STATISTIQUE PAR ANNÉE DES ÉGLISES CONSTRUITES OU RESTAURÉES
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MILOË ET STRATIMIROVIÉ 119
et de Sabac de ne point faire mention du défunt à haute voix, mais en secrète À.
La question des relations du Knèze avec le plus grand chef spirituel du monde serbe d’alors a été récemment élucidée par Dj. M. Slijeptevié, dans l’intéressante thèse qu’il a consacrée à la figure du Métropolite de Karlovei?. La plus ancienne lettre de Miloë adressée à celui-ci que l’on connaisse date du 24 mai 1818, Miloë envoie à Stratimirovié son fils Miljka (s'agit-il de Mihailo ?) afin qu’il reçoive l'instruction de l’école serbe de Karlovci. De 1818 à 1828, M. Slijepéevié reconnaît que l’on n’a pas retrouvé les éléments d’une correspondance suivie entre les deux dignitaires, ce qui ne signifie pas évidemment qu'il n’y en ait pas eu. Au contraire, à partir de 1828, Stratimirovié semble accorder un intérêt soutenu aux affaires religieuses de la petite principauté de Serbie. Il devient même en quelque sorte le conseiller habituel du Knèze auquel il prodigue ses instructions paternelles. Il félicite celui-ci, le 23 novembre 1830, à l’occasion de sa proclamation à la dignité de Knèze, et lui recommande « d’accorder une attention particulière à la religion et à notre église orthodoxe qu’il lui faut « réchauffer en son sein », comme il l’a fait jusqu'ici, et « préserver de toutes les nouveautés » %. Stratimirovié adressait les mêmes recommandations au nouveau Métropolite Petar. Il ne dédaignait pas de lui tenir fréquemment de substantielles leçons de procédure ecclésiastique, lui indiquant comment il convenait de procéder lors de la nomination d’un évêque ; il faisait copier à son intention « mot à mot » un cérémonial dont il ne possédait qu’un exemplaire original. Enfin, il recommandait la création d’un réseau d’écoles paysannes qui permettraient — plus tard — de fournir les cadres ecclésiastiques absents. Le Métropolite Petar, nous l’avons vu, recourait souvent aux lumières de son ancien maître, d’autant plus qu’il avouait lui-même manquer d’expérience.
L'influence de Stratimirovié, et indirectement celle de l’Église serbe de Karlovei, s’est révélée plus profonde encore qu’on ne le supposait jusqu'ici. Il apparaît désormais que, si la réforme linguistique de Vuk Karadzié a rencontré en Serbie à ses débuts de fortes résistances, c’est principalement dans la hiérarchie orthodoxe qu’il faut chercher le noyau de l’opposition la plus acharnée.
« Vuk Karadzié a remporté un succès complet. Il n’a rencontré
1 Art. de Radonié (Jov.), Müitropolit Stevan Stratimirovié, dans la Politika,
23 sept. 1936.
2 Slijepéevié (Djoko. M.), Stevan Stratimirovié, Mitropolit Karlovaëki, kao pogla- +ar crkve, prosvetni i nacionalno-politiëki radnik, p. 201-210.
8 Slijepèéevié, op. cit., p. 203.
de résistance que celle de la routine, et qui se réduisait le plus souvent à des querelles orthographiques, donc sans force réelle » ss
Il faut ajouter que la routine contre laquelle luttait Vuk n'était point seulement celle de la grammaire, mais aussi celle del’Église, et qu’ainsi sa tentative de réforme avait des allures de sacrilège. Quelle était la position de Miloë dans ce conflit ? Évidemment, cet ignorant n’avait point d'opinion dans une question linguistique. Il y a une légende qui représente Miloë protecteur et en quelque sorte Mécène de Vuk. Pourtant, ce paysan cauteleux avait toujours éprouvé de la défiance à l'égard de toutes les nouveautés. Dans cette guerre des orthographes qui divisait le monde serbe, il lui paraissait déraisonnable de prendre parti sans consulter les autorités de sa principauté, c’est-à-dire avant tout le Métropolite Petar, et aussi celles d’outre-Save, principalement Stratimirovié. Or le Métropolite de Karlovei était l’ennemi acharné de Vuk. Il devait intervenir avec énergie auprès du souverain de la petite Serbie de 1830 afin d’obtenir l'interdiction des « dangereuses innovations ». Selon lui, la réforme de Vuk ne servait qu’à détruire les traditions et ébranler l’esprit de piété et d’obéissance chez les Serbes. Le Knèze, très conservateur en matière de foi, ne pouvait pas rester insensible à de tels arguments. Le 3 juillet 1832, il annonçait à Stratimirovié la fondation à Belgrade d’une imprimerie ?. La question se posait de savoir quels seraient les caractères typographiques qui seraient utilisés. Miloë résolut de demander conseil à Stratimirovié ; sa lettre est un modèle de prudence et de diplomatie : étant donné, écrit-1l, que les esprits cultivés se divisent sur la question de l’orthographe, il se trouve, quant à lui, dans un grand embarras. Il préfère donc attendre, avant d’autoriser l’impression des nouveaux caractères, que la « classe instruite » d’outre-Save se soit décidée et plus particulièrement Stratimirovié 8. Ce dernier répondit au Knèze le 5 août 1832 en approuvant tout à fait sa manière de voir et en attaquant assez violemment Vuk Karadzié. Son argumentation est très simple : toute nouveauté dans un domaine qui touche à la foi est pernicieuse. On commence par réformer l’alphabet, puis vient le tour du calendrier ; enfin, on ne craindra pas de s'attaquer aux Saints Évangiles eux-mêmes. Miloë avait donc, selon le Métropolite de Karlovci, parfaitement raison de s'opposer à ce que la nouvelle imprimerie de sa principauté contribuât à la propagation de l'orthographe de Vuk 4.
1 Unbegaun (B.), Les débuts de la langue littéraire chezles Serbes, Paris, 1935, p.74. 2? Slijepéevié, op. cit., p. 207.
8 Slijepéevié, op. cit., p. 208.
4 Slijepéevié, op. cit., p. 208.