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LA RÉFORME DE L'ÉGLISE SOUS LES CONSTITUTIONNALISTES

le second statut de l’Église orthodoxe serbe. Le Métropolite et le Synode se sont surtout efforcés de mettre au point une réglementation pratique du culte ainsi qu’un codedisciplinaire, qui contribua à mstaurer dans Je clergé une tradition d’ordre et, de conscience professionnelle. Ils n’y réussirent qu’à moitié et si l’Église a su inaugurer certaines réformes d’un caractère social très marqué, il faut reconnaître que dans la législation du mariage elle a marqué le pas. Petar n’ajoutera pas grand’chose, sous le régime constitutionnaliste, à ce qui avait déjà été fait sous les Obrenovié. En se modernisant, c’està-dire en se modelant sur des exemples étrangers, français, russes ou autrichiens, le statut matrimonial se compliquait et, perdant sa primitive simplicité, perdait en même temps un peu de sa patriarcale tolérance.

La réforme la plus urgente était le rétablissement des conditions normales de la vie ecclésiastique, de la discipline et de l’obéissance, chez un clergé qui n’avait pas seulement assisté, mais qui avait aussi participé aux séditions et aux batailles politiques. Tout le monde, en Serbie, s’accordait à reconnaître que le démon de la politique possédait dangereusement le clergé de la Principauté au détriment de ses devoirs pastoraux. En 1846, déjà un mandement métropolitain avouait amèrement l’ignorance lamentable dans laquelle végétait encore le clergé serbe, en dépit des efforts de la hiérarchie. «Parfois des personnes dépourvues de préparation théologique allaient chercher en Turquie, moyennant finances, le grade ecclésiastique désiré, puis revenaient en Serbie demandér une cure ou un prieuré !». C’est ainsi que l’on s’efforçait d'échapper aux dispositions initiales instituées par le Synode qui exigeait pour chaque candidat à la prêtrise le passage par le Séminaire. Désormais ces procédés ne seraient plus admis et l’on conseillerait aux clercs déloyaux qui les emploieraient d’aller exercer la prêtrise dans le ressort qui les avait préconisés.

Un autre abus émanant cette fois du haut clergé avait sévèrement été blâmé en juin 1846 par le Synode. Il s’agissait du prélèvement de taxes illégales en échange de l’ordination, extorsion commise soit par l’évêque, soit par quelque personne de son entourage. Le plus plaisart est qu’un tel blâme ait pu être admis par le Synode épiscopal lui-même, qui n’était alors qu’un très petit comité où chacun connaissait fort bien celui qui était visé par cette mesure ?.

S’étant ainsi, suivant le principe évangélique, corrigé le premier, le Synode épiscopal allait désormais entamer cette réforme disciplinaire du bas clergé dont Petar avait déjà depuis longtemps posé les

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principes et signalé la nécessité. Toute une série de règlements promulgués à des années différentes, mais en relation pe uns avec les autres, constituent une sorte de «Déclaration des Devoirs du Clergé », précieuse par les détails qu’elle contient et les renseignements qu ‘elle nous apporte sur la vie des prêtres serbes orthodoxes sous le règne d’Aleksandar Karadjordjevié.

Le prêtre des villes doit être zélé, et ne pas négliger de célébrer l'office quand il est de service. Cet article du règlement synodal du 7 juin 1846 confirme ce que nous savions déjà sur la négligence croissante des’prêtres, l'abandon des paroisses, même dans les villes * En octobre 1854, le Synode insiste à nouveau sur l’obligation qui est imposée à tous les prêtres de célébrer avec exactitude le culte divin, sans chercher d’excuse pour leurs négligences, ne izgovarajuét se za nebreïenije te duënosti ni daljinom mesta, ni drugim neudobnostima, ni slabim poseivanjem crkve od strane naroda.… ?.

Le clergé doit en outre veiller à instruire les fidèles dans la religion et la loi divine, l’invitant à obéir aux prescriptions de cette loi sainte. Le haut clergé insistait pour que les prêtres non seulement accoutument leurs fidèles à une pratique plus fréquente des sacrements (les plaintes sur l’indifférentisme des Serbes à ce sujet sont un leit motiv de toute réunion synodale), mais avant tout réussissent à obtenir de ceux-ci qu’ils visitent plus souvent les églises (da 1h pokudjuju nepriljeëno posjecivanje hramova bozjih….) 3. Pour obtenir un tel résultat, le Synode exigeait du clergé qu’il donnât l’exemple, par une conduite irréprochable. Il fallait sans doute que quelques prêtres parvinssent à se dépouiller de mauvaises habitudes, kao pusenje, posecivanje javnih za sve$tenike nepriliënih mesta, kao kafana, mehana, kojekakvih zrjeli$ta, igranje karti, upraënjavanje lova, no$enje oruxja i tim podobnih nepriliënih dela...

Cette liste suggestive peint avec réalisme le genre de vie affectionné par de nombreux prêtres des années 50 4.

Les popes seraient enfin pourvus des livres de doctrine religieuse élémentaire, afin d’avoir la possibilité d’instruire leurs paroissiens. Le Métropolite Petar s’était occupé de la question des manuels. d'enseignement utilisés au Séminaire et avait réussi à en faire éditer quelques-uns en Serbie et à importer les autres, soit de Russie, soit d'Autriche. Mais en 1855 encore, constatant le petit nombre de livres religieux employés, le Synode exprimait le désir de voir universellement répandus « un catéchisme court et précis, une histoire

Zbornik pravila, p. 49.

? Zbornik pravila, p. 59.

5 Zbornik pravila, p. 50.

4 Zbornik pravila, p. 51.

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de l'Ancien Testament et, si la chose était possible, les livres imprimés ici à l’usage de notre établissement d’enseignement (le Séminaire) » !. Un an plus tard, il recommandait une fois de plus aux prêtres de célébrer tous les offices de la journée, sans doute afin de familiariser les fidèles avec une liturgie qu’ils vénèrent, mais qu’ils ignorent profondément. Un autre règlement leur demandait d’être, en même temps que les guides naturels de la foi, des maîtres de morale. Le Synode constatait avec douleur que « depuis quelque temps » le peuple jurait de plus en plus et blasphémait ce qui, pour tout chrétien, devait être sacré et digne de respect, à savoir : la Foi, la Loi, la Croix, le Père et la Mère, etc... ? » Il rappelait les efforts pour extirper cette « habitude criminelle » déployés par le Gouvernement en 1846 et par les autorités ecclésiastiques le 15 mai de la même année (1846), demandant au clergé de verser à chaque occasion « dans le cœur de son troupeau la crainte de Dieu et le respect sincère de sa Loi et de tout ce qui se rapporte à Lui, da bi se time ono bogomrsko psovanje iskorenilo. » Mais toutes ces mesures s’étaient révélées impuissantes à arracher du peuple cette coutume funeste. Puisque les moyens coercitifs ne servaient à rien, le clergé n’avait qu’à se faire l’éducateur du peuple, l’habituer peu à peu au respect de son Créateur et éviter l'emploi inconsidéré ou blasphématoire de son Saint Nom.

Le Synode avait préparé un règlement à l’usage du clergé monastique. On avisait les prieurs des monastères et les moines qu’ils n'étaient pas autorisés à négliger l’assistance aux services religieux, qui devaient être célébrés intégralement les dimanches et les jours de fêtes. La conduite des moines devait être en tous points irréprochable. « Si un des moines commençait à donner des signes d’insubordination, on négligeait d'accomplir ses devoirs, en couchant hors du monastère, sans en avoir démontré la nécessité, en gardant ou en cachant un revenu, en distribuant à sa famille des boissons ou du grain du monastère, que le prieur, lors de sa première faute, se contente de le blâmer seulement et de lui conseiller fraternellement de se corriger. » À la troisième rechute, le coupable sera conduit devant le Consistoire. Il est d’ailleurs curieux de voir que, dans ce règlement d’avril 1855, le Synode admettait qu’un moine isolé, ou bien l’ensemble du couvent fussent autorisés à recourir aux autorités ecclésiastiques diocésaines, par une plainte écrite, s’ils estimaient que le prieur avait commis « une faute contre l’ordre ». Cette stipulation révèle seulement que le haut clergé avait toujours une oreille

1 Zbornik pravila, p. 51.

3 Zbornik pravila, p. 55.

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attentive et pleine de sollicitude quand il s'agissait d'écouter les plaintes du bas clergé monastique. Le règlement adressé aux monastères est infiniment moins sévère que le règlement destiné aux séculiers. Ici encore nous retrouvons ce trait permanent de l’Église orthodoxe serbe qui est bien la prédominance du clergé monastique. Les maîtres de l’Église ne peuvent oublier leur origine... ?

La hiérarchie ecclésiastique aussi se compliquait: pour faciliter les rapports entre bas clergé et Episcopat, des intermédiaires existaient déjà : archiprêtres de district (okruëni protoprezviteri) et vicaires d'arrondissement. Le mandement du 8 juin 1846 accrut encore leur importance. Désormais à côté des archiprêtres étaient institués les chapelains, disposant de la moitié d’une paroisse ordinaire. Îls étaient destinés à remplacer les archiprêtres dans la célébration quotidienne du service divin, que ceux-ci n'étaient plus tenus de célébrer que le dimanche seulement «afin que les paroissiens ne les jugent pas complètement indifférents à l’Église, à leurs fonctions. » Afin d’exercer la surveillance nécessaire et d’instruire leur ‘ troupeau, les archiprêtres seront obligés au moins une fois par an de visiter les plus petites paroisses, da bi time na sebi pokazali dobar primer revnosnog pastira… ?

Pour relever dans le peuple les sentiments de respect à l’égard du clergé, le Synode épiscopal a prévu, en octobre 1854, les grandes lignes d’une titulature restée jusque-là très imprécise, comme nous l’avons vu dans la correspondance échangée entre Petar et le Knèze Milos. L'influence russe se fit encore sentir : le Métropolite avait droit au titre de Visokopreosvjaséenjeä, l’évêque à celui de Preospja$éenjej$t ; le prieur de monastère : Prepodobnyjej$i ; le moine: Prepodobnu ; l’archiprêtre : Preëestnjezäi ; les vicaires et curés paroissiaux : Cestnjejéi ; les chapelains et les diacres : Cestni ?.

Dans un autre domaine, le Synode s’efforça d’apporter une solu-

? Un règlement du 8 avril 1855 interdisait l'échange des terres appartenant au Monastère sur l'initiative personnelle du prieur. Si ce dernier estime que l’échangede certaines terres de sonmonastère contre d’autres estimées meilleures est possible, il est tenu d’en aviser d’abord le Consistoire qui étudiera l’affaire, puis la soumettra au Ministère de la Justice qui sera chargé de demander au Gouvernement l’autorisation de procéder à l’échange (Zbornik pravila, p. 198).

Un autre règlement en date du 9 mai 1857 interdisait aux monastères possédant des capitaux, premda za sad malo ima manastira u na$em otaéestou, koji imaju letece kapitale.., de les laisser dormir, ils devaient les placer à intérêt au su et avec l'autorisation du Consistoire! (Cf. Zbornik pravila, p. 198-199). C'était au prieur que lon confiait le soin de gérer le capital et d'augmenter les revenus, quoique le règlement du 9 avril 1855 eût attribué le contrôle des budgets monastiques à un moine investi par le prieur et intitulé namjesnik du monastère.

2 Zbornik pravila, p. 105.

5 C£. Zbornik pravilu, pp. 65-66.

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