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JUSQU’A L'ABOLITION DU PATRIARCAT DE PEC

situation était moins brillante dans le Patriarcat de Peé où les Phanariotes profitèrent de la fuite d’Arsenije IV pour, créant ainsi un précédent mémorable, nommer un Grec sur le siège patriarcal (1737). Ainsi les droits séculaires qu'avait le Synode serbe de Peé de procéder à l’élection du Patriarche étaient publiquement violés. L’exception devint la règle lorsqu'un décret du Sultan déclara qu'aucun Serbe ne pouvait plus, désormais, être nommé Patriarche de Peé. Ce résultat avait été atteint grâce à l’inlassable activité du plus habile des Phanariotes, Ypsilanti, alors grand Drogman. Philimon notait justement : « Sous prétexte de soustraire les Slaves à l’action des Princes autrichiens, Ypsilanti conseilla à la Porte de placer les Slaves sous l’autorité des évêques grecs » ! En fait, les

Grecs accaparèrent peu à peu toutes les hautes fonctions ecclésiastiques.

Une autre raison du transfert des principaux sièges du Patriarcat de Peé dans leurs mains, est l'endettement progressif des Patriarches : chacun d’eux devant payer des sommes de plus en plus considérables au Patriarcat œcuménique, le Patriarcat de Peé fut vite ruiné. Aussi un Patriarche, Gavrilo III, renonça-t-il à la prérogative de nommer le Métropolite de Nis et abandonna-t-il son droit au Patriarcat œcuménique. Ce Gavrilo était peu aimé des populations chrétiennes. On l’accusait, non sans quelque raison, de dépouiller son clergé et de commettre les pires exactions. Ses successeurs ne valurent guère mieux et le siège de Peé fut de plus en plus livré à de « mauvais pasteurs », jusqu’à ce que Kalinik II (1765- 1766) vint clore la liste des Patriarches. De 1690 à 1765, le siège de Peé n'avait pas connu moins de 14 Patriarches !

En 1766, à la demande du Patriarche œcuménique Samuel, le Patriarcat de Peé fut aboli et son ressort religieux fut joint à celui du Patriarche de Constantinople ?. La « dacija » fut désormais versée

1 Djordjevié (Nik.), op. cit., p. 7.

2 Les circonstances dans lesquelles s’opéra cette suppression sont assez curieuses : Djordjevié s’est efforcé d’élucider cette période à l’aide des documents contemporains. Il est assuré que, dès l’année 1765, le Patriarcat de Constantinople, conscient de la situation financière désespérée du Patriarcat de Peé, cherchait une occasion d'exercer définitivement sur ce dernier, une autorité directe. Le Patriarche de Constantinople, Samuel Hanzeris, las des récriminations incessantes du peuple serbe contre les Phanariotes, et de l’intransigeance des évêques grecs décidés à ne pas accepter un Serbe pour Patriarche, avait trouvé la solution à ce dilemme en prenant à son compte les dettes du Patriarcat de Peé, mais en supprimant le Patriarche. C’eût été chose faite si un nommé Kalinik n'avait réussi à trouver l’argent nécessaire pour être Patriarche de Peé. Ce Kalinik espérait bien retrouver la somme d’argent qu'il avait dépensée pour sa nomination dans une exploitation fructueuse des ressources religieuses du Patriar-

à la Caisse Impériale, ce qui était un maigre profit puisque, d’après le firman du Sultan Mehmed, (1731), elle s'élevait à 70.000 akèëe par an ; en plus, chaque nouveau Patriarche était obligé, lors de sa nomination, de payer le bérat du Sultan, soit la somme de 100.000 aküe.

La suppression du Patriarcat de Peé ne changeait rien à la situation du bas clergé indigène. Tout au plus blessait-elle l’orgueil des populations serbes, qui avaient toujours nourri beaucoup de respect et d'affection pour un siège qui remontait au x°® siècle. Dès lors, comme Dutié le fait remarquer, il ne restait plus que deux Églises orthodoxes serbes indépendantes du Patriarcat de Constantinople ‘: l’Église orthodoxe serbe du Monténégro et la Métropolie de Sremski Karlovei. Comme il n’y avait plus d’Église bulgare depuis que Bajazet I®T s’était emparé, en 1393, de la Bulgarie, les Phanariotes avaient désormais les mains libres dans la péninsule balkanique pour gréciser les Slaves orthodoxes 1. Cette « usurpation », comme la considérèrent les Serbes, ne se passa pas sans résistance. Le Patriarcat de Peé avait un ressort particulièrement étendu. Il comprenait les diocèses de Skoplje, Prizren, d’Herzégovine, de Stari Vlah (Ras), de Bosnie, Belgrade, Temisvar, Valjevo, Samokov, Custendil, Nis, SebeS, Jenova et Jenopolje, Buda, du Banat et de PoZega ?. Aux temps de Kalinik Fer, :l avait même exercé son autorité sur les Églises de Cetinje et Karlovei, mais la première s’était rendue autonome en 1690 et la seconde en 1710. Aussi, conscients de son glorieux passé, beaucoup d’évêques serbes se refusèrent-ils à admettre l’état de fait : les uns se retirèrent à l’Athos, d’autres dans des monestères, mais neuf évêques, les évêques de Belgrade, de Samokov, de Custendil, de Skoplje, de Nis, d’Uzice (ou Valjevo), de Novi Pazar (Raëka Eparhija), de Bosnie et d’Herzégovine s’adressèrent au Métropolite

cat. Ce dernier étant ruiné, il en fut pour ses frais et décida de démissionner, envoya une lettre au Patriarche de Constantinople, déclarant qu’il se retirait volontairement en raison des charges lourdes et «insupportables » et de son besoin de tranquillité.

Il ne restait plus au Patriarche de Constantinople qu’à prononcer l’abolition que le Sultan approuva, rayant le nom du Patriarche de Peé de tous les livres impériaux. Non seulement on mit fin à l’autonomie du Patriarcat de Peé, mais on l’humilia encore en conférant tous ses anciens droits et privilèges à la Métropolie de Prizren qui désormais fut au-dessus de lui dans la hiérarchie des églises bien que l’un et l’autre relevassent directement du Patriarcat de Constantinople. Voir sur ce point Djordjevié (Nik.), op. cit., p. 12-17, Jastrebov (I. S.), Podaci za istoriju srpske crkve, Belgrade, 1879, p. 6, et Corovié, Istorija Jugos- Javije, p. 395.

1 Duëié {N.), Istorija Srpske Crkve, Belgrade, 1894, p. 197.

2 Djordjevié (Nik.), op. cit., p. 16.

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