‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 86 sur 197 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L’autonomie religieuse de la Serbie avait découlé de son indépendance politique. Les Serbes avaient déjà un chef national à la tête de leur État tandis que sur le siège métropolitain de Belgrade. des évêques phanariotes se succédaient encore. Chez le peuple bulgare, au contraire, l’organisation religieuse précédera l’organisation politique . Aussi la Serbie n’aura-t-elle longtemps aucune prévention envers le mouvement national bulgare qui ne lui apparaîtra que sous son aspect confessionnel. Sans doute les historiens serbes ont passablement exagéré l’aide apportée par leur pays au réveil de la nationalité bulgare. Il est néanmoins hors de doute que la principauté a rendu d’appréciables services à la cause bulgare, et dans un esprit entièrement désintéressé. Les premiers livres bulgares avaient été imprimés à Kragujevac et à Belgrade. Les écoles serbes avaient été libéralement ouvertes aux jeunes Bulgares. « La politique serbe, écrit Ristié, ne connaissait pas de différence entre les Serbes et les Bulgares opprimés.. On ne peut pas reprocher à la Serbie de n’avoir pas, en sa qualité de sœur aînée et éveillée plus tôt, travaillé à éveiller la Bulgarie dans le domaine culturel 2... » Un certain nombre de bourses d’études était toujours réservé aux frères slaves. Les Russes avaient contribué de leur côté à réveiller le sentiment national bulgare, inspirés par le sentiment de la solidarité slave et aussi par leur intérêt politique. C’est un Ukrainien, originaire de la « Russie hongroise », Jurij Ivanovië Venelin, qui avait fait connaître à l’Europe ce qu’étaient les Bulgares et révélé ces derniers à eux-mêmes en leur rappelant leur passé glorieux %. À côté des influences étrangères proprement dites, 1l

1 Nikov (Petär), Väzraïdanie na Bälgarskija narod, cärkovnonacionalni borbi à postifenija, Sofia, 1929, p. 9.

2 Ristié, Diplomatska istorija Srbije, t. I, p. 167-168.

8 Cf. art. de Nikola Filipov dans le recueil Bälgarija 1000 godini, I, Sofia, 1930, p. 572.

est juste de signaler l’action civilisatrice exercée par les colonies bulgares de l'étranger. Un riche marchand d’Odessa, Vasil Aprilov, avait permis, grâce à ses généreuses donations, l'ouverture de la première école bulgare à Gabrovo (1835) !. Le premier instituteur devait être cet ancien moine de Saint-Jean de Rila, Neofit, qui brûlait d’une passion d’apôtre pour sa patrie, figure d’ecclésiastique bien curieuse à comparer avec celle des prêtres serbes de la même époque. Neofit de Rila se refusait à partager l’opinion de ses contemporains qui pensaient devoir travailler à obtenir l’affranchissement de l’Église bulgare du joug phanariote. « Bâtissez d’abord des écoles, et ensuite des églises et des couvents. Imprimez d’abord dans notre langue bulgare les livres indispensables aux écoles, et ensuite le Nouveau et l'Ancien Testament... parce que, au besoin, on peut prier Dieu aussi bien dans un champ, ou dans un désert, qu’à la maison ou en tout autre lieu, tandis que l’enseignement ne saurait être donné ni dans une forêt, ni dans un désert, mais seulement à l’école ? ». Un autre apôtre de l’idée bulgare, Jordan Djinote, un laïque instituteur à Veles, traçait ‘en 1851 un tableau enchanteur du « vrai» Bulgare : « Rien n’est plus beau que d’être bulgare. Le Bulgare travaille énormément : il pousse la charrue, ensemence la terre, fait le commerce, guerroie ; il est fidèle, hospitalier, a peur de Dieu et respecte son Roi, tout cela dans la mesure légitime qui est due à Dieu et à César. » * Ainsi s’élaborait peu à peu une conception nationale nouvelle de l’orthodoxie, ainsi naissait un sentiment religieux plus violent, plus mystique assurément que celui qui animait les popes de la Sumadija. Constantin Miladinov versait des larmes devant la Volga où il croyait retrouver le berceau de son peuple et l’origine de son nom. « Ne riez pas si je vous dis que mes compagnons se lavèrent la tête dans la Volga et en emportèrent quelques pierres comme les pèlerins en emportent du fleuve Jourdain “... » L’esprit religieux, plus mystique que chez les Serbes, était plus mobile et plus apte à être propagé. Il ne s’appuyait pas sur la tradition historique dont les ruines des monastères et des églises de la Vieille Serbie attestaient la survivance. Les Bulgares avaient de leur passé une idée encore très imprécise. Mais, alors que les Serbes avaient fait de leur État d’abord auto-

1 Jbid., p. 573.

? Cité et traduit par Radeff (S.), La Macédoine et la Renaissance bulgare au XIXE siècle, Sofia, 1918, p. 67. C£. aussi l’article de Petär Nikov dans le recueil Bülgarija 1000 godini : Väzraëdanie crez crkvata, p. 329 et l'ouvrage du même auteur : Väzraëdanie na Bälgarskija narod, cärkovnonacionalni borbi i postitenija, p. 3 et 31.

8 Ibid, p. 84.

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