LE CLERGÉ SERBE ET LA SANTÉ PUBLIQUE
Le peu que nous savons sur les doctrines professées par ces prophètes nous permet cependant d’affirmer leur caractère nettement religieux : partout on retrouve, énoncée sous une forme plus ou moins précise, la prédiction apocalyptique de temps nouveaux, où Dieu viendra signifier au monde sa volonté. Les temps du grand Jugement approchaient. Au mois de juillet 1836, le bruit se répan dait à Kragujevac que « la ville allait s'effondrer sous le sol ». Le peuple alla passer la nuit dans la campagne. Il fallut que le Conseil du Knèze donnât l’ordre aux autorités militaires de ramener par la force les paysans affolés. A l’origine de toute cette eschatologie, on retrouve un clerc, l’intendant du monastère de Vraéevënica, Jeronim Zivkovié, et un certain Stevan Brankovié, éovek skitnica i budala*.
Les guérisseurs et charlatans de toute espèce abondaient. Djordjevié cite l'exemple de ce Neëa Mihailovié de Jagodina qui, même en 1840 priait le Conseil du Knèze de lui permettre d’aller à Janina, en Grèce, pour s’y faire soigner les yeux, car il avait appris « que dans cette même ville était apparu une sorte de nouveau saint Georges, qui guérissait quiconque venait à lui en croyant sincèrement ? ». L'Église officielle, menacée dans son propre do maine, assistait impuissante et effrayée à cette recrudescence du mysticisme et des croyances superstitieuses qui lui faisaient dans les masses paysannes une terrible concurrence.