‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 17 sur 197 · PREMIERS CONTACTS DE PETAR AVEC LE CLERGÉ SERBE · texte numérisé non relu

PREMIERS CONTACTS DE PETAR AVEC LE CLERGÉ SERBE

imposer sa volonté dans tous les domaines, et résolu à intervenir brutalement, si la chose était nécessaire, même dans les affaires religieuses. Rien n’est plus suggestif à cet égard qu’une lettre extrémement violente envoyée à Miloë et à Petar, tout au début de janvier 1834, par l’évêque Gerasim. Exaspéré par les nouvelles mesures de la Métropolie, l’évêque de Sabac se refuse à tout contrôle de son activité épiscopale, prétendant que « du moment qu’il ne s’occupe pas de la politique » il a bien le droit d’exiger qu’on ne se mêle pas de ses propres affaires. Il fait tout juste exception en faveur du Knèze qui peut le « conseiller » et du Métropolite avec lequel il peut « s’entendre » au préalable. La nuance est savoureuse Osim po sovjetu Njegove Svjetlosti 1 s dogovorom g. Mitropolita 1. Il peut ordonner et « défroquer » les popes, arrêter les clercs coupables, régler comme il l'entend toute la vie religieuse de sa circonscription épiscopale. La conclusion de la lettre est presque menaçante.

Le Métropolite Petar devait, pour rappeler à l’ordre le haut clergé indiscipliné, attendre une occasion favorable. Celle-ci se présentait avant la fin de 1834. Les plaintes de popes spoliés, injustement déplacés ou privés de leurs revenus par le bon plaisir de leurs évêques affluaient sans cesse chez lui. Petar avait, entre autres, reçu les doléances d’un certain pope du diocèse de Gerasim, le pope Djordje, de Meovina, qui prétendait que Gerasim voulait lui enlever sa nurija (revenu habituel de la paroisse). Celle-ci lui avait été accordée l’année précédente moyennant la perception!d’une importante somme d'argent, ce qui était absolument contraire aux canons. Le malheureux prêtre affirmait qu’on ne l’en privait pas pour le punir disciplinairement, car il n'avait commis aucune faute, mais simplement pour faire bénéficier de sa « nurija » un favori de l’évêque. Petar rappela sévèrement à l’ordre, par une lettre en date du 15 août 1834, l’évêque Gerasim. Cette mercuriale semble avoir eu d’heureuses conséquences : dans une lettre postérieure adressée au Knèze ?, Petar confiait que Gerasim lui avait confessé qu’il « s’efforcerait de réparer, dans la mesure du possible, les erreurs commises, et essaierait dorénavant de mieux administrer son diocèse, demandant même que l’on examine ses actes à la première réunion interépiscopale, et promettant de donner à cette occasion des éclaircissements spéciaux à Son Éminence Elle-Même.. » ?.

Le conflit qui opposa Petar avec Niéifor ne fut pas résolu aussi

1 Jlié (A.), op. cit., p. 102. :

2 93 février 1836, Ilié (A.), op. cit., p. 196. 3 Ilié (A.), op. cit., p. 105.

aisément. L’évêque d’UZice se plaignait avec acrimonie à Petar de ce que le Knèze, mal conseillé, disait-il, voulait déplacer le siège de son évêché, et construire le nouveau PH épiscopal non LE

RE comme il l’aurait souhaité, mais à Karanovac :

… Je vous avertis que jene veux pas, en aucune manière, aller à PATES EAN ni nulle part ailleurs qu'ici... »!, Niéifor menaçait de se retirer, si on voulait le déplacer, dans un monastère. Petar lui répondit assez sèchement que « de toute façon il (lui) apparaissait que (Gerasim) aurait pu, dans l’intérêt de la paix de l'Église, se montrer, dans cette affaire, plus patient et plus conciliant. Notre opinion, ajoute-t-il, est que vous ne devez pas dire que vous ne voulez pas aller à Karanovac, ni dans aucun autre lieu, mais déclarer que vous désirez avant tout vous conformer, dans la mesure du possible, à tout règlement et ordre émanant du Kaèze, et prier, alléguant un grave motif, qu’on ne vous change pas de siège, afin de rester en paix là où vous étiez jusqu'ici ». Et 1il lui explique, dans une langue claire et simple, sur un ton pédagogique, toute la procédure d’appel et de recours au Knèze que prévoit désormais l'Église orthodoxe serbe ?. Rien de plus curieux que ces efforts de Petar pour essayer d'introduire un peu de régularité, et surtout de faire naître le respect de la légalité, chez ces vieux évêques, habitués à commander en maîtres, batailleurs et indisciplinés, grands ignorants, tous plus ou moins désagréablement surpris de ces innovations importées du Srem, et peu conformes à leurs tempéraments. Le ton paternel et bon enfant de la semonce de Petar permettait sans doute d’adoucir les heurts inévitables entre l’esprit moderne d'administration et le traditionnalisme routinier de la vieille génération. La mansuétude du Métropolite porta ses fruits, car Nicifor s’empressa de répondre. Il avait renoncé à sa vivacité ordinaire et s’excusait seulement de ne pas savoir dissimuler :

« Je vous suis reconnaissant de m’avoir conseillé de ne pas dire : je ne veux pas et je ne peux pas ! Par Dieu, pourquoi n’oserais-je pas dire que je ne veux pas et ne peux pas ce qui est contraire à ma volonté ? Prenez des esclaves, et dites-leur : abjure (poturét se), incline-toi devant les idoles ; mais s'ils ne veulent pas, ils disent : non, et c’est pourquoi on les supplicie.. » Le pauvre prélat déclare n'avoir jamais tant souffert que pendant ces cinq années d’épiscopat. On exige de lui qu’il donne des raisons de son refus à se rendre à Karanovac ; ces raisons, soutient-il, sont nombreuses : « c’est meilleur » pour un évêque de vivre ici (à Caëak) que de s’installer à

1 Jbid., p. 106.

? Ilié (A.), op. cit., p. 106-7 (25 juillet 1836).

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