèreté chez un homme qui lui avait, si peu d'années auparavant, témoigné tant de marques d’amitié, il s'était empressé de demander des éclaircissements. Il ne tarda pas à en recevoir sous la forme d’une sèche missive de Joachim, l’avisant qu’il reconnaissait définitivement le Métropolite régnant en Serbie, Teodosije, et qu’il ne saurait s’ingérer dans une affaire de politique intérieure !.
LE RETOUR EN SERBIE DU MÉTRoPOLITE MiHaïLo.
Des jours meilleurs approchaient cependant pour le vieux prélat. Son bannissement allait prendre fin avec le changement des conditions politiques en Serbie : déjà sa situation matérielle s’était un peu améliorée, en 1887, lorsque le Cabinet de coalition libérale-radicale présidé par Ristié avait demandé au roi Milan de signer la proposition présentée le 17 novembre 1887 par Al. Vasiljevié, Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, qui rendait au Métropolite sa pension de 10.000 dinars. Les autres évêques de l’ancienne hiérarchie : Viktor, Mojsej et Jeronim, recevaient également leur pension supprimée en 1881, qui s’élevait à 5.000 dinars. Le Métropolite commençait à envisager son retour, d'autant plus qu’en dehors des cercles slavophiles il ne rencontrait plus auprès des milieux gouvernementaux russes cet appui sans réserve sur lequel il avait pu compter lors de son arrivée en Russie. Le rapprochement entre l’Autriche- Hongrie et la Russie esquissé à Skierniewice.fen septembre 1884, s'était affirmé, en août 1885, parle voyage du Tsar à Kremsier auprès de François-Joseph. Désormais la « lutte d’influence » des deux Em-
? Hriséanski Vesnik, juin 1885, p. 706-709.