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CORRUPTION DES MŒURS

Étudier le rôle social de l’Église orthodoxe serbe sous le règne de Milos, la formule est un peu prétentieuse. Ou trop vaste ou trop étroite, car si l’on veut analyser attentivement son influence, ce serait un panorama de toute la société serbe qu’il faudrait esquisser, tant le clergé participait intimement à la vie nationale. Mais, pour la même raison, il est malaisé d’écrire une histoire de ce clergé en tant que classe : ses défauts, ses qualités sont ceux du peuple serbe des années 30. C’est tout juste si le costume distingue l’homme d'Église du laïque, et si les récits de voyageurs qui font à peine mention des grands dignitaires évoquent de temps à autre l’humble silhouette des prêtres de campagne.

Tant qu’il avait fallu combattre les armes à la main, on avait fermé les yeux sur leur ignorance, leur manque de sens moral, leur indiscipline !. Mais un Knèze impérieux s’était proposé de discipliner son peuple, et prétendait transformer les guerriers de la veille en des pionniers de culture. Ces efforts avaient-ils eu un résultat ?

Tous les voyageurs étrangers contemporains s’accordent à affirmer qu’au début du règne de Miloë le niveau moral s'était nettement abaissé ; le brigandage régnait en maître ; les insurrections successives, la misère (la famine de 1816-1817 avait été particulièrement

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douloureuse), avaient peu à peu créé chez le peuple un indifféren-

1 K. Nenadovié a laissé un amusant récit sur la façon dont un prêtre était ordonné sous Karadjordje. Le pope Luka Lazarevié voulait ordonner, contre son gré, un jeune garçon de 16 ans qui l’aidait à célébrer le service divin. Ce candidat involontaire à la prêtrise se refusait de toutes ses forces à entrer dans les ordres et s'enfuit même dans la campagne pour échapper à ce prosélytisme intempestif. Le pope courut après lui l'épée à la main et le ramena, manu militari, à l'église de Jalovica où il fut fait prêtre sous la menace du pistolet (cf. K. Nenadovié, Zivot à dela Velikog Djordja Petroviéa Karadjordja, Vienne, 1884, p. 547).

tisme moral presque absolu. Chez une nation si soucieuse et si respectueuse, dans le passé, des liens de parenté, il n’était plus rare de voir se nouer des unions qui auraient été, à la fin du xvurr® siècle, jugées « abominables ». Miloë dut interdire aux hommes d’épouser en secondes noces leur belle-sœur (svastika). Tihomir R. Djordjevié cite l'exemple d’un certain Joksa (de Suvodol) qui avait épousé sa cousine 1, Très souvent, le beau-père vivait avec sa bru, parfois les frères avec leurs sœurs, et les pères avec leurs filles. Les naissances illégitimes étaient extrêmement nombreuses. En 1819, Jevrem Obrenovié mandait de Sabac au Knèze Miloë que dans cette nahija « beaucoup d’enfants naissaient en dehors d’un mariage légal, et le plus souvent étaient issus d’une union entre parents proches », et il avouait son impuissance à mettre fin à cet état de choses.

Miloë Obrenovié, bien qu’il ne pût assurément pas servir de modèle en ce qui concernait les vertus conjugales, s’effrayait de cette immoralité grandissante. Dans une curieuse lettre adressée en 1817 au prêtre Mate] Popovié, vicaire de la Groëanska nahija, il déplorait vivement l’inconduite de certains jeunes gens qui, pour arriver à obtenir la main des jeunes filles qui leur étaient refusées, n’hésitaient pas à les déshonorer. Il fallait, assurait le Knèze, mettre un terme à ces façons « barbares et bestiales » ?.

La misère et l’appauvrissement des campagnes, le chômage étaient également à l’origine d’un développement étonnant de la prostitution. Les maladies vénériennes se répandaient de plus en plus, même dans les campagnes. Les districts de Gurgusovac % et de Krusevac étaient les plus atteints par la syphilis. Le premier comptait près de 500 malades en 1838, et l’on fut obligé de construire la même année à Gurgusovac un hôpital spécial pour les maladies vénériennes.

Sur 30 prostituées examinées par Cunibert, 19 étaient contaminées. A Belgrade même, la police signalait des prostituées venant de Sabac, de Smederevo, de Kragujevac, de Valjevo.

Il est très intéressant de constater que Miloë se refusa toujours à renvoyer à « l’intérieur du pays » les prostituées, comme le voulait sa police. Il alléguait, non sans raison, qu’il ne ferait ainsi que contaminer les masses paysannes demeurées saines #4.

Djordjevié fait justement remarquer que l’amoralité qui régnait alors n’était pas seulement l’apanage des masses populaires. Les chefs donnaient l’exemple : Karadjordje déjà avait un grand faible

1 Djordjevié (Tih. R.), 1x Srbije Kneza Miloëa, Belgrade, 1924, p. 197. * Djordjevié (Tih. R.), 1z Srbije Kneza Miloëa, p. 197. 3 Depuis 1859 : KnjaZevac.

nes la Politika 20-7-1937 : Le Centenaire de la création de la police secrète par Milos.

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