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RÉACTION DES SERBES DE MACÉDOINE

Nous savons d’ailleurs comment se passaient ordinairement ces plébiscites. L’exemple de celui de Kumanovo est particulièrement significatif : l’agent de l’Exarcat demandait au paysan :

Grk li si tx bre ?

comme ce dernier, interloqué, répondait habituellement :

nesam Grk, Gospodar,

l’exarchiste se tournant vers le scribe ordonnait :

Pisite bulgar millet.

Beaucoup de ces braves gens ignoraient totalement le sens des expressions : Exarcat et Patriarcat et les déformaient risiblement. Les Turcs les questionnaient plaisamment : po palamara li ce ili po eksera ? (pour la corde ou pour le clou ?) 1,

La guerre serbo-turque de 1876 et la guerre russo-turque mirent fortement en danger le mythe de la solidarité religieuse des Serbes et des Bulgares. Les écoles et les églises serbes de Macédoine eurent beaucoup à souffrir. Un grand nombre d’entre elles furent détruites, les autres fermées, ce qui permit à la propagande exarchiste de prendre un nouvel essor en occupant immédiatement les positions évacuées par les Serbes. C’est ainsi qu’à Bitol] les exarchistes réussirent à conquérir une population que d’énergiques instituteurs serbes, anciens élèves de la Deuxième Section du Séminaire, avaient en partie retenue jusque-là dans le giron de l’Église patriarchiste ?. On devait comprendre enfin à Belgrade que l'intérêt de l’Église serbe n’était pas à sens unique et que, si des liens solides et multiples rattachaient le clergé des provinces insurgées au clergé de la Principauté, les prêtres de Macédoine, en butte à la fois aux persécutions musulmanes et à la concurrence de l’Exarcat, méritaient d’être soutenus si l’on ne voulait pas être obligé d’évacuer des positions si péniblement conquises. L’igoumène du monastère de Saint-Georges près Temsko (district de Pirot), Cesarije, qui vivait depuis 40 ans dans ce monastère dont 1l avait fait un centre de culture serbe, ayant été en 1876 suspecté d’entretenir des relations avec la Principauté, fut traîtreusement attaqué et massacré par les Albanais. Pour venir à bout de l’intrépidité religieuse des prêtres serbes, les Musulmans ne craignaient pas de recourir à tous les expédients. Les Albanais qui entouraient le monastère de Sveti Marko, dans le diocèse de Prizren, s'étaient, en 1876, mis en tête d’acheter l’abjuration du Prieur, le vénérable Petronije, en lui offrant la plus désir2ble

1 Vasiljevié (HadZi), Prosvetne 1 politièke prilike, p. 360, n. 2. 2 Vasiljevié (Hadzi), op. cit., p. 413.

de leurs filles, Bien entendu le prélat sut repousser avec indignation une telle proposition 1. La même année le pope Gerasim Popovié de Budimlje était tué par les Turcs. En 1878 le pope Kosta Popovié, accusé d’avoir soulevé le peuple, était assassiné par les Albanais et sa tête coupée était attachée à un arbre en plein marché de Vuëitrn ?.

Il est impossible de citer tous les noms des prêtres serbes qui ont péri dans ces luttes et dans ces soulèvements. Le rôle du clergé apparaîtra encore mieux si l’on observe que, dans l’insurrection serbe qui éclata dans la région de Kumanovo, entre la paix de San Stefano et le Congrès de Berlin, en 1878, insurrection qui avait pour but le rattachement à la Principauté, on peut relever les noms de onze prêtres. La plupart d’entre eux moururent en captivité dans d’atroces souffrances dans les geôles de Salonique, d’Asie Mineure et de Rhodes 3. Ainsi le clergé provincial mettait plus de courage et de volonté à affirmer son caractère serbe que n’en témoignait l’Église de la Principauté à revendiquer comme son héritage spirituel ces terres qui avaient vu naître et s'épanouir la première hiérarchie ecclésiastique serbe.

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