‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 48 sur 197 · L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE SOUS LE RÈGNE D'ALEKSANDAR KARADJORDJEVIC · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE SOUS LE RÈGNE D'ALEKSANDAR KARADJORDJEVIC

Le Mérroporire PETAR ET LA POLITIQUE INTÉRIEURE ET EXTÉRIEURE DE LA SERBIE.

Si l’on souscrit au lieu commun qui veut que les années 40 constituent à proprement parler « l’aube » de la Serbie contemporaine,ilest assez malaisé de dégager quels furent, en ces années tournantes, le rôle et l'influence exacts de l’Église orthodoxe serbe. Du jour où le pouvoir du Knèze n’était plus le facteur unique de la vie politique de la principauté mais où commençaient à s’organiser les grands partis, il était vraisemblable que le Métropolite ne serait plus le seul à représenter auprès du Prince l’Église de Serbie et à exprimer ses désirs. D’autre part, les masses du bas clergé ne jouissaient pas encore d’un degré de culture politique suffisant pour faire entendre leur voix soit directement, soit par l’intermédiaire d’un parti. L'influence de l’Église sur la vie politique serbe se traduira surtout par les initiatives individuelles d’un certain nombre d’ecclésiastiques. Parfois ces démarches auront un caractère de violence : des prêtres s’associeront à des révoltes ou à des séditions. La plupart du temps 1l sera malaisé de découvrir un lien entre ces manifestations d'origines très diverses. Si des prêtres parviennent à exercer un réel ascendant sur l’opinion publique, c’est plus au prestige du politicien qu'ils le doivent qu’à leur ascendant religieux.

L'exemple de l’archiprêtre Matija Nenadovié est particulièrement curieux !. Ennemi passionné des Obrenovié, il fut un des

1 On se souvient de l’histoire de Nenadovié, entré très jeune dans les ordres et chargé de soulever la population de Valjevo lors de la première insurrection (cf. p. 46). Il avait été un des premiers diplomates de la nouvelle Serbie, et après le désastre de 1813 il s'était efforcé d’intéresser la Russie au sort de ce pays, séjournant à Vienne lors du Congrès de 1815. Miloë qui avait su apprécier sa

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principaux soutiens du régime constitutionnaliste. Ce sera également. un des conseillers les plus influents et les plus écoutés du nouveau Knèze et un grand ami et collaborateur de Vuëié. Lorsque celui-ci, après son « éloignement » symbolique, revint en Serbie avec Retrons jevié, de grandes fêtes furent organisées en son honneur à Belgrade auxquelles prirent part non seulement l’armée et les fonctionnaires, mais aussi le clergé. « Dans l’église, pour leur arrivée, on célébra un service divin et toute la ville fut illuminée pendant trois jours (9 sept. 1844) ». Il convient d’ajouter que l’archiprêtre Matija Nenadovié accueillit le retour du tribun avec certes plus d'enthousiasme que le Métropolite.

La mentalité du chef de l’Église orthodoxe serbe était celle de beaucoup de prêtres de cette époque. Hostiles au gouvernement autoritaire des Obrenovié, ils n'étaient, au fond, point satisfaits du changement de régime. Les violences exercées sur le clergé par Vutié au cours de la révolution de 1842 avaient aliéné beaucoup de sympathies aux Ustavobranitelji . Par ailleurs l’Église orthodoxe serbe pouvait difficilement se défendre de partager les préventions de sa grande protectrice, la Russie. Or celle-ci ne se montrait guère favorable au nouveau régime, peut-être par principe politique, peut-être aussi parce qu’elle était au courant des rapports entretenus par des constitutionnalistes notoires avec les chefs de l’émigration polonaise. Du point de vue strictement religieux, c’est un fait curieux que les hommes politiques du régime constitutionnaliste aient subi de plus en plus l'influence, soit de cette émigration polonaise catholique, soit des sociétés secrètes et de la franc-maçonnerie, celle-ci recrutant d’ailleurs un grand nombre de ses adeptes dans la noblesse polonaise en exil.

La Russie ne pouvait assurément pas voir d’un bon œil les liens entre les Ustavobranitelji et l'Hôtel Lambert. Aussi essaya-t-elle detirer avantage de sa position de Puissance Protectrice en se refusant à reconnaître l’élection d’Aleksandar Karadjordjevié comme

valeur l'avait nommé knèze de Valjevo. Mais il avait été vite disgracié en 1832. Depuis ce temps Matija Nenadovié était passé à l'opposition et était devenu un constitutionnaliste fervent. Il fera partie du Conseil de 1838 et mènera une lutte acharnée contre le pouvoir absolu du Knèze même après l’avènement de Michel. Expulsé en 1840 en compagnie d'Avram Petronijevié et de Toma Vuëié, il fut obligé de vivre en exil à Constantinople, d’où il revint en Serbie pour participer à la révolution de Vuëié. C’est le type du prêtre constitutionnaliste politicien, du reste affranchi des scrupules et des hésitations du Métropolite Petar.

Haumant (Emile), Origines de la liberté serbe, d’après les mémoires du protopope Matija Nenadovitch, Paris, 1915.

? Cf. le récit par le Consul de France Codrika de la torture d’un archiprêtre de Sabac par Vutié. Aff. Étr. fs. Belgrade, 22 septembre 1842.

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