L'ORGANISATION INTÉRIEURE DE L'ÉGLISE
la législation matrimoniale existante, mais dans un tout autre esprit. Dans ce redoublement de sévérité, on peut être autorisé à voir un signe de l’intervention directe du Métropolite qui entendait sans doute se créer des motifs canoniques d’opposition dans sa lutte avec le Knèze. C’est en effet le Consistoire du diocèse de Belgrade qui soumettra au Synode le projet de règlement promulgué le 7 octobre 1866, qui envisageait les mesures à prendre par les autorités ecclésiastiques et civiles contre les époux qui avaient abandonné, sans motifs légaux de divorce, la vie conjugale. Il est vrai que le règlement concernait principalement les femmes, mais la date même de sa parution indique bien la volonté du Métropolite de « faire un exemple » 1.
L'Église orthodoxe serbe profitera plus qu’elle n’aura à souffrir de la rivalité entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Absorbés par leur controverse, Knèze et Métropolite laissèrent aux évêques une assez large liberté. Si le Prince Michel avait vécu plus longtemps, l'Église serbe eût sans doute évolué vers un régime épiscopaliste fort peu au goût du Métropolite. Le statut des évêques devint plus stable.
Les évêques ne purent plus désormais être suspendus de leurs fonctions qu’après un accord du Métropolite et du Knèze. Salariés par l’État, ils touchaient 1.000 ducats par an (le Métropolite jouissait d’un traitement double) ?. Ils n’avaient point le droit d’exiger aucune taxe pour l’accomplissement de leur service pastoral, mais ils étaient autorisés à posséder une fortune personnelle. À leur mort, s'ils n'avaient pas fait de testament, le tiers de leurs biens revenait à leurs parents et s’ils n’avaient point de parents, à des œuvres pieuses ou culturelles.
Le clergé séculier — environ 703 prêtres de tout rang — jouissait de tous les droits civils. Après la mort de sa femme, toutefois, le pope ne pouvait pas se remarier. Les curés de paroisse étaient nommés par les évêques diocésains. Ils disposaient du bir, prélevé en nature dans les campagnes (12 oka de maïs par tête imposable).
Les 121 moines de Serbie vivaient dans 41 cloîtres sous l’autorité d’archimandrites %. Ils constituaient des communautés économiques qui ressemblaient fort aux zadruge. Les moines serbes avaient parfois charge d’âmes et des paroisses à desservir. Cette prérogative soulevait depuis longtemps les plus vives protestations aussi bien chez le clergé séculier que chez les laïques. La Mioljska Skupstina avait été l’occasion d’interpellations énergiques à ce sujet et,des députés
1 Zbornik pravila, uredaba i naredaba arhijerejskog Sabora, p.237.
2 Kanitz.(F.), Serbien : Historisch-ethnographische Reisestudien aus den Jahren 1859-1868, Leipzig, 1868, p. 648.
8 Kanitz, op. cit., p. 649.
226 LE ( RÈGNE ) DU MÉTROPOLITE MIHAILO avaient exigé que l’on rendit incompatible l'administration paroissiale et la vie monastique. Des voix s'étaient également élevées pour demander la suppression des monastères qui ne possédaient point les revenus suffisants pour leur entretien. L'opinion publique était hostile, en général, au monachisme : Zn den intelligenten serbischen
Kreisen scheint eine gereizte Stimmung gegen den Klosterclerus zu
herrschen… 1.
Les moines, cependant, trouvaient un défenseur courageux en Miliéevié qui, dans ses « Lettres de voyage », vantait à la fois leur prospérité économique et leur rôle social. Il voyait en eux non point, comme beaucoup de ses contemporains, des organismes en décom-
position, mais des foyers ardents de vie religieuse, les lieux de rendez-
vous naturels des si profitables assemblées diocésaines ?.
L'administration religieuse de la Serbie correspondait à l’administration civile. Chaque district était subdivisé en 3, 4, 5 ou 6 archiprêtrés ou vicariats. Le nombre total de ces derniers s'élevait à 34 administrés par 18 archiprètres et 16 vicaires. Tous les ans les évèques étaient tenus de faire une visite pastorale à travers leur diocèse.
L'Église serbe comptait, en 1867, 335 paroisses, 16 chapelles, 41 cloîtres, selon l'évaluation de Kanitz $. La plus grande partie des prêtres recevaient désormais la formation du Séminaire. Ce
1 Kanitz, op. cüt., p. 650.
Dozon, consul de France à Belgrade, qui visita en 1861 la plupart des monasières de Serbie, envoya à son Département un rapport assez pessimiste. À l’en croire, le monachisme serbe était en pleine régression :
« Les couvents (d'hommes uniquement) sont assez nombreux, quoique avec fort peu de moines, deux ou trois au plus, sauf celui de Stoudenitze où il y en a dix. J'ai visité les trois plus célèbres et les plus intéressants ; ils possèdent des églises, et ce ne sont pas les seuls, bâties bien authentiquement par les anciens rois serbes, et comme, attendu la pénurie générale d'’églises, ils sont fort visités par la population, on peut dire qu'ils servent à entretenir parmi elle le souvenir de son histoire anté-musulmane et partant le désir d’une émancipation complète. Ces établissements, qui possèdent tous des terres, pouvaient faire beaucoup pour l'éducation agricole du peuple, sinon pour son instruction. Mais les moines, qui ne sont d'ailleurs astreints à aucune règle intérieure, sont de l'ignorance la plus complète, aussi grossiers pour le moins que les autres paysans, dont ils partagent les travaux ; ainsi n'y a-t-il rien à attendre d'eux. J'ai vu chez tous les abbés le portrait de l'Empereur de Russie et, dans les églises, les dons faits par lui ou ses prédécesseurs ; celle de Ravanitza reçoit même une petite rente annuelle, que l’archimandrite a récemment réclamée, après avoir découvert dans de vieux titres qu'elle était payée à une époque fort ancienne. Il convient cependant de dire que déjà, dans ces asiles de l’orthodoxie, j'ai cru remarquer, comme ailleurs, plus de liberté dans les jugements sur l'ancienne puissance protectrice de la Russie... » (A. Etr. fs. Belgrade, 15 octobre 1861).
? Miliéevié (M. Dj.), Puiniéka pisma, Belgrade, 1868, p. 78-80.
S Kanitz, op. cüt., p. 650.
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