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L'ORGANISATION INTÉRIEURE DE L'ÉGLISE

Gara$anin paya, il est vrai, de son portefeuille ministériel son opposition au mariage. Ristié fut contraint à se retirer pour avoir envisagé une « combinaison » politique grâce à laquelle il espérait obtenir le consentement tacite du Métropolite au prix d’une participation des libéraux, ses amis (et surtout de Stevêa), au gouvernement 1. Celui que la mort surprendra traîtreusement au détour d’un sentier de Ko$utnjak ne sera pas le souverain glorieux, le champion qui a survécu dans la mémoire populaire des nations chrétiennes des Balkans, mais un pauvre homme de plus en plus exaspéré par la résistance sourde des clercs, impopulaire, mal obéi de ses fonctionnaires. Dans le premier conflit qui l’opposait à un souverain temporel, l’Église serbe avait eu le dernier mot.

L'ORGANISATION INTÉRIEURE DE L'ÉGLISE SERBE SOUS LE PRINCE MIcHEL.

Pendant que le Knèze et le Métropolite s’affrontaient dans une lutte sourde mais implacable, le Synode épiscopal et les bureaux du Ministère de l’Instruction publique et des Cultes accomplissaient un labeur fécond et procédaient silencieusement à la réorganisation de l’Église orthodoxe serbe. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette réforme que le fait d’avoir été entreprise en dehors de toute ingérence du Knèze ou du chef de l’Église. On retrouve au reste dans cette législation les prescriptions coutumières ayant trait au maintien de la discipline dans le clergé serbe (Lois du 16 septembre 1864, du 27 septembre 1865, du 20 septembre 1867). Désormais, il était interdit aux moines de posséder des biens immobiliers.

Cette mesure avait été imposée au Synode épiscopal par le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, K. Cukié, qui espérait récupérer, par ce moyen, pour le fisc, de profitables revenus du jour où les monastères ne pourraient plus dissimuler leurs propriétés en les attribuant à leurs religieux ?. Le Synode, de son côté, recommandait aux prieurs de veiller avec sévérité à la bonne tenue

les instances du Prince Michel. Dozon, consul de France, relate l’incident : « Cette personne (Julie) a été, depuis l'avènement de son mari, l’occasion d’un petit différend, presque plaisant, entre le gouvernement et le Métropolite. Comme elle appartient à la religion catholique, le prélat ne voulait point mentionner, dans les prières de l’Église, son nom à côté de celui du prince, qui y reçoit l'épithète de pieux (blagoverni). On imagina, pour tourner la difficulté, l'épithète d’aimant le Christ qui serait donnée à la princesse. Cela ne satisfesait point encore l’orthodoxie de Mgr Michel, qui pourtant, à la fin, dut céder à des injonctions formelles. » (Af. Étr. fs. Belgrade, 2 octobre 1860).

1 Jovanovié (Slob.), op. cit., p. 425.

de la communauté. Les moines étaient tenus d’obéir à une règle rigoureuse : interdiction de sortir sans autorisation, de s’enivrer, de jouer aux cartes, de danser et même‘de fumer en public Fe

La réforme de la législation matrimoniale était, depuis de longues années, à l’ordre du jour sans que l’on eût jamais fait de grands efforts pour moderniser l’état de choses un peu archaïque qui régnait dans ce domaine. L’expérience personnelle du Prince Michel donnait à la question une actualité nouvelle. Le Synode aussi bien que le Gouvernement entendait apporter une solution pratique à ce problème, mais tandis que le premier affirmait la nécessité de sauvegarder les intérêts de l’Église et maintenir le respect des traditions, le second se montrait beaucoup plus novateur et ambitionnait d’assouplir, dans les limites du possible, le vieux système : entre autres réformes jugées indispensables, il envisageait de confier à des tribunaux civils (et non plus aux duhovni sudovi) le jugement des cas de divorce. Telle était l’idée maîtresse d’un projet de loi élaboré en 1862 par le Gouvernement serbe. Son auteur était le Ministre de la Justice lui-même, Rajko Leëjanin. En fonctions depuis 1861, c'était un esprit distingué et hardi ; juriste ayant étudié à Heidelberg et à Paris, il prétendait travailler à la « modernisation » de la législation serbe. Il ne voulait toutefois pas porter atteinte aux privilèges traditionnels de l’Église orthodoxe : aussi ne songeaitil pas à supprimer les consistoires, mais seulement à soumettre leur activité au contrôle de la cour de Cassation. Il devait rencontrer la plus large compréhension chez le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Kosta Cukié, esprit autoritaire mais novateur. Tous deux cependant ne voulurent pas soumettre leur projet à la Skup- Stina sans prendre l’avis d’un conseiller impartial, Dim&ié, qui était alors un des membres les plus influents du Grand Tribunal Spirituel. Celui-ci, répondant à la lettre personnelle de LeSjanin, se déclara formellement .hostile à l’innovation juridique projetée. D’abord parce que, selon lui, le mariage était un sacrement et ne pouvait être annulé par une puissance laïque. Ensuite, parce qu’un tribunal civil ignorait forcément les lois et les canons de l’Église orthodoxe. Enfin, le projet en question serait contraire au principe de la séparation des pouvoirs ?, Convaincu par ce faisceau de raisons et surtout désireux de ne point susciter de nouveaux conflits religieux, LeSjanin renonçait à un projet qui devait attendre désormais une vingtaine d’années pour revenir à l’ordre du jour — sans plus de succès d’ailleurs.

Le Synode s'était montré, de son côté, très soucieux de compléter

i Zbornik pravila…. p. 185.

? HriSéanski Vesnik, janvier 1888, p. 57-61.

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