‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 79 sur 197 · MIHAILO ET LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

MIHAILO ET LES PROTESTANTS

En vous considérant donc comme un frère et le président de notre Comité international, je vous prie de bien vouloir accepter la tâche de poursuivre les buts du Comité et d’agir sur vos relations en France, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Amérique et en Suisse, soit pour rassembler des dons pour les malheureux en question, soit pour gagner l’opinion publique européenne à la cause de nos frères esclaves. C’est en effet, Éminence, un péché et une honte pour l’Europe chrétienne que de souffrir en son sein l’esclavage d’un peuple |chrétien, alors qu’elle ne permet pas, en aucun lieu du monde, la traite des esclaves 1... »

Strossmayer, le 25 novembre 1875, remerciait Mihailo « de l’amicale confiance qu’il exprimait au Comité international » et il ajoutait :

« En ce qui me concerne (je vous suis reconnaissant) pour la décision par laquelle je suis honoré à côté de vous par un aussi grand nombre de sociétés de bienfaisance des premières nations d’'Europe. Autant est triste la situation de nos frères qui souffrent et pleine de péché et de honte l’insensibilité de ces hommes qui dirigent aujourd’hui le destin des nations chrétiennes d'Europe, autant est-il consolant pour notre cœur de ‘voir les nations les plus civilisées juger avec sévérité la captivité de notre peuple sous le joug inhumain des Musulmans, bénir son héroïsme... Le sang de nos frères sera la semence féconde d’un avenir meilleur et plus heureux ?.. »

Tolérant envers ses « frères catholiques »,le Métropolite Mihaïlo l'était à plus forte raison envers les protestants. Ceux-ci n’avaient guère eu à se louer du Métropolite Petar qui s’était toujours montré le rigoureux défenseur des privilèges de l’Orthodoxie. La Communauté protestante, aux années 50, devait s’abriter dans une pauvre maison turque de la rue des drapiers (Abadäiski sokak). Deux ans à peine après l’accession de Mihailo sur le siège métropolitain, le 16 avril 1860, les protestants de Belgrade obtenaient leur première chapelle ainsi qu’un petit presbytère $.

Mihailo faisait preuve de la même mansuétude envers des confessions beaucoup plus faiblement représentées, du moment qu’il s'agissait d’aider des « frères slaves ». En 1869, il ouvrait aux

1 Dimitrijevié (Arch. St. M.), Mihailo arhiepiskop Beogradski i Mitropolit Srbije, p. 28-30.

2 Dimitrijevié (Arch. St. M.), op. cit., p. 29-30.

3 Cette chapelle et ce presbytère étaient ceux qui avaient été accordés aux catholiques de la capitale, en décembre 1855, par le Knèze Aleksandar Karadjordjevié, mais que ceux-cin’avaient pas voulu accepter (cf. Encyclopédie, art.

Protestantske Crkve).

Tchèques de Belgrade les portes de l’église orthodoxe afin qu'ils pussent y commémorer le cinquième centenaire de la naissance de Jan Hus t. :

La petite Communauté hussite lui en exprima toute sa reconnaissance dans une adresse du 26 août 1869 signée par quelquesuns de ses représentants les plus notoires, Safarik, Njemec, Bajloni -

« Émus de ce que vous nous ayez ouvert le temple du Seigneur afin que nous puissions y commémorer le souvenir du martyr de la justice, de la vérité et dela foi, victime de l’orgueil mortel, de l’inhumanité de Rome, de la trahison de l'Empereur allemand Sigismond, nous ne pouvons que vous exprimer notre plus chaude reconnaissance. Alors qu’en Bohème les évêques interdisent la commémoration du plus grand homme de son temps, et la glorification du plus pur caractère de tous les siècles, vous avez, Éminence, répondu à nos désirs, et vous les avez prévenus en ouvrant un temple orthodoxe afin de célébrer le cinquième centenaire de la naissance de Maître Jan Hus, qui, le premier a commencé à prêcher, contre l’infamie romaine, le retour à la vieille et pure foi chrétienne sans ces préjugés qui se sont accumulés au cours des siècles à Rome... ? »

Mraaico ET LEs Juirs DE BELGRADE.

Les Juifs comme les protestants avaient passé de 1830 à 1880 par des situations bien différentes. Ils n’avaient jamais été soumis à un régime * de persécution systématique, mais avaient dû subir parfois humiliations et brimades. Le Knèze Miloë leur avait toujours témoigné une grande bienveillance. Un de ses confidents, David Hajim, auquel on confiait les missions particulièrement délicates de livraisons d’armes, était juif et fils de l’ancien président de la commune juive de Belgrade, Izrael Hajim. Le tailleur du Knèze, Lazar Levenzon, était également juif. C’était encore un juif, Josef Slezinger, qui aveit longtemps dirigé la musique de la garde du Knèze. Ce Slezinger s’était d’ailleurs rendu célèbre en

1 Dimitrijevié, op. cit., p. 31.

* Svetkovina 25-togodisnje arhijerejske sluëbe Mitropolita Mihaiïla, p. 84.

Les Juifs avaient bénéficié des dispositions libérales de la Constitution « turque » de 1838. Le Sultan avait exigé que tous les habitants de la Serbie «sujets de la Sublime Porte » fussent « protégés dans leurs biens, dans leur liberté, dans leur honneur » et il avait proclamé qu’ « il serait contraire à (Sa) volonté expresse qu'un habitant de ce pays, quel qu'il fût, pût être privé de ses droits ou soumis à une peine quelconque sans jugement préalable. » (Loeb Isidor, La situation des Israëlites en Turquie, en Serbie et en Roumanie, Paris, 1877, p. 21).

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