L272 L'ÉGLISE ET LA CONSTITUTION DE
gouverner conformément à cette constitution et conformément aux lois, et d’avoir constamment en vue dans toutes mes tendances et dans toutes mes actions le seul bien de la nation, En prêtant ce serment solennel devant Dieu et la nation, je prends à témoin Dieu, à qui je devrai rendre compte au jour du jugement, et j'attestélasincérité de ce serment en baisant le Saint-Évangile et la Croix de notre Rédempteur J. C. et qu’ainsi Dieu me soit en aide ! Amen. »
Le Métropolite était un des membres les plus influents de la commission constituante de la Saint-Nicolas. On pouvait reconnaître l’empreinte de sa pensée dans cette formule originale de serment qui s’efforçait d’accommoder des formes politiques avancées à un incontestable conservatisme social.
L'article 19 mettait à nouveau hors de discussion la question de la religion à laquelle devait appartenir le futur Knèze : « l’héritier du trône serbe doit être de religion orthodoxe ».
De même l’article 31 proclamait que « la religion dominante en Serbie est la religion orthodoxe » mais ajoutait aussitôt : « Tous les autres cultes reconnus sont libres. La célébration de leurs cérémonies est placée sous la protection de la loi. Nul ne peut arguer des prescriptions de la religion qu’il professe pour se soustraire à l’accomplissement de ses devoirs de citoyen (allusion au prosélytisme antimilitariste des sectes). Toute agitation qui porterait atteinte à la religion orthodoxe est interdite ».
Les religions reconnues en Serbie ou qui seront reconnues par une loi ont la faculté d’exercer publiquement leur culte (art. 119).
Le prince est le protecteur de toutes les religions reconnues en Serbie. Les organes spirituels de toutes les religions sont sous la surveillance du Ministre des Cultes (art. 120).
L'administration des affaires intérieures des cultes est réglée pour chaque Église conformément à ses canons. Pour l’Église orthodoxe, elle relève du conseil des évêques (Synode) et pour les autres églises des autorités spirituelles compétentes (art. 120).
La correspondance de l’autorité spirituelle de l’Église orthodoxe avec les autorités spirituelles ou les conciles au dehors est soumise à l'approbation du Ministre des Cultes. La correspondance des ministres des autres religions avec les autorités et les conciles au dehors doit être vue et approuvée par le Ministre des Cultes (art. 121).
Aucun acte émanant d’une autorité spirituelle ou d’un concile ecclésiastique au dehors ne peut être publié dans la Principauté sans l’autorisation du Ministre des Cultes.
Les plaintes portées contre les abus des autorités ecclésiastiques de l’un des cultes reconnus par l’État sont déférées au Ministre des
Cultes (art. 122).
Les ministres du culte dans leurs rapports et leurs actes civils, comme en ce qui touche leurs biens, sont soumis aux lois communes de l'État (art. 123).
Toutes les écoles et établissements d'éducation sont placés sous la surveillance de l'État (art. 124).
D'Avril note justement que les articles 121 et 122, prévoyant l'intervention du Ministre des Cultes dans le cas d’ «abus » des autorités ecclésiastiques ou instituant son contrôle sur les actes émanant d’autorités spirituelles du dehors, étaient de nature à gèner, sinon à entraver complètement «la constitution d’une hiérarchie régulière » catholique au moyen d'un concordat !.
La Régence a été le régime le plus favorable à l’Église orthodoxe qu’ait connu la Serbie. Non seulement tout conflit avec les autorités ecclésiastiques fut évité, mais le gouvernement tint à témoigner le plus grand respect au clergé en toute occasion. Aux élections complémentaires d'août 1870 pour la Skupètina, l'évêque d'Uzice, Janiéije, celui de Negotin, Jevdjenije, celui de Sabac, Mojsej, ainsi que 3 archiprètres furent désignés par le gouvernement ?. Les solennités religieuses sont rigoureusement et ofhiciellement observées. Partout en Serbie s'élèvent de nouvelles églises, tandis que l’on procède à la restauration des anciennes. De 1858 à 1867 on n'avait construit et restauré en Serbie que 60 églises. De 1862 à 1873 on en construisit et restaura 79, dont 19 pendant la seule année 1872 $. Encouragé par la bienveillance dont il était entouré, le haut c'ergé ne craignait plus de manifester librement ses volontés et ses désirs. En octobre 1871 le Synode épiscopal demandait au gouvernement de combattre avec énergie le « mauvais esprit du temps » et lui soumettait un plan pratique de répression contre les blasphéma teurs et les débauchés #. La Hiérarchie ecclésiastique s’arrogeait même le
? D'Avril souligne que les catholiques de Serbie avaient relevé jusque vers 1848 du diocèse de Nicopolis ad Istrum. Puis ils furent placés sous la juridiction de l'Évèque de Djakovo en Slavonie. « On paraît désirer à Belgrade l’adjonction de la Serbie catholique au vicariat apostolique des Franciscains de Bosnie qui sont de race et langue serbe. »
Avril (A. d’), art. cü., p. 35.
2 Zivanovié (Ziv.), Polütiéka istorija Srbije, t. I, p. 247.
$ Chiffres établis d'après les statistiques dressées par le Métropolite Mihailo dans sa Pravoslavna srpska crkva u Kraljevini Srbiji, Belgrade, 1895.
“ Le Métropolite Mihailo avait lui-même reconnu, dans un mandement paru en ce même mois d'octobre 1871, le fléchissement continu de l'esprit religieux chez le peuple. Il dénonçait, lui aussi, le « zao duh vremena » qui contaminait de plus en plus les jeunes générations, atteignait toutes les classes et pénétrait même dans les écoles. Dans la vie familiale elle-même, la religion ne rencontrait plus le respect traditionnel dont on l'avait entourée tant de siècles durant. « Beaucoup trouvent glorieux d'ébranler chez des croyants au cœur simple les vérités
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