RÉFORMES RELIGIEUSES SOUS LE PRINCE MICHEL
de France prit pour un « sacre » véritable !, Personnellement, le Knèze était animé des meilleures intentions pour le bas clergé et, s'il avait pu régner plus longtemps, peut-être aurait-il réussi à donner à celui-ci le statut qui lui manquait, et qu’il lui faudra attendre plusieurs décades encore. C’est parce que sa situation dans l’État n’était pas définie avec assez d’exactitude, et aussi parce que ses revenus ne lui permettaient pas de jouer le rôle social auquel il croyait avoir droit, que le clergé, au lieu de se constituer en « classe », ou du moins en un « corps » indépendant et autonome, se fragmentera au hasard des partis auxquels il apportera ses haines et ses amitiés. Il ne manifestera dès lors ses revendications que dans le cadre de programmes politiques. C’est ce qui sépare profondément l'Église orthodoxe de Serbie des Églises catholiques romaines des États occidentaux. Son indigence doctrinale presque absolue, son manque d'esprit de solidarité cléricale (caractérisé surtout par l’inimitié régnant entre séculiers et réguliers) nuisaient à son prestige, en la privant de cette force de résistance propre aux Églises romaines.
De multiples réformes virent cependant le jour, entre l’abdication de Milos et l’avènement des constitutionnalistes. Il serait fastidieux d’en faire l'inventaire : tout au plus signalera-t-on celles qui se rattachent à l’œuvre entreprise par le Métropolite Pétar pour établir dans le clergé le sens de la discipline et de l’autorité. Une des décisions synodales les plus remarquables, qui fut d’ailleurs prise alors que Milos n’avait pas encore abdiqué mais n’entra en vigueur que sous le premier règne de son fils, étend singulièrement les pouvoirs du Métropolite. Elle confère en effet à ce dernier la faculté d’ordonner d'office les séminaristes qui se seraient distingués dans la lecture liturgique ou dans le chant d’église, sans recourir aux évêques dont relèvent ces séminaristes (11 mai 1839) 2. Cette simple décision accentuait encore l’inégalité entre le Métropolite et les évêques diocésains et en l’isolant davantage encore contribua beaucoup à son impopularité. Par un mandement maladroit qui préconisait une surveillance plus sévère sur les monastères, Petar s’aliénait une notable fraction du clergé régulier. Par une décision synodale en date du 6 mai 1842, il rendait obligatoire dans chaque monastère la tenue d’un livre où seraient inscrits tous les revenus monastiques sous quelque forme qu’ils soient perçus, épitralulja, droit d’étole, aumônes, prières, baisement de l’icône. L'argent de chaque monastère devait être enfermé dans une caisse spéciale dont le prieur détien-
1 Aff. Étr. fs. Belgrade, 19 mars 1840, 2 Zbornik pravila, uredaba i naredaba Arhijerejskog Sabora, p. 14.
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drait une clé, le vicaire une autre et un moine la troisième *. De nouveaux règlements disciplinaires entraient également en vigueur, interdisant aux moines d’être propriétaires de chevaux, de porter des vêtements trop coûteux, et leur enjoignant plus généralement de mener une vie conforme à leur vocation ?. D’autres résolutions du Synode complètent ce que nous avons déjà dit sur le rôle social du clergé dans différents domaines : réglementation des processions, afin d'éviter les désordres qui se produisaient fréquemment à leur occasion ; prière adressée aux autorités locales d’éviter l’examen des procès les jours de fête, et de surseoir ces mêmes jours aux châtiments corporels. On demandait aussi aux fidèles de s’abstenir, pendant les fêtes d’église, de danser et de jouer de la musique tant que les offices ne seraient pas terminés. Enfin, le Consistoire s’occupait pour la première fois en Serbie d’un problème urgent, qui touchait à la fois la piété et l'hygiène sociale : celui des cimetières. L’arrêté du Consistoire constatait qu’en Serbie l’on avait trop tendance à négliger l’entretien des cimetières, et que la plupart des tombes étaient exposées « aux offenses des hommes et des troupeaux ». Désormais, tout cimetière devait être clôturé et signalé au respect des passants par une croix portant l’image de la crucifixion *. Le Métropolite Petar s’efforçait aussi d'obtenir le meilleur rendement du Séminaire, qu’il affectionnait comme étant son œuvre personnelle. Par un arrêté consistorial en date du 3 mai 1841, il défendait aux évêques d’ordonner prêtres les candidats qui n’avaient pas reçu la formation intellectuelle nécessaire et qui n’avaient pas accompli le temps d'étude normal au Séminaire de Belgrade 4. Une telle mesure, si elle était appliquée, pouvait fermer les portes de l'Église aux prêtres illettrés ou insuffisamment préparés et permettre
à une nouvelle génération de prêtres d'accéder aux hautes dignités ecclésiastiques.
1 Zbornik pravila.…., p. 183.
3 Zbornik pravila…., p. 183.
5 Zbornik pravila.…., p. 169.
# Zbornik pravila…., p. 181.