‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 7 sur 197 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ÉGLise ORTHODOXE SERBE JUSQU'A L'ABOLITION DU PATRIARCAT DE PE.

Les vicissitudes historiques de l’Église orthodoxe serbe au xvirIe siècle ont longtemps traduit les rapports militaires de l’Autriche et de la Turquie. Lorsque Léopold Ier avait — le 6 avril 1690 — demandé aux chrétiens de la péninsule balkanique de l’aider à repousser l'invasion musulmane « pour la libération et la loi chrétienne », sa prière avait trouvé chez les orthodoxes serbes un écho immédiat 1, Il leur promettait la liberté religieuse, le droit d’élire leur voivode et l’abolition de la dîme. Le Patriarche Arsenije III Crnojevié fournit l’appoint de ses Serbes au général Piccolomini pour reconquérir sur les Turcs Pristina, Skoplje, Prizren et Peé. Mais ces succès furent éphémères et, après la mort du général autrichien, les Turcs regagnèrent facilement les territoires perdus et Arsenije dut, accompagné de son clergé et de ses fidèles, venir s'installer en Hongrie ?. Il s’efforça pendant ce séjour, que beaucoup croyaient temporaire, de protéger son Église contre les progrès de l’Uniatisme qui jouissait alors de la protection impériale. Il est évident qu’Arsenije considérait toujours son Église comme issue du Patriarcat de Peé. Mais 1l ne lui était pas possible de reconnaître ouvertement son obédience, car le nouveau Patriarche de Peé, Kalinmik Ier, n’était pas persona grata à Vienne. Aussi Arsenije, soucieux de ménager la Cour, s’adressait-il de préférence, pour demander des conseils, au Patriarche de Jérusalem, Dosithée. C’est ainsi que s’affaiblissaient peu à peu les liens qui rattachaient l’Église exilée à l’ancienne hiérarchie ?,

1 Radonié (Jovan), Histoire des Serbes de Hongrie, Paris, 1919, p. 167.

2 Djordjevié (Nikola), Die Selbständigkeit der serbischen Kirche, Sremski Karlovei, 1922, p. 3. $

8 Jbid., p. 7,et Ruzitié (Évêque Nikanor), Das Kirchlich-religiüse Leben bei den Serben, Gôttingen, 1896, p. 36.

Dans l’étendue du Patriarcat de Peé, les chrétiens étaient soumis à de terribles persécutions. Leurs biens étaient saisis, leurs monastères et leurs églises fermés ou détruits. De 1690 à 1696, le siège de Peé resta inoccupé. Pourtant, il maintenait son autorité virtuelle sur l’Église orthodoxe serbe d'Autriche. Celle-ci conservait toutefois son administration autonome sous l’appellation « d’Archevêché de Karlovei ». Il y avait donc côte à côte 3 Églises orthodoxes serbes autonomes : les Églises de Peé, du Monténégro et de Karlovei t.

Au début du xvui® siècle, un événement d’une grande portée pour l’Église serbe restée sous le joug turc va se produire : l’intervention des Phanariotes dans le gouvernement de l’Église Orthodoxe, dans la personne du grand Drogman, Alexandre Mavrokordatos. Le grand Drogman avait une puissante influence auprès du Patriarcat æœcuménique. Il jouait un rôle prédominant dans la désignation du Patriarche de Peé. Mais cette intervention n’était pas gratuite ?. Aussi s’introduisait-il, dans l’Église, des pratiques qui devaient avoir une longue vie. Afin de multiplier ces profits, les Phanariotes se plaisaient à changer fréquemment évêques et patriarche. « Jede neue Ernennung aber brachte der œkumenischen Kirche frische Einkünfte, dem Patriarcat von Peé aber neue Schulden » 5. Car c'était toujours ce dernier, en effet, qui faisait les frais de cette instabilité excessive.

En 1737, la guerre austro-turque tournant à l’avantage du Croissant, on vit se reproduire un second exode de la population chrétienne du Patriarcat de Peé, fuyant le joug turc.

Le Patriarche Arsenije IV Jovanovié, à l’exemple d’Arsenije III, dut se réfugier avec les siens dans le Srem, mais il n’eut point autant de succès dans cette entreprise, car une forte partie des Serbes qu'il emmenait avec lui furent pris par les Turcs sur la route d'Uzice à Valjevo et massacrés. Arsenije IV s'installa à Karlovei où, à la demande du peuple serbe résidant en Hongrie, il devint Patriarche, succédant au Métropolite Vitentije Jovanovié 4 qui s’était rendu suspect auprès des siens par sa docilité envers le gouvernement de Marie-Thérèse. Arsenije fut assez heureux pour sauvegarder les droits de sa nation et obtenir confirmation, en 1743, des privilèges accordés par l'Empereur Léopold [ef au temps d’Arsenije III 5. La

1 Djordjevié (Nik.), op. cit., p. 6.

? « Aus den erwähnien Gründen entschieden beim Kandidaten nicht die Fähigkeit zu so hoher Würde, sondern die Hôhe der angebotenen Summe» (Djordjevié, op. cut, D: 1}

BÉTDId perte

4 Djordjevié, op. cit., p. 7.

5 Corovié (Vladimir), Istorija Jugoslavije, Belgrade, 1933, p. 382.

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