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MIHAILO ET LE PRINCE MICHEL AIS

Le Mérroporire Mixaico ET LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DU PRINCE Micuer.

Avec le Prince Michel, c’est à nouveau un souverain d’une forte personnalité qui monte sur le trône serbe. Non pas que Miloë ait souvent fait preuve de faiblesse, mais, à certaines heures de son règne, il apparaissait comme un homme courbé sous le poids de son destin. Le Prince Michel était « fils de Knèze » alors que son père n’était que « fils de paysan ». Cette spirituelle réflexion, faite un jour par Miloë sur son successeur, explique bien la morgue naturelle du nouveau souverain. On a dit aussi qu’il y a quelque chose en lui du gentilhomme magyar ! : esprit chevaleresque et vanité. Le Michel de 1858 mûri par l’exil ne ressemble plus guère en effet au « jeune homme de dix-neuf ans, grand, pâle, timide, dont la contenance trahissait à un très haut degré l’embarras et l’ennui ? » que Blanqui voyait en 1842 au Konak de Belgrade. C’est un homme sûr de lui, conscient de sa culture et très préoccupé de son autorité et de son prestige. Il ne se soucie point d’être ou non populaire et s’abstient volontiers des épanchements démagogiques de son père.

Michel, quand :il se montre au peuple, ressemble à une Icone muette, devant laquelle il faut baisser la tête dans un silence solennel ?. On nous a décrit aussi l’attitude de Michel à l’église. Ce ne sont plus les impatiences de Milos, ses jurons réprimés avec peine, ses incessantes boutades à haute voix. Le peuple doit observer res-

1 Jovanovié (S'ob.), Druga vlada Milo$a i Mihaila, p. 461.

2 Blanqui, Voyage en Bulgarie, Paris 1843, p. 68.

8 Jovanovié (Slob.), op. cit., p. 242. Le portrait qu'a laissé de lui, en 1865, Botmiliau, Consul de France à Beigrade, qui a connu personnellement le Knèze, confirme certains traits classiques, en particulier la vanité du prince :

« C’est un homme grand, maigre, d’une santé délicate, très brun, au front bas, aux cheveux noirs, à la barbe épaisse qui lui couvre presque toute la figure. Il parle couramment le français et très bien l’allemand. Par ailleurs, son instruction est des plus bornées et son intelligence elle-même assez médiocre. Mais il a le caractère éminemment droit, loyal et il est profondément patriote. C’est cette qualité que tout le monde lui reconnaît qui le rend surtout cher au peuple serbe, bien qu’on lui reproche de vivre trop retiré dans son Konak, où il s’est fait à peu près inaccessible. On lui reproche également, et non sans raison, une certaine hauteur qu’il aurait rapportée de son séjour en Allemagne, et qui froisse d'autant plus qu’il n’y a pas un pays plus essentiellement démocratique que ia Serbie. », et plus loin :

« Il n’invite jamais ses ministres à s’asseoir devant lui lorsqu'ils vont lui parler affaires au Palais, quelque temps que l’entretien puisse se prolonger... » (Af. Étr. fs. Belgrade, 10 février 1865).

pectueusement tout un cérémonial. Il y a dans le Knèze queïque chose d’olympien. Michel diffère aussi de son père par un sens rehgieux plus affiné, une foi plus ardente, avec une pointe mystique qui étonne chez un Serbe et que l’on retrouvera, avec une exaspération maladive, chez un Alexandre Obrenovié. Lorsqu'il se prépare à ses dévotions ou lorsqu'il est «en retraite », toute la Cour sait qu’il est « inabordable » !.

Or, Michel rencontrera dans le nouveau chef de l’Église orthodoxe serbe un homme qui a le même caractère que le sien : énergique, ambitieux, autoritaire. De sa jeunesse, il a peut-être gardé une certaine mélancolie et un goût prononcé pour la solitude. Le jeune évêque de Sabac, devenu Métropolite serbe,avait également conscience de sa valeur et de son importance dans l’État. Il avait une hypothèque sur la nouvelle dynastie, n’ayant pas tenté de grands efforts en faveur de son bienfaiteur et prédécesseur le Métropolite Petar, dont le sort s’était trouvé lié, par une série de maladresses plus que par une complicité réelle, au sort de la dynastie des Karadjordjevié. Il avait en outre l’avantage, que n’avait point connu Petar, de disposer d’une influence politique assez étendue. Il était une des gloires du parti libéral qui ne se souvenait pas sans reconnaissance de sa vigoureuse intervention auprès du vieux Milos ’été 1860, pour que l’on en finît avec la persécution des fonctionnaires libéraux ?.

Les « deux Mihaïlo » ont, certes, des traits communs : un goût exagéré pour la domination, un sens inné de l’absolutisme. Mais ce sont là choses qui divisent plus qu’elles ne rapprochent. De même, tous les deux, Knèze et Métropolite, ont le même idéalisme, parfois nébuleux et imprécis, alors que Petar et Miloë avaient toujours fait preuve du plus solide réalisme. Dans la façon d’agir, pourtant, un détail les sépare : Michel aime à procéder brusquement, à surprendre non sans brutalité quelquefois. Le Métropolite ne dédaigne pas l'intrigue et connaît à merveille le jeu de la politique. Ce sera l’homme d’Église qui saura découvrir le plus rapidement les solutions, tandis que le Knèze sera souvent la proie facile de ses rêves. Seule la brièveté du règne de Michel explique que les conflits entre le Prince et le Métropolite soient, en somme, peu nombreux. Le Knèze, d’ailleurs, était trop occupé par des problèmes de politique extérieure pour s'intéresser directement aux questions d’administration religieuse et, de son côté, le Métropolite n'avait nulle

? Les origines diplomatiques de la guerre de 1870-1871, tome XV, Paris, 1924. Le Duc de Gramont, Ambassadeur à Vienne, au Marquis de Moustier, 25 mars 1867, page 161.

? Jovanovié (Slob.), op. cit., p. 67.

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