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LE CLERGÉ SERBE ET LA SANTÉ PUBLIQUE

Il ne faut cependant pas pousser le tableau trop au noir. Si les « brebis galeuses » n’étaient pas rares dans le clergé de ce temps, il faut reconnaître que les tares reprochées à l’Église pouvaient l’être aux autres classes du peuple serbe.

Dans son ensemble, le clergé, en dépit de son ignorance et de ses vices, rendait de notables services parce qu’il suppléait à des institutions soit inexistantes, soit déficientes.

Ce serait en effet se faire une idée assez fausse que de penser qu’il n’y avait dans le clergé serbe, sous Miloë, que des prêtres indignes. Des popes de campagne, sans culture, mais animés d’un esprit de sacrifice admirable, laissèrent un souvenir durable. Tel ce pope Ostoja Vicentijevié du district de Sabac, apôtre infatigable qui ne craignait pas de desservir le même jour plusieurs paroisses, et qui, chose rare à l’époque, se piquait de célébrer consciencieusement tous les services religieux de la journée — de matines à vêpres °. Quand

1 Djordjevié (Tih. R.), op. cit., p. 212.

2 Djordjevié (Tih. R.), op. cit., p. 213.

3 Hriséanski Vesnik, mai 1888, p. 380-385.

le pope Ostoja mourut en 1850, son fils Gh$a, prêtre lui aussi, sut se montrer fidèle au nom qu’il portait, par sa piété, mais s’acquit une renommée de culture et de générosité !. Des exemples de ce genre permettent de dire que le clergé serbe des années 30 contribuait dans la mesure de ses moyens au développement de l’instruction publique, si primitive qu’elle fût, en protégeant l’école naissante. Mais surtout, ce qui est moins connu, le clergé jouait parfois, en l’absence de tout service d’hygiène, le rôle bienfaisant de conseiller médical ; par exemple, lorsqu'il s'agissait d’enrayer les progrès de quelque épidémie.

Mihailo Popovié, auteur d’un livre apologétique sur l’Église serbe, mais rempli de détails précieux, dégage nettement cet aspect de l’activité cléricale. Une épidémie de peste s’étant déclarée à Jagodina, et de nombreux cas mortels ayant été constatés, Milos, après avoir pris les conseils d’un médecin, demanda au Métropolite Petar qu'il fit tenir par le clergé de Jagodina et de ses environs des allocutions où l’on exposerait au peuple les dangers de l’épidémie et les moyens de préservation auxquels on pouvait recourir. Grâce au zèle du clergé, l’épidémie fut enrayée. Deux ans après éclatait une terrible épidémie de variole. Miloë fit à nouveau appel au clergé qui fut chargé d'expliquer au peuple comment il pouvait se prémunir, en l’initiant en premier lieu à la vaccination. Le Métropolite Petar se montra, à cette occasion, extrêmement énergique : il alla jusqu’à inviter ses prêtres à se faire vacciner les premiers, eux et leurs familles, afin de servir d'exemple et de révéler ainsi les bienfaits de la vaccine (8 juillet 1839, première loi serbe sur la vaccination) ?.

Quelques années plus tard, l’intervention du clergé sera plus effective, et l’on aura recours à des mesures encore plus rigoureuses. Mais il n’était pas sans intérêt de montrer que si, dans des populations aussi primitives et aussi superstitieuses, c’est-à-dire à priori hostiles à toute innovation, l’on a pu si rapidement et si généralement introduire la pratique de la vaccination, c’est assurément à l'esprit réaliste du prince Miloë qu’on le doit, mais aussi à l’entremise d’un clergé dévoué, malgré son ignorance. D'ailleurs, s’il n’avait pas été ignorant et profondément étranger aux problèmes de casuistique et aux préjugés d’Église, se serait-il prêté avec autant d’empressement à un service social de cette n2ture ? 3

1 Hriséanski Vesnik, juin-juil. 1888, p. 527-531.

? Popovié (Archip. Mih. I), Istorijska uloga Srpske Crkveu éuvanju narodnosti t stvaranju Dräave, Belgrade, 1933, p. 288-292.

* Cunibert rend surtout hommage à l'esprit d'initiative de Miloë : « Lorsqu’en 1835 on vit que la petite vérole qui y (en Serbie) faisait de nombreuses victimes épargnait tous ceux qui avaient été vaccinés, on combla de bénédictions le prince

et tous ceux qui avaient aidé à l'introduction de cette salutaire invention ». (Cunibert, op. cit., t. II, p. 262.)

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