FONDATEUR D'ÉGLISES
Après le second soulèvement, un vif mouvement en faveur de la reconstruction des anciennes églises ruinées et de la construction de nouvelles se dessina en Serbie. Des communes demandèrent aux autorités turques la permission d'élever de nouveaux temples. Telle la demande du village de Vrelo au Vizir de Belgrade Maraëla Ali Pacha, qui leur accorda aisément le 12 août 1816 le buyuruldi imploré1.
Lorsque le Hatti-chérif eut définitivement permis aux Chrétiens de construire les églises qui leur étaient nécessaires, le Prince Miloë estima qu’il était temps de dresser une liste complète des édifices du culte de la principauté et plus particulièrement de ceux qui avaient été bâtis depuis le début du xix® siècle. Il résulte des rapports envoyés au Secrétariat du Prince que, dans la capitainerie de la Kolubara (Kolubarska Kapetanija), trois nouvelles églises avaient été construites, et une restaurée. Dans la Posavinailya 4 nouvelles églises, trois dans la Podrenavska, cinq églises et deux monastères dans la Maëvanska Kapetanija, sept églises et trois monastères dans la Rujanska Kapetanija, sept nouvelles églises dans la nahija Sokolska, deux dans la nahija du Rudnik et une dans la nahija de PoZega ?. De nouvelles acquisitions vinrent augmenter le territoire spirituel de l’Église serbe lorsqu’à la Principauté s’ajoutèrent les « régions libérées » du Timok et de la Krajina, soit 22 églises et 4 monastères. Le Prince Miloë porta toujours une grande attention à ce que l’on construisît avec la plus grande diligence les édifices cultuels, dont l’absence se faisait trop cruellement sentir. C’est lui qui ordonne en 1835 d’élever à Vraëar près de la Battal DZamija une petite église qui perpétuerait le souvenir de la proclamation du Hatti-chérif le jour de la Saint-André 1830 3. En 1837, il fera remplacer la vieille église belgradoise en bois par la « grande » église cathédrale qui ne sera achevée d’ailleurs qu’en 1845 4, Mais, dès le 23 mars 1833, il ordonnait à son frère Jevrem Obrenovié, Gubernator varosi i nahije Beogradske, de presser l’achèvement des églises d’Ostrunica et de Topèider 5. Cette dernière
1 Petrovié (Mita), op. cit., p. 766.
2 Petrovié (Mita), op. cit., p. 767-768.
8 Voir plus haut, p. 60.
4 Miloë, qui savait dépenser quand il ÿ allait de l’intérêt et du prestige de la Principauté, se montrait au contraire d’un avarice sordide pour les dépenses purement religieuses ; lorsqu'on songea en 1836 à construire une nouvelle église pour remplacer l’ancienne qui tombait en ruines, le Knèze eut d’interminables discussions avec les maîtres-macçons pour essayer de réduire au strict minimum les dépenses, en restaurant tant bien que mal la vieille église. Mais la chose était impossible et Miloë dut s’exécuter. Cf. l’article de Petrovié (Duÿan K.), Gradjenje Saborne Crkve u Beogradu, dans la Politika du 31 juillet 1987.
5 Petrovié (Mita), op. cit., p. 771.
était particulièrement chère au Prince Miloë qui surveilla de près les travaux de construction. Il choisit lui-même le marbre, les icônes, les cloches. Au reste, comme il était assez ladre, il n’hésita pas à discuter avec les maçons pour le moindre gro$. Le nouveau temple, placé sous l’invocation des Apôtres Pierre et Paul, jouit en sa qualité de fondation princière de grands privilèges, et le Métropolite Petar aimait volontiers à habiter dans le petit presbytère construit
avant l’éghse 1.
MiLo$ ET STRATIMIROVIC.
Mitoë n’était pas seulement uni à Stratimirovié par des sentiments de déférence, mais aussi par une amitié sincère. C’est au Métropolite de Karlovei qu’il confiera la surveillance de l’éducation de ses fils. Bien que le prélat allègue ses occupations et son grand âge qui l’empêchent d'accepter une telle mission, la bonne entente ne cessera pas de régner entre les deux hommes.
Lorsqu'un soir (23 septembre 1836), après un copieux repas, la mort vint le surprendre, le vieux Stratimirovié avait un peu avant reçu dans son palais de Karlovei la princesse Ljubica et ses deux fils Milan et Mihailo, et s’était entretenu longuement avec eux, leur exprimant ses préoccupations à l’occasion des difficultés de politique intérieure que rencontrait à cette époque le Knèze Milos. Ce dernier se montra très affecté de la disparition de son grand ami, décida que sa principauté prendrait le deuil et que le nom de Stratimirovié serait mentionné dans les prières de chaque église ; toutefois, comme c’était un homme avisé et qu’il savait que la politique est chose « étrange », il recommanda aux évêques de Belgrade
1 Petrovié (Bogdan), Stogodi$njica Topéiderskog hrama Svetih apostola Petra i Pasla, Belgrade, 1935, p. 26 et sqq.
D’après la Pravoslavna Srpska Crkva u kraljevini Srbiji, publiée à Belgrade en 4895 par le Métropolite Mihailo, et bien que cette source se révèle parfois erronée, on peut dresser une statistique des églises anciennes reconstruites et des églises nouvellement construites sous le règne du Prince Miloë (de 1815 à 1838).