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MAINMISE DU GOUVERNEMENT SUR L'ÉGLISE

dernier chiffre il fallait relever 12 archimandrites, 20 igoumènes, 37 Jeromonasi, si bien qu’il ne restait plus que 6 moines ! ! Or l’ensemble des domaines possédés par les monastères serbes s'élevait à près de 23.000 hectares. Seule l'ignorance absolue des moines en matière d'économie agricole pouvait expliquer leur indigence ?. Cette pauvreté n’était pas seulement due, comme le prétendaient € certains prieurs », à l'impôt perçu par l’État sur les monastères depuis l’année 1884 3. A la fin de l’année 1864, l’ensemble des monastères serbes disposait d’un capital de 139.321 dinars. Dix ans plus tard, en 1874, les monastères étaient endettés pour une somme de 37.036 dinars. En 1891 les monastères devaient 50.203 dinars #. Paunovié proposait une transformation radicale des monastères qui, selon lui, étaient tout désignés pour devenir à la fois des hôpitaux, des écoles d'agriculture, des exploitations modèles, enfin des écoles spéciales de missionnaires pour les régions serbes sous le joug étranger Ÿ. Ce projet révolutionnaire fut sérieusement accueilli dans les rangs du bas clergé séculier qui éprouvait une ancienne inimitié pour la vie monastique et qui était prêt à soutenir les réformes les plus audacieuses. Mais ni l’Épiscopat, ni le Gouvernement ne prirent au sérieux les idées de Paunovié. Le bas clergé séculier, dans sa lutte désespérée contre l’oligarchie épiscopale, devait sortir vaincu.

MaAINMISE DU GOUVERNEMENT SUR L'ÉGLise ORTHODOXE SERBE.

Le gouvernement de Vladan Djordjevié, en dépit de heurts passagers avec quelques ecclésiastiques, a pu être considéré comme un des gouvernements serbes les plus favorables à l’Église. Mais de cette Église, Djordjevié ne voulait voir que les évêques. Très conservateur, il entendait fortifier dans l’Église l’esprit épiscopaliste. Aussi ses réformes ne profitèrent guère au bas clergé. Le Gouvernement radical avait, le 27 avril 1890, supprimé le diocèse de Sabac et diminué les traitements du Métropolite (de 25.000 dinars à 12.000) et ceux des évêques (de 12.500 dinars à 8.500 dinars). Djordjevié se concilia le haut clergé par la loi du 29 juillet 1898, qui rétablissait le siège de Sabac, accordait au Métropolite un traitement de 21.500 dinars et aux évêques de 11.000 dinars. Peut-être

1 Jbid., p. 27.

2 Jbid., p. 35.

8 Jbid., p. 36. fre

4 Paunovié (Zdravko), Naëi monastiri i kaludjeri nekadi sad, Belgrade, 1900, p. 38.

5 Jbid., p. 43-51.

aurait-il même voulu augmenter davantage les pouvoirs épiscopaux, mais il se heurta à une résistance de la Skupitina. Le bas clergé, radical dans sa majorité, ne savait aucun gré à Djordjevié de ses attentions envers la Hiérarchie, et se montrait de plus en plus l’ennemi farouche de la « Vladanovëtina !. »

En fait l’Église orthodoxe serbe perdra, en cette fin de siècle, le peu d'autonomie dont elle jouissait jusqu'alors.

La Constitution du 22-12-1888 reconnaissait au Synode épiscopal l’administration intérieure (Unutraÿnja uprava) de l'Église orthodoxe serbe. C’est dire qu’elle enlevait effectivement aux prélats la conduite des affaires extérieures de l’Église. Mais, même dans ce domaine « intérieur », le pouvoir du Synode était singulièrement limité. Dans toutes les affaires qui touchaient à l’enseignement ecclésiastique (séminaires), le Synode ne pouvait agir qu’en accord avec le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes (art. 190). Toutes les plaintes contre les autorités ecclésiastiques devaient être adressées directement au Ministre (art. 191). Celui-ci enfin exerçait un droit de contrôle sur toutes les ordonnances, mandements, circulaires métropolitains ou épiscopaux ainsi que sur les rapports des dignitaires de l’Église serbe avec les autres Églises 2.

Lorsque le roi Alexandre demanda, le 3-12-1896, la modification de la Constitution de 1888, parmi les additions ou changements qu’il proposa aucun ne concernait l’Église. Dans le projet de Constitution que Novakovié avait l’intention de soumettre en 1896 à la Skupètina, le texte des articles consacrés à l’Église était sensiblement le même que celui des articles correspondants en 1888 5. La Constitution de 1901 qui, dans son ensemble, s’est fortement inspirée du projet de Novakovié, accentuait encore la mainmise gouvernementale sur l’Église orthodoxe serbe en proclamant que « toutes les autorités ecclésiastiques dans le Royaume sont sous la surveillance suprême du Ministre des Cultes. » (art. 98) 4 La Constitution du 6-4-1901 devait durer presque deux ans. Elle devait régler les rapports de l’Église orthodoxe serbe et de l’État jusqu’à la fin tragique de la Dynastie des Obrenovié.

1? Jovanovié (Slob.), Vlada Aleksandra Obrenoviéa, t. II, p. 285, et Ilié (A.) Moji doïivljaji, p. 184. ‘

? Prodanovié (Ja$a M.), Ustavni razvitak i ustavne borbe u Srbiji, p. 332

3 Novakovié (Stojan), Droadeset godina ustavne politike S bi œ ; 1912, p.206. P u Srbiji, Belgrade,

4 Prodanovié, op. cit., p. 395.

L'ŒUVRE DE LÉGISLATION RELIGIEUSE 505 ” de L ï L'ŒUVRE DE LÉGISLATION RELIGIEUSE A L’AUBE DU XX® SIÈCLE.

À défaut de satisfactions matérielles et d’une amélioration sensible de sa condition, la Hiérarchie ne se montrait point ménagère, envers son clergé, de règlements.

Le second « règne » du Métropolite Mihailo a été le témoin de quantité de décisions synodales et d'ordonnances métropolitaines visant principalement le rétablissement de la discipline dans le bas clergé et la « défense de la morale » chez les fidèles orthodoxes. La décade 1890-1900 est une des plus fécondes en matière de législation religieuse. Comme toujours le caractère du plus grand nombre de ces décisions est disciplinaire. Il est difficile de juger d’après elles si véritablement l’Église a traversé ou non une crise et si le zèle ou la moralité du clergé a fléchi comparativement aux époques précédentes. Ce sont surtout des questions de détail qui semblent attirer particulièrement l’attention du Synode. On reproche aux popes de ne point porter le costume ecclésiastique, d’affecter trop une allure civile. Ne voit-on pas certains prêtres entrer à l’église avec un manteau et un chapeau civils ? : Ce sont là des façons presbytériennes qui ne sont point du goût du Métropolité Mihailo, car il apparaît bien que cette répulsion qui se manifeste de plus en plus dans le clergé serbe pour le port du costume ecclésiastique n’est point due à un relâchement de la discipline, mais plutôt à une antipathie doctrinale assez curieuse provenant de l’attraction exercée sur une notable fraction du clergé serbe par les idées protestantes. Le Synode épiscopal réagit vigoureusement contre ces tendances. Il fixa avec précision les plus petits détails des vêtements ecclésiastiques en veillant surtout à exiger le port d’un type satisfaisant de chapeau, étant donné qu'il était souhaitable « que le clergé portât les coiffures qui conviennent le mieux à son habillement, c’est-à-dire des chapeaux ordinaires à larges bords » ?. Une autre décision synodale renouvelait une interdiction devenue familière dans l’histoire législative de l’Église : défense était faite aux popes de participer aux kolo lors des fêtes paysannes : « De tels prêtres perdent toute considération et sont sujets de scandale aux yeux du peuple qui les voit ainsi dépourvus de modestie et de dignité »#, L’alcoolisme était assurément un des vices que l’on repro-

1 Zbornik pravila, uredaba i naredaba arhijerejskog sabora pravoslavne Srpske crkve u Kraljevini Srbiji, p. 68.

2 Zbornik pravila…., p. 68-69.

8 Ibid., p. 73. a

Il est remarquable que, hors du royaume, le fait de participer à un kolo n’était pas considéré comme déshonorant. En 1901 le Hri$éanski Vesnik racon-

chait le plus aux popes. Le peuple se gaussait de leur inclination pour la bouteille qui était légendaire. Cela n’allait pas sans quelques scandales. Il y avait des popes qui donnaient de singuliers exemples à leurs ouailles. Tel ce pope de village, dans le diocèse de Ziëa, qui « ameutait » quotidiennement ses paroissiens par son ivrognerie. On le voyait chaque soir revenir du cabaret en zig zag. Un de ses fidèles, réputé lui aussi pour son culte de Bacchus, lui cria en le voyant entrer dans cet état d’ébriété : « Eh là! mon pope ! moi aussi je suis ivrogne, mais bien que je ne sois pas pope je sais mieux me surveiller ! »1. Pour tenter de remédier à cette lamentable situation, le Synode épiscopal, sur la proposition de l’évêque de Zièa, interdit, le 21 octobre 1892, au clergé de fréquenter auberges et cabarets, du moins aux heures de l'office religieux pendant lesquelles tout pope est tenu de se rendre à l’église ou, s’il en est empêché, de rentrer chez lui ?. A tout prendre, cette décision du 21 octobre 1892 était moins rigoureuse que celle d’octobre 1884, qui interdisait formellement à tout prêtre d'entrer dans une ka/ana.

Une des raisons de l’indiscipline du bas clergé était l’absence de représentants autorisés de la Hiérarchie. On avait essayé de remédier à cet état de choses en recouvrant aux vicaires de district, chargés en principe d’exercer une surveillance sur le clergé paroissial de leur ressort (8 août 1894). Mais des conflits perpétuels s’élevaient entre vicaires et doyens du district au sujet du droit de préséance ?. Le Synode épiscopal, auquel les deux parties en avaient appelé, se prononça en faveur des vicaires de district, ce qui eut pour effet d’exaspérer davantage encore le bas clergé. Quatre ans plus tard, en octobre 1897, une autre décision synodale venait, après d’interminables campagnes et une âpre polémique, irriter une fois de plus le bas clergé. Après une intervention énergique du Métropolite Mihaiïlo, le Synode refusait d’accorder aux popes le droit de se marier une seconde fois. C’était régler définitivement une question qui était restée litigieuse depuis des décades. Déjà en 1864 l’anglican Denton s’était étonné de la situation anor-

tera avec admiration comment l’évêque des Bouches de Kotor, Gerasim Petranovié, prélat octogénaire et modèle de patriotisme et de piété, se trouvant à Mostar en 1889 à l’occasion de la consécration du Métropolite Perovié, et se rendant aux vêpres en compagnie des autres évêques, rencontra à la porte de l’église une foule nombreuse de paysans qui dansaient le kolo. Petranovié quitta ses confrères et entra dans le kolo afin de montrer au peuple qu’il devait conserver

tout autant que sa religion ses habitudes nationales. (Hri$éanski Vesnik, janv. 1901, p. 36).

1 Videlo, & juillet 1893.

3 Zbornik pravila…., p. 83.

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