AVEUGLEMENT DE LA SERBIE DIT
dorénavant exclusivement des pasteurs d’origine serbe, qui se conformeraient à l'esprit et aux intérêts de l’Église. 1 »
Ces réserves serbes, exprimées pourtant sur un ton modéré, éveillèrent la méfiance du Phanar tout aussi bien que celle du gouvernement ottoman ?. Celui-ci était de plus en plus résolu à soutenir les exarchistes. Le Sultan témoigna à ces derniers une faveur insigne et inouie dans l’histoire de l'Islam, en faisant don à l’Église bulgare de Saint-Étienne à Galata d’un splendide Évangile revêtu de ses armes. En octobre 1868, le grand Vizir soumettait au Patriarche un nouveau projet élaboré par la Porte. On concédait aux Bulgares le droit d'établir un métropolitain dans chaque vilayet et un évêque dans chaque sandjak. Ces évêques ne devaient pas résider dans les villes où il y aurait déjà des évêques grecs et « les Bulgares porteraient le titre de leur résidence effective » #. Le chef de l’Église bulgare était tenu de résider à Constantinople, ce à quoi les Bulgares s’opposèrent, ce qui est curieux, car la résidence de leur Exarque dans la capitale œcuménique aurait donné un caractère d’universalisme à leur Église. Il est vrai que de nombreux exarchistes pensaient installer leur centre religieux à Trnovo ou à Ohrid. Grégorios VI trouva inacceptable le projet musulman : le fractionnement ou la division des diocèses suivant le nombre et la race des habitants porterait atteinte à l’unité ecclésiastique, relâcherait la discipline des fidèles, perpétuerait les rivalités et les divisions. Les Turcs organisèrent enfin, le 11 avril 1869, une commission de conciliation comprenant 4 Bulgares et 3 Grecs, qui ne parvint à aucun résultat. La Porte, décidée alors à rompre les ponts entre le Patriarcat et les Bulgares, par une intervention directe, donnait raison à ces derniers. en leur octroyant, le 27 février (11 mars) 1870, le firman célèbre qui instaurait l’Exarcat 4.
1 Rüistié (Jovan), Spoljasnji odno$aji, III, p. 298. Un fragment a été traduit par Djordjevié (T. R.), op. cit., p. 163-164.
à Al. Jovanovié remarque très justement que la forme sous laquelle la Serbie présentait ses revendications était passablement maladroite et ne pouvait qu’éveiller la suspicion des Turcs. « La Régence, eu égard à la Turquie, posait inopportunément notre question religieuse. Elle demandait que le Métropolite de Serbie eût autorité en Turquie — presque sans contrôle — avec l’aide de : l'appareil spirituel le plus délicat : prêtres, instituteurs et professeurs, tous hommes qui contribuent essentiellement partout à la formation de l'opinion publique et nationale de leurs compatriotes. Il est vrai que de telles exigences étaient entièrement dans l’esprit de la politique menée par la Serbie, mais elles expliquèrent que les Turcs aient créé le mouvement bulgare : ils voulaient s’en servir pour paralyser des aspirations de ce genre... » Al. Jovanovié, op. cit., p.128.
3 Revue de l'Orient Chrétien, 1897, p. 417.
4 Jovanovié (Al.), op. cit., p. 131.
. PROCLAMATION DÉ L'ExARCAT ET CONDAMNATION DE L "ÉTHNOPHYLÉTISME.
Le firman comblaitles vœux des exarchistes les plus intransigeants. Sur les 15 diocèses qui composaient l'Exarcat un tiersrelevait, dans le passé, du Patriarcat de Peé. Ce n’était pas tout : les frontières de l'Exarcat n'étaient pas fixées; mais, en vertu de l’article 10, elles pouvaient enfermer tous les diocèses où plus des 2/3 de la population se prononcerait pour lui. Les Bulgares manifestèrent naturellement une grande ] joie de leur victoire. Le Comité envoya une circulaire où il exprimait sa reconnaissance envers le chef de l’Empire Musulman : «Au-dessus de l’Église qui nous opprime, un roi puissant nous couvre de son égide. Ce défenseur est notre magnanime Sultan... 1 » C’est que le firman, non seulement accordait les plus larges concessions à l’Exarcat sur le plan religieux, mais donnait lieu, indirectement, à une véritable révolution du statut civil bulgare. En effet, l'Empire ottoman ne reconnaissait pas de nations mais seulement des communautés religieuses. En d’autres termes, il ne.voyait de groupes civils qu’à travers des Églises organisées et pourvues de hiérarchies. Par exemple, en 1861, la Porte avait reconnu du point de vue civil une existence séparée à la communauté des Bulgares unis, tandis qu’elle continuait à la refuser aux Bulgares de la Patriarchie, ce qui avait d’ailleurs incité beaucoup de Bulgares à se rattacher à Rome dans l’unique intention d’obtenir un statut civil et une autonomie nationale.
Jusqu'en 1870 et depuis 1453, les Bulgares étaient considérés comme des sujets directs du Sultan (raïas). Orthodoxes, l’administration impériale les classait dans le groupe civil des Grecs avec lesquels ils se confondaient (Rumi Milleti). Le firman du 11 mars les détache de ce groupe. Ils deviennent le Bulgari: Milleti, c’est-à-dire une communauté religieuse et ethnique à part. Nous saisissons dans cette transformation l’une des principales forces de l’Exarcat. Il offrait à ses adhérents non seulement l'avantage de célébrer le culte dans une langue slave au lieu du grec, mais encore le privilège d'accéder à un statut civil supérieur, en obtenant la reconnaissance par les autorités musulmanes d’une autonomie théorique qui n’était autre que le fameux « pont » construit par le Patriarche Grégorios NI et qui conduisait les Bulgares à « l'indépendance politique ».
La proclamation du firman fut cependant pour ce même Patriarcat un coup de tonnerre. Dès le 5 avril, Grégorios VI affirmait que
1 Revue de l'Orient Chrétien, 1897, p: 424.
PROCLAMATION, DE, L'EXARCAT 279
«.. comme il s’agit d’une question purement ecclésiastique et comme les dispositions du firman sont manifestement anticanoniques et attentatoires aux droits et aux privilèges de notre Saint-Siège, le Parriarcat ne peut accepter l’ultimatum du Gouvernement de Sa Majesté.. ! » Quinze jours plus tard il répondait à Aali Pacha qui déclarait que le Gouvernement Ottoman se refusait désormais à mettre la force de l’État au service des prétentions de la Patriarchie : « Le tezkéré de Votre Altesse contienc les mots Église bulgare... Si l’autorité civile reconnaît des nationalités et accorde à chacune des droit et des privilèges, l’Église n’a jamais reconnu des nationalités dans son sein : elle ne s’est jamais divisée en Église arabe, albanaïse ou bulgare ? ». |
Le Patriarche, impuissant à obtenir de la Porte la revision du firman, démissionnait le 11 juin 1870, et le Grand Vizir continuant à soutenir les revendications bulgares approuvait en 1871 le Statut de la nouvelle Église ;
« A la tête de l’Église bulgare se tient un Exarque élu pour une période de 5 années.
Le Saint Synode est constitué par 5 Métropolites présidés par l'Exarque.
L’Exarque seul a le droit de communiquer directement avec la Porte.
L'assemblée des Métropolites et de deux représentants de chaque ‘ diocèse élit l'Exarque. L’élection se fait à Constantinople. Cette assemblée choisit des candidats à l’exarcat,qu’elle présente à l’approbation de la Porte : c’est d’entre les candidats approuvés que l’assemblée élit l’exarque, élection que doit confirmer la Porte.
Chaque diocèse choisit trois candidats à l’épiscopat entre lesquels le Synode élit un évêque pour le diocèse déterminé.
L’Exarque porte le titre d’« Exarque de toute la Bulgarie ».
Dans la Liturgie, l'Exarque rappelle le nom du Patriarche de Constantinople et le Synode Bulgare, les évêques et les prêtres mentionnent le nom de leur métropolite. »
Le 23 février 1872 un buyuruldi (ordonnance) de la Porte, répondant à un mazbata des Bulgares demandant l’autorisation d’élire un exarque, leur accordait le droit de fixer leur choix entre Anthime, Païssos et Hilarion 1, Anthime, élu, partit aussitôt pour Constanti- nople, mais il ne fut pas reçu par le Patriarche. C’était le présage d’une rupture proche entre la Grande Église et l’Exarcat. Les hosti-
1 Jovanovié (Al.), op. cit., p. 137.
2 Revue de l'Orient Chrétien, 1897, p. 427. 3 Revue de l'Orient Chrétien, 1897, p. 430.
lités ne tardèrent pas en effet à commencer. Le 22 mars 1872, le jour de la fête des Saints Cyrille et Méthode, l’Exarque célébrait le culte divin dans l’église bulgare de Galata sans mentionner dans la liturgie le nom du Patriarche 1. Le Concile qui se tint en septembre 1872 (en 4 séances plénières qui eurent lieu les 10, 24, 26 et 28 septembre) ne pouvait se qualifier d’æcuménique car il ne comprenait ni les Serbes d'Autriche, ni les Roumains de Transylvanie et Bucovine, ni les Russes et les Grecs, ni les évêques du Monténégro, de Serbie et de Roumanie. Ce Concile, composé seulement de 32 patriarches et archevêques. n’était, comme on l’a défini, qu’une «commission judiciaire ». De nombreuses manifestations bulgarophobes à Constantinople et une incontestable « pression de la presse et de la rue » contribuèrent notablement à influencer la décision conciliaire qui,comme on le sait, retranchait l’Église bulgare de la communion orthodoxe, excommunication justifiée par des considérants qui méritent d’être rappelés 2:
Art. 4e. « Nous blämons, condamnons et déclarons contraire à l’enseignement de l'Évangile et aux canons sacrés des Bienheureux Pères l’ethnophylétisme, soit les distinctions de races et les distinctions nationales dans le sein de l’Église du Christ.
Art. 2. « Nous proclamons étrangers à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, et foncièrement schismatiques, les adeptes de l’ethnophylétisme, qui ont eu l’audace de fonder sur un tel principe des conciliabules sans précédents. 3 »
Mais le Concile, bien qu’il excommuniât« Hilarion ex-évêque de Macariopolis, Panarète ex-métropolite de Philoppopolis, Anthime ex-métropolite de Sofia, Hilarion ex-évêque de Loftcha, Parthénius ex-métropolite de Nissava, Gennadius ex-métropolite de Velissa », conservait encore l’espoir que «le Dieu de Miséricorde daignerait accorder un jour la grâce du repentir à ceux qui sont détachés de l'Église et ont fondé leur conciliabule illicite sur le principe de l'ethnophylétisme, afin qu’un jour ils désavouent leurs actes et rentrent dans l’Église, une, catholique et apostolique 4 ».
Cet anathème n’impressionna guère les Bulgares qui éprouvèrent au contraire un sentiment de satisfaction en se voyant détachés du Patriarcat. D’autre part la Porte se refusa à exécuter les poursuites civiles qui découlaient de la décision conciliaire. La position de l’Église orthodoxe serbe à laquelle le Patriarche de Basilée . fit part de la sentence d’excommunication est plus difficilement.
1 Ibid., p. 432.
? Ibid., p. 434.
8 Jbid., p. 435.
“ Ibid., p. 436.
PROCLAMATION DE L'EXARCAT 281
compréhensible. Alors que le représentant du Gouvernement serbe à Constantinople travaillait à « obtenir la confirmation de la nomination en Vieille Serbie et en Macédoine d’évêques serbes qui pourraient endiguer le flot bulgare et contrecarrer l'influence que les Bulgares espéraient exercer en Turquie d'Europe 1 », le Métropolite Mihaïlo, dans les deux épîtres adressées au Patriarche, le 10 mai 1869 et le 14 décembre 1870 ?, se montrait beaucoup plus réservé et exprimait froidement ses regrets de la rupture qui était survenue. Par ailleurs il faisait remarquer que, si les Bulgares se servaient du principe des nationalités, les Grecs ne s’en servaient pas moins. « Les Serbes, ajoutait-il, liés avec les Bulgares par la parenté, la foi et le voisinage,ne peuvent rompreavec eux cesliens 5. »
Cette réponse négative du Métropolite pouvait à vrai dire surprendre quelque peu le Patriarche, car, en 1870 encore, Mihaïlo s’était trouvé aux côtés du Phanar pour déplorer l’ingérence de la Porte dans les affaires .de la Grande Église, allant même jusqu’à affirmer que « par la décision de la Porte l’Église était grandement exposée à une action arbitraire, et son existence future serait rendue impossible dans un pays où les pensées, les actions et le respect sont exposés à changer et où sont minés les fondements de la sécurité 4».
L'Église serbe, aveugle comme l’avait longtemps été le gouvernement de la Principauté, persistait à ne voir le péril que dans les interventions des autorités musulmanes et non pas dans les dangers d’extension de l’Exarcat 5.
Pourtant la situation était d’une singulière gravité. Après la proclamation de l’excommunication, la Sublime Porte, dans un esprit d’hostilité à l’égard du Phanar, avait notifié à l’Exarque qu’il était autorisé « à envoyer des évêques relevant de sa seule autorité dans les diocèses bulgares ou mixtes qui reconnaîtraient le nouvel Exarcat ». La « guerre des plébiscites » allait commencer officiellement,
. ardente et parfois sanglante, entre la Patriarchie et l’Exarcat, guerre à laquelle devait participer, anonymement, mais avec non moins de
1 Djordjevié (T. R.), op. cit., p. 166.
2 Pravoslaslje (Belgrade), janvier 1871, p. 137-138, et mars 1871, p. 235-236.
8 Jovanovié (Al.), op. cit., p. 145.
4 Djordjevié, op. cit., p. 165.
5 On a essayé d'expliquer l’attitude du Métropolite en déclarant que l’'Exarcat, tel qu'il avait été conçu primitivement, « n’était bulgare que de nom, son caractère (étant) avant tout slave » et que ce n’était que vers 1880 que le caractère bulgare de l’Exarcat se révéla (cf. Stranjakovié, L'œuvre accomplie dans le passé en faveur du rapprochement et de l'union des Serbes et des Bulgares, p. 18). Ce point de vue apparaît difficilement soutenable, Si le Métropolite ne s’est pas préoccupé de la propagande exarchiste, c’est que la question de Macédoine ne l’intéressait pas à l’époque où fut promulgué le firman.
passion, l’Église orthodoxe serbe: Mais une lutte sournoise s'était ‘engagée depuis longtemps déjà et avant même la sentence d’excommunication. | ; |
Depuis les années 60, la propagande bulgare s’était attaquée avec acharnement au Métropolite grec de Nië, Kalinik, bien que ce dermier fût un modèle de dévouement et de tolérance. Cette campagne était souténue par le grand Vizir qui s’efforçait d’ébranler le prestige du Patriarcat. En 1872, une partie de la population de Nis demanda à passer sous l’autorité exarchiste, et un évêque de l'Église bulgare, Viktor, vint siéger au mois d’août de la même année, à côté de l’évêque patriarchiste 1. 3
Ce Viktor était une figure intéressante qui semble avoir utilisé ‘la force de la nouvelle Église par ambition personnelle plus que par souci de répandre le bulgarisme, puisqu'il refusait d’introduire dans l’école serbe de Ni des livres bulgares ?. D’ailleurs la tiédeur exarchiste de Viktor lui fut profitable puisqu'il resta à son siège épiscopal après le rattachement de Nis à la principauté de Serbie.
Skoplje offre l'exemple le plus curieux des efforts tentés par les patriarchistes pour essayer d'adapter la rigidité du système phanariote aux exigences d’une population slave qui, la première de Macédoine, avait en 1829 demandé au Phanar un évêque national. Les éléments hostiles au Patriarcat étaient dirigés, dans les années 40, par un instituteur bulgare, Pavel Pavlentije Harvat. En 1861, le Phanar cédait devant une émeute populaire qui rétablit par la force la liturgie en langue slave. La propagande bulgare commençait déjà à travailler Skoplje avec persévérance ; elle put se manifester au grand jour en 1868 à l’occasion de la mort du Métropolite Joachim. La même année le chef du mouvement bulgare Comakov révélait le sens véritable de l’action entreprise pour détacher les slaves chrétiens du Patriarcat. Comme il n’y avait pas d’apparences que l’on parvint à attirer un nombre suffisant de fidèles au sein de la nouvelle Église, les agents bulgares à Skoplje, dont les plus actifs étaient Stojan Kostov et Jordan Hadzi Konstantinov, décidèrent d'attaquer à la tête, c’est-à-dire d’essayer de gagner à leur cause le Métropolite patriarchiste de Skoplje, Païssos, ce qui ne semblait pas difficile quand on connaissait la faiblesse morale de ce dernier, sa vanité et son goût du lucre 4. Stojan Kostov, secrétaire personnel
1 Nikov (Petr.), op. cit., p. 314.
? Vasiljevié (Had), Prosveine i polititke prilike u juänim srpskim oblastima u XIX o., p. 399. |
3 Vasiljevié, op. cit., p. 103.
DIE l’article de Grujié (Rad.), Skopska Mitropolija, istorijski pregled, dans la Spomenica pravoslavnog Hrama Sv. Bogorodice u Skoplju, Skoplje, 1935, p. 249.
PROCLAMATION DE L'EXARCAT 283
de Païssos, était bien placé pour parvenir à ses fins. On réussit à persuader au prélat que dans la nouvelle Église il y avait une place pour lui, et on ne parlait de rien moins que de lui confier l’insigne dignité d’Exarque. Païssos décida de faire passer le clergé de Skoplje à l'Église bulgare, mais pour tromper le Patriarcat il recourut à un singulier artifice : il se nomma un vicaire, administrateur du diocèse, lParchimandrite Haralampija. Puis, ayant réuni tous ses prêtres, il leur expliqua la signification européenne de l’action exarchiste et leur ordonna d’écrire au Patriarche qu’ils ne reconnaissaient plus leur pasteur Païssos pour métropolite. Lui-même eut l’audace de prévenir le Phanar que « le peuple l’avait renversé et avait nommé à sa place l’archimandrite Haralampija, que tous se déclaraient Bulgares ; que le diocèse de Skoplje demandait à rentrer dans l’Exarcat et que lui — Païssos — ne savait quelle attitude prendre ! », À ceux qui venaient lui rendre visite à la Métropolie, Païssos déclarait qu’il était de Kukus, d’origine bulgare, que son « kum » était bulgare, que sa mère enfin était bulgare, ete. Comme tous les convertis de fraîche date, Païssos ne réussissait pas à exhiber suffisamment de quartiers de bulgarisme. Des prêtres qui approchèrent d’assez près le Métropolite à cette époque prétendent que son « exarchisme » n’était qu’une « comédie » et qu'il joua les agents bulgares autant qu’il fut d’ailleurs joué par eux 2. Quoi qu’il en soit, son attitude équivoque favorisa singulièrement la propagande exarchiste. Cette propagande s’exaspéra lorsqu'elle se vit refuser le diocèse de Skoplje par le firman du 27 février, et elle s’appliqua à arracher à la Porte l'autorisation de procéder à un plébiscite. Les résultats de celui-ci (fin 1872) furent — comme celui d’Ohrid — favorables, avec une très grosse majorité, à l'Exarcat 3. Le chef de l’Église bulgare désigna comme Métropolite à Skoplje Dorotej, qui ne put venir occuper son siège — et d’ailleurs pour peu de temps — qu’en 1874. La situation religieuse de Skoplje, malgré la prétendue unanimité du plébiscite, restait fort confuse. Les exarchistes possédaient les églises de la Vierge et de Saint-Dimitri 4 Ce fut grâce au dévouement et à l’énergie de quelques-uns de leurs prêtres que les Serbes conservèrent, sous l’obédience de la Patriarchie, l’église de Sveti Spas, où ils installèrent le Métropolite Païssos, revenu à de meilleurs sentiments et prétendant de plus belle qu’il n’avait jamais adhéré à l’Exarcat*.
1 Vasiljevié (Hadzi), Skoplje à njegova okolina, Belgrade, 1930, p. 530.
2 Vasiljevié (Hadäi), Prosvetne i politièke prilike u juënim srpskim oblastima u XIX v., p. 372-373.
8 Radeff, op. cit., p. 289.
4 Vasiljevié (Hadäi), op. cit., p. 373.