LE RETOUR EN SERBIE DE MIHAILO
pires dans les Balkans avait pris, selon Pexpression d’un diplomate français, (« un caractère adouci et presque amical … 1»
À Belgrade, la situation politique avait singulièrement évolué : tandis que Mihaïlo et Paëié avaient scellé, dans l’exil, une entente toute personnelle, on pouvait assister à un autre rapprochement, celui des radicaux et des libéraux belgradois. Par un paradoxe singulier, les mobiles d’une telle entente étaient opposés à ceux qui avaient réuni le Métropolite et le tribun. Ces derniers étaient liés entre eux par un pacte subversif : le renversement de la dynastie des Obrenovié et le changement de la politique extérieure. Au contraire l’auteur indirect de l’accord libérale-radical de 1886 est précisément le roi Milan dont Mihailo et Pañié complotaient la ruine. L’habile souverain qui connaissait bien la popularité des radicaux tout en les exécrant, rêvait d’une combinaison ministérielle qui eût bénéficié auprès de la nation d’une plus large audience que celle que pouvait espérer n'importe quel cabinet progressiste. En « neutralisant » l'esprit «révolutionnaire » des radicaux par le traditionnalisme libéral, Milan se flattait de venir à bout de « l’esprit de désordre ». Il pensait que les radicaux ne disposaient pas du personnel politique nécessaire pour se maintenir au gouvernement mais il espérait qu'ils mettraient leur clientèle électorale au service d’une équipe libérale. Les radicaux belgradois n’acceptèrent ce compromis que parce que, privés de leurs chefs exilés, eux-mêmes traqués par la police, leur position était trop précaire pour refuser la trêve quileur était accordée. Ils n’avaient point de préférences personnelles pour les libéraux, étant eux-mêmes d'anciens alliés parlementaires des progressistes.
1 Documents diplomatiques français (1871-1914), 1re série, 1871-1900, tome VI, 8 avril 1885-30 décembre 1887, Paris, 1934.
M. de Montmarin, chargé d’affaires de France à Vienne, à M. de Freycinet, Ministre des Affaires Etrangères, n° 57, p. 78.
En septembre 1886, M. de Giers, Ministre des Affaires étrangères de Russie, déclarait au chargé'd’affaires allemand à Saint-Pétershourg, Bernard von Bülow, que la Russie n’avait pas l'intention de soutenir le parti russe en Serbie. Il savait qu’il « y avait là-bas (à Belgrade) un fort parti russe : M. Ristitch était en correspondance avec plus d’un personnage influent de Moscou et de Saint-Pétersbourg ; le Métropolite Michael, qui était toujours influent en Serbie, vivait en Russie, où son sort suscitait une sympathie générale ; même le roi et la reine avaient fait différentes tentatives pour rentrer en'grâces ici, en‘alléguant qu’il n'avait servi de rien à la maison d’Obrenovitch de s'appuyer sur l’Autriche et qu’elle essayerait volontiers maintenant de prendre appui sur la Russie. Nous avons fermé l'oreille à tous ces appels déclara le Ministre. J’ai dit dans cette salle au Métropolite Michael que nous ne pouvions pas nous brouiller avec l’Autriche à cause de lui, ni d’une manière générale à cause de la Serbie. J’ai dit au général Dournof (président du Comité Slave) : qu'avant tout il faudrait que son Comité Slave ne nous préparât pas de désagréments en Serbie, étant donné que la Serbie, appartenait à la sphère des intérêts autrichiens. » (La Politique extérieure de l’ Allemagne, op. cit., p. 112).
Du point de vue doctrinal, il y avait même des affinités entre les idées des radicaux et celles des videlovci. Un membre du Comité radical, Pera Todorovié, opina pour l’entente avec les progressistes. Tous les autres votèrent «pour l’accord avec les libéraux (Pâques 1886). C’est sur la base de cet accord que fut constitué, le 1er juin 1887, le cabinet libéralo-radical Jovan Ristié !.
Le nouveau ministère ne put rien faire d’autre en faveur de la hiérarchie de Mihailo que d’accepter de soumettre au roi la proposition Vasiljevié. L'opinion publique commençait à se désintéresser d’une polémique qui l’avait passionnée en son temps. Le clergé serbe se montrait remarquablement opportuniste. Le seul adversaire convaincu du retour de Mihailo en Serbie était le roi Milan. Il fallut attendre son abdication avant de rien entreprendre à ce sujet.
Le 28 mai 1889, un oukaze des Régents rétablissait sur leurs anciens sièges épiscopaux le Métropolite et les autres représentants de la Hiérarchie destituée en 1883 2. La veille, le 27 mai, le Métropolite Teodosije, Nikanor et Dimitrije avaient remis au Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Sv. Milosavljevié, une lettre de démission d’une humilité et d’une douceur évangéliques :
«. En considération pour les raisons que vous avez bien voulu Nous faire savoir et d’après lesquelles, dans l'intérêt de l’État, il était nécessaire que Nous cédions Nos Sièges aux Évêques qui Nous précédèrent et qui sont revenus dans la Patrie ; pour la paix et la dignité de Notre Sainte Église que Nous devons servir avec un amour sans limite ; considérant enfin que non seulement la fraternité mais encore la justice Nous demandent de céder Nos Sièges à des Évêques, Nos aînés non seulement par l’âge de la consécration mais encore par l'expérience et les services rendus à l’Église, Nous soussignés, acceptons de bon gré votre proposition et Nous plaçons Nos Sièges épiscopaux à la disposition de Son Éminence le Métropolite Mihailo et de ses confrères # ».
! Miloëevié (Raëa), Timoëka Bunu 1883 godine, p. 240-243.
3 Zivanovié (Ziv.), Polititka istorija Srbije, Belgrade, 1924, tome IT, p. 329, n° 1. Voir aussi Srpska Nezavisnost, 28 mai 1889.
# Srpska Nezavisnost 127 juin 1889. Le Métropolite Mihailo ne connaissait point Ja loi chrétienne du pardon. Le Videlo, le 6 mars 1890, publia une lettre « touchante » que le Métropolite Teodosije avait adressée à son successeur en donnant sa démission :
« Je vous cède mon siège métropolitain. Je n’y suis pas monté parce que j'étais assoiffé de pouvoir et de gloire, mais seulement parce que l’Église restait sans pasteur et qu'il fallait apaiser les passions et rendre la paix à l’Église. Vous-même savez que je n'ai jamais ambitionné cette haute dignité mais que j’ai toujours été heureux et satisfait avec de modestes situations. En revenant dans ma retraite je vous affirme à nouveau que vous aurez toujours en moi un compagnon sincère