‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 90 sur 197 · AVEUGLEMENT DE LA SERBIE · texte numérisé non relu

AVEUGLEMENT DE LA SERBIE

qu’il y a de plus en plus de chances de voir l’Église bulgare se séparer du Patriarcat de Constantinople et obtenir une administration ecclésiastique autonome. Le Patriarcat, tout comme les chefs du mouvement religieux bulgare, connaissent le point de vue adopté dans cette question par le gouvernement serbe... En recommandant l’unité-en tous temps aux chrétiens d'Orient, la Serbie 1 a recommandait également dans cette éventuslité. Il nous a tou jours semblé que le partage de l’Église orientale en nationalités affaiblirait la puissance des peuples et ouvrirait le chemin à toutes sortes de propagandes occidentales qui souvent, sous des apparences religieuses, poursuivent des fins politiques. Vous comprendrez que notre désir dereconnaître l'unité ecclésiastique en Orient n’aille point jusqu’à nous empêcher de considérer de raisonnables revendications nationales. C’est pourquoi notre action a toujours une double direction. Tandis que nous conseillons à nos frères bulgares de ne pas fuir l'autorité de la Grande Église, nous nous efforcions d’amener la Patriarchie à ne pas refuser au peuple bulgare une administration ecclésiastique nationale. Nous. pouvions d'autant mieux donner ces conseils aux Bulgares que nous avions pu nous-mêmes prêcher d'exemple en ne nous séparant pas de la Grande Église, bien que cela, en raison de notre situation politique, nous eût été plus facile qu'aux Bulgares. D’autre part, il ne nous a pas été difficile de démontrer aux Patriarches de Constantinople qui se sont assis sur le trône pontifical pendant ces 10 dernières années que, dans notre siècle, l’enseignement de la religion — comme les autres enseignements — doit être également accessible au simple peuple (l’on atteint ce but quand on s’adresse à lui dans la langue qu’il comprend et par l’intermédiaire d'hommes pris dansson milieu), que le désir de supériorité d’une nationalité sur une autre, non seulement provoque des discordes entre les peuples et affaiblit leur entente, mais encore n’a aucune chance de succès. Malheureusement, nous avions depuis longtemps renoncé à croire que l’on adopterait l’orientation que nous indiquions. Des raisons, ne dépendant ni de l’une ni de l’autre partie, ne permirent pas de parvenir à une réconciliation entre elles, bien que les représentants à Constantinople de la plus grande nation orthodoxe (la nation russe) aient travaillé dans le même espri: qui nous a inspirés dans cette question.

Si une réconciliation entre les Bulgares et les Grecs est donc impossible à obtenir d’après les principes que nous considérions avec les autres Slaves orthodoxes comme les plus avantageux, nous avons alors le devoir de veiller à ce que par la séparation de l’Église bulgare de la grecque il ne soit pas porté atteinte au droit religieux séculaire de cette nation sous la domination turque, à la tête de laquelle se

tient la Principauté de Serbie. Le devoir auquel nous n’avons jamais failli nous est dicté plus impérativement encore par suite des circulaires des chefs bulgares, adressées à des diocèses purement serbes en Bosnie, en Herzégovine et en Vieille Serbie, par lesquelles on invite notre peuple à adhérer à l'Église bulgare. Ces circulaires ne mentionnent même pas l’Église serbe, ni même la langue serbe, comme vous le verrez dans la copie ci-jointe d’un de ces appels.

Vous comprendrez vous-même, Monsieur, que le désir du gouvernement serbe de reconnaître les droits des Bulgares ne peut aller jusqu’au point d'abandonner nos propres droits nationaux. Vous savez qu’il y avait autrefois quatre Patriarcats dans la péninsule des Balkans, à savoir : le patriarcat de Constantinople pour les Grecs, celui de Peé pour les Serbes, celui de Trnovo pour les Bulgares et celui d’Ohrid qui, par droit de conquête, a été parfois sous l’autorité des Bulgares et parfois sous celle des Serbes, mais finalement — et ce fait mérite une attention spéciale — fut conquis par l’empire ottoman comme possession serbe. Les patriarcats de Peé et d’Ohrid ne furent pas complètement abrogés dans la dernière moitié du dernier siècle, mais ils sont reconnus jusqu’à ce jour, d’après les registres de Constantinople, comme étant simplement attachés au Patriareat de Constantinople, qui paie maintenant en leur nom le tribut annuel au trésor impérial. La meilleure preuve en est le bérat rendu par son Éminence le Patriarche Cyrille en 1855, et vous pourrez y voir quels étaient les diocèses dépendant de Constantinople, quels diocèses d’Ohrid et quels diocèses du Patriarcat de Peé. On

propose maintenant de détacher un de ces patriarcats, appelé le patriarcat bulgare, du patriarcat de Constantinople ; cela ne peut signifier autre chose que ce qui est déjà honnêtement admis, c’est-àdire qu’il s’agit ici du patriarcat de Trnovo. Mais la cession de tout autre Patriarcat à l’Église bulgare soulèverait la question de savoir si une vieille possession serbe ne serait pas ainsi transférée sans tenir compte de l’histoire de l’Église, ni même des droits acquis de la nation serbe dans la péninsule des Balkans. Si l’on veut donc rétablir le droit ecclésiastique bulgare, on donne par là des raisons à la Serbie pour demander le rétablissement du même droit pour tout le peuple

serbe, et 1l faudrait en conséquence que tous les diocèses qui se trouvent dans les anciennes provinces serbes entrent dans le ressort

. du chef de l’Église serbe déjà reconnue de la Principauté. Mais tant

que ne pourra être réalisé ce droit impérissable de la Nation

Serbe, il est à souhaiter que ses anciens diocèses restent encore dans

le giron de la patriarchie de Constantinople. Dans ce cas Son Éminence agirait dans l’intérêt de l’Église de la nation en envoyant

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