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RÔLE DE LA ( DEUXIÈME SECTION ) DU SÉMINAIRE

En 1873 — Stojan Novakovié étant ministre des Cultes, — on adjoignait à l’ancien séminaire créé par le Métropolite Petar une Deuxième section destinée aux jeunes Serbes qui venaient des pays serbes sous la domination étrangère, mais surtout de Macédoine et de Bosnie-Herzégovine. Cette nouvelle institution, appelée aussi le Séminaire étranger, avait pour objet de former des sujets susceptibles de servir la propagande serbe hors de la Principauté 1. Il est en effet curieux de constater qu’en dépit de son appellation ce que l’on enseignait le moins dans ce Séminaire c’étaient les matières religieuses. Par contre, la langue et l’histoire serbes étaient à l'honneur. On y apprenait aussi aux élèves à se familiariser avec l’usage des armes. Au printemps de l’année 1876, à la veille d'événements décisifs pour

1 Kostié (Petar), Crkveni Zivot pravoslavnih Srba u Prizrenu i njegovoj okolini u XIX veku, Belgrade, 1928, p. 131.

? Sur les massacres des prêtres serbes en Vieille Serbie, cf. Popovié (Mihailo I., Istorijska uloga Srpske Crkve, Belgrade, 1933, p. 122.

3 Popovié (Mih. I, op. cit., p. 128.

# La mission de cette école était, dit Hadzi-Vasiljevié, de « préparer l’enthousiasme des instituteurs et des prêtres pour les régions serbes non libérées et pour d’autres buts élevés. On veillait avant tout à ce que les élèves des diverses régions se connussent entre eux et connussent leurs pays respectifs. » (Vasiljevié, Prosveine 1 politièke prilike, p. 382-383, n. 2).

ASPECT DOGTRINAL DE LA QUERELLE EXARCHISTE 287.

tout le peuple serbe, on amenait dans la cour du Séminaire un petit: canon dont on fit le démontage et la théorie. La Deuxième Section du Séminaire était dirigée par Miloje Milojevié, un patriote ardent qui, l’un des premiers, avait révélé aux siens le caractère serbe de la Macédoine. Milojevié assurait à lui seul l'essentiel de l’enseignement ; 1l occupait les chaires de « Syntaxe serbe », d’« Histoire serbe», des Chants Nationaux. Les questions religieuses étaient traitées par le futur Métropolite Inoéentije, qui n’était alors que l’archiprêtre Jakov Pavlovié. Le directeur de la Deuxième Section du Séminaire avait établi en 1875, en collaboration avec les élèves, un Règlement auquel ces derniers juraient de se soumettre aveuglément, non seulement pendant leur stage d’études, mais aussi leur vie durant. Ils étaient tenus à prêter serment sur la Croix et l'Évangile 1.

Dans la lutte contre l’Exarcat, la Deuxième Section devait jouer un rôle prépondérant.

La lutte que l’Église orthodoxe serbe va avoir à engager après 1876, elle l’engagera soit directement, par les prêtres et les instituteurs qu’elle enverra en Macédoine et qui se seront formés dans la principauté, soit indirectement — dans la majorité des cas — en soutenant officieusement les efforts du Patriarcat, ce qui n’en constituera pas moins une situation fausse puisqu’en appuyant le Phanar elle sera parfois obligée de tolérer l’emploi dans la liturgie de la langue grecque à côté de la langue slave.

Quelle que soit l’origine (serbe ou bulgare) des études innombrables qui ont paru sur la formation et le développement de l’Exarcat, on retrouve à peu près partout certains thèmes communs dont le plus répandu est assurément celui de la primauté de la question nationale sur la question purement religieuse : idée qui était admise des contemporains eux-mêmes. En mars 1878, Dostoevski] écrivait : « Le tout récent conflit de l’Église gréco-bulgare n’était, sous son aspect ecclésiastique, rien de moins, naturellement, que national, quelque chose comme une prophétie pour l’avenir ?». On ne saurait taxer de partialité l'écrivain russe qui suivait alors très attentivement tous les mouvements nationaux slaves. D’autre part,

1 Sur cette « Deuxième Section », voir aussi la Spomenica Drustva Svetoga Save (1886-1936), Belgrade, 1936, p. 62.

2 Polnoe sobranie soûinenit O. M. Dostoevskago, t. VI, Dnevnik pisatelja, St. Petersbourg, 1886, p. 556 (cité d’après la traduction française de Chuzeville, Journal d'un écrivain, Paris, 1927, t. III, p. 117-118).

si l’on confronte les thèses qui s’opposent, on est surpris du fait que les points de vue serbe et bulgare ont ceci de commun qu’ils rejettent au second plan la signification religieuse de l’'Exarcat. Les uns déclarent que, si l’'Exarcat a connu une « vogue » aussi étonnamment rapide, la raison en était que les chrétiens slaves de Macédoine ne voulaient plus à aucun prix de la langue grecque et qu'ils étaient prêts plutôt à changer d’Église qu’à renoncer à ce signe de la nationalité qu'était le slavon d'église. Les autres affirment simplement que l’Exarcat, « Église de toute la Bulgarie », n’a fait que rassembler des Bulgares authentiques, et ils ajoutent que les fidèles de cette Église n’y avaient adhéré que pour conserver leur nationalité. Bulgares comme Serbes ne discutent même pas la possibilité d’une « conquête religieuse » et n’admettent point la coexistence d’une propagande nationale intéressée et d’un prosélytisme confessionnel partiellement désintéressé.

Il nous semble qu’on devrait observer que ce que l’on a pu nommer « l'offensive scolaire » de l’Exarcat — si l’on ne tient pas compte des écoles bulgares sporadiques qui existaient déjà dans certaines grandes villes de Macédoine comme Skoplje, Bitolj, Ohrid — n’a commencé qu’assez tard. Ce n’est qu’en 1880 — dix ans après le firman du 27 février — qu'a été créé par l’Exarque le célèbre Office Scolaire. De même ce n’est qu'après l’érection d’une Bulgarie autonome que le mouvement exarchiste pourra bénéficier de fonds qui lui permettront d’obtenir de ses « œuvres » culturelles et sociales un rendement satisfaisant !.

Dans la première décade qui suit la proclamation de l’Exarcat, l’Église bulgare ne disposait en effet que de moyens relativement restreints. D'autre part, constatation dont il n’apparaît guère que l’on ait tenu un compte suflisant, l’Église exarchiste offrait assurément aux Slaves orthodoxes le privilège d'employer la langue slavonne d’église, mais, d'eux-mêmes, les Serbes orthodoxes restés fidèles au Patriarcat réintroduisaient dans la liturgie le slave à côté du grec. L’exemple de Sveti Spas à Skoplje, que nous avons cité plus haut, est concluant. Les sermons qui, ilest vrai, pouvaient être tenus en langue bulgare étaient trop rares pour exercer une influence quelconque sur des Slaves orthodoxes non bulgares, c’està-dire pour les attirer ou les éloigner de l’Exarcat. Il reste donc, pour nous mieux expliquer les succès de ce dernier, à étudier en quoi il différait des églises autocéphales jusque-là admises par le

1 Al. Jovanovié a étudié les origines de l’ « offensive » scolaire serbe en Vieille Serbie. Ce n’est qu’à partir des années 90 que la Serbie a commencé à soutenir ouvertement une action scolaire restée jusqu'alors secrète. (Cf. Al. Jovanovié, Srpske &kole à éetniëki pokret u juënoj Srbiii pod Turcima, Skoplje, 1937).

Phanar et pourquoi ce dernier le proclama schismatique. Les textes du firman instituant l’Exarcat, la sentence d’excommunication prononcée par le Patriarche et le Tomos qu’il délivra à l’Église serbe en 1879 seront nos éléments d’orientation dans cette analyse. Le premier principe auquel se réfère le Patriarche dans toutes ses encycliques est celui de l’œcuménicité de l’Église orthodoxe. « Si l'autorité civile reconnaît des nationalités et accorde à chacun des droits et des privilèges, l’Église n’a jamais reconnu de nationalités dans son sein : elle ne s’est jamais divisée en Église arabe, albanaise ou bulgare ». Pourtant cette affirmation d’œcuménicité est abstraite : l’Église, en maintenant son unité spirituelle et doctrinale, est obligée d'admettre des communautés ecclésiastiques historiques qu’elle a reconnues dans le passé et qui jouissent d’une autonomie d’autant plus étendue que les États sur lesquels elles se trouvent jouissent d’un statut international plus indépendant. Cette exigence est tempérée par un second principe de l’Église orthodoxe, traduit par une formule très ancienne qui apparaît pour la première fois dans une lettre adressée en 1302 à Innocent III par un roi de Bulgarie :

Imperium sine patriarchä non staret 1.

Empire n’étant pris que dans un sens général, la formule signifie clairement que tout État indépendant doit posséder une Église indépendante. Ce principe a été reconnu et adopté au v® siècle par le Concile de Chalcédoine, sous le nom de 28€ Canon. Or ce Canon, non reconnu par le pape Léon, retrouvait inopinément au x1x® siècle une faveur nouvelle dans la pratique orthodoxe. La «grande Église Mère» de Constantinople acceptait en effet de donner une administration religieuse autonome à des Églises qui se trouvaient sur des territoires civilement autonomes ou indépendants. Par contre, elle se refusait à reconnaître des Églises nationales, c’est-à-dire groupant tous les fidèles d’une même nation. Répugnance qui n’était point exclusivement dogmatique, mais qui se justifiait par le fait que le Synode patriarcal, presque entièrement composé de Grecs, craignait fort de perdre son autorité le jour où l’Église ne serait plus un agrégat de groupements religieux régis par une oligarchie épiscopale hellénique, mais se transformerait en une fédération d’Églises nationales, égales entre elles, dont le Patriarche ne serait que le Président d’honneur impuissant, une espèce de « président de république démocratique » ou de république fédéraliste ?. Il faut remarquer toutefois

1 Avril (A. d’), Les Églises autonomes et autocéphales (451-1885), Paris, 1895, p. 4-5.

2 Janin (P. Raymond), Les Églises orientales et les rites orientaux, Paris, 1922, p.151

que le Patriarcat était incapable d’enrayer ce mouvement centrifuge tendant à détacher peu à peu du sein de la Grande Église des unités ecclésiastiques qui substituaient aux rapports d'interdépendance du passé de simples contacts. Les nouvelles Églises autocéphales et autonomes étaient égales entre elles (isonomes). Chacune de ces Églises était tenue simplement de rappeler dans sa liturgie le nom du Patriarche et d’entretenir avec l’Église de Constantinople les liens ténus du respect filial. L’autocéphalisme était pour le Phanar un moindre mal et même, sans qu'il l’eût d’ailleurs calculé, le seul moyen qui lui restât de prévenir le schisme en lui enlevant sa signification religieuse. Tout en étant acculé à ces concessions, le Patriarcat s’était toujours défendu de confondre autocéphalisme et phylétisme : la Grande Église connaissait des entités religieuses indépendantes ; elle n’en reconnaissait pas de nationales. Aussi ce fut un véritable scandale dans les milieux du Phanar lorsque les Bulgares, sans imperium, sans constituer un État indépendant ni même autonome, simples raïas, prétendirent comprendre dans les frontières de l’Exarcat tous les Bulgares vivant dans l’Empire ottoman. Refuser l’obédience au Siège de Constantinople, c'était non seulement préparer la voie à un schisme proche, mais aussi envisager une conception nouvelle de la structure organique de l’Église orthodoxe, différente de celle qui était universellement reconnue par tous les chrétiens orthodoxes : c’était se rendre coupable d’une véritable hérésie. Il y avait dans ce principe de l’ethnophylétisme une force explosive terrible : le Phanar pouvait désormais redouter que les Serbes, imitant ce fâcheux exemple, ne reconstituassent leur Église nationale, alors dispersée entre le Patriarcat de Karlovei, la Métropolie de Belgrade et celle de Cetinje, Église riche des souvenirs d’une commune histoire qui avait précisément eu comme théâtre ces mêmes lieux où vivaient encore des Serbes orthodoxes, sujets du Patriarcat. Comment la « Grande Mère » aurait-elle la force de retenir au bercail ses derniers fidèles le jour où renaîtrait de ses cendres le Patriarcat de Peé ou un Exarcat serbe ? Mais, bien qu’on y songeât à Belgrade, il n’y eut ni Exarcat ni Patriarcat serbe, et l’Église de la Principauté en fut réduite à poursuivre un combat inégal avec l'Église Bulgare ; celle-ci bénéficiait seule de tout le dynamisme d’une Église neuve, qui puisait dans son excommunication l’insolente ferveur des mouvements hérétiques dans leur jeunesse. C’est cette «puissance du schisme » ? que les historiens n’ont pas tous comprise.

1 En 1894 une revue bulgare, Duma, soutiendra que « les Bulgares devraient laisser l'Orthodoxie aux Grecs de Constantinople et retourner au Bogomilisme

ou Paulicianisme de leurs ancêtres » (cf. d'Avril, Les Églises autonomes et autocéphales, p. 14).

Car ce schisme, comme beaucoup de ses antécédents dans l’histoire de l’Église d'Orient 1, consistait dans la fusion intime de la nationalité et de la religion, par delà les frontières d’États ou de provinces qui prétendaient découper artificiellement de vivantes communautés spirituelles.

On retrouve au contraire, chez les Serbes, non plus cette impatience de conquête fondée sur un fanatisme racial ou linguistique, mais l’espoir persévérant dans la restauration d’un passé historique. Bercés par ces chants et cette «épopée populaire » dont parle Rozanov, ils savaient attendre. Mais cette affection pour leur histoire amenait les Serbes à chérir leur État quileurrappelait modestement leur Empire perdu?. L'Église, il est vrai, transcendait l’État, mais elle savait témoigner d’un certain opportunisme et ne jamais susciter d'incidents internationaux. Au contraire, l’Exarcat n'avait pas à tenir compte des préjugés de frontière. Bien qu’il ait eu un fonds national indiscutable, il ne s’en présentait pas moins comme un mouvement religieux à l’état pur, désintéressé au premier abord puisqu'il semblait plutôt solliciter les conversions que préparer des conquêtes : quelles conquêtes peut-on accomplir au nom d’un État qui n’existe point ?

Ce qui, dans le passé, avait rapproché l’Église serbe de l’Église bulgare, c'était une mentalité commune : haine contre le Phanar, et envers l'Islam, sinon une opposition déclarée, du moins une grande réserve. Mais désormais l’Exarcat restait seul, officiellement, le grand ennemi du Phanar, et il s’adjugeait le mérite du combat et

1 D’Avril fait observer que « les grandes hérésies du v® siècle se sont propagées par groupes nationaux ». Le Nestorisme était une forme du Chaldéisme et le Monophysisme un aspect du Syriaquisme (Revue de l'Orient chrétien, 1897, p- 14).

2 L'auteur de la brochure sur le « Patriarcat de Constantinople et l’orthodoxie

dans la Turquie d'Europe », a bien vu les inconvénients graves qui devaient résulter plus tard — précisément au temps de l’Exarcat — de cette solidarité entre le destin de l’État et celui de l’Église : « Une chose, pourtant, échappa à l'esprit perspicace et politique sans rival du prince Miloche. Il ne vit pas qu’il valait mieux ne pas résoudre certaines questions de principe que de les résoudre partiellement à l'avantage d’une partie seulement de la nation et au détriment de toutes les autres parties. La création de l’Église autonome a été en effet à l'avantage de la Serbie, mais elle a beaucoup nui à la nation serbe. A la place de l’ancien Patriarcat de Peé, on obtenait l’Église autonome pour la Principauté de Serbie, mais les autres fractions de la nation serbe en Turquie restaient sans l'appui d’une Église nationale. L’impatience qu’on avait de régler le plus tôt possible les affaires de la Principauté a considérablement nui aux intérêts vitaux de la nation serbe en général.

On voit aujourd’hui que, pour l’émancipation de l'Église serbe, il aurait mieux valu agir à Constantinople qu’à Belgrade... » (Constandine, Le Patriarcat de Constantinople et l'Orthodoxie dans la Turquie d'Europe, Paris, 1895, p. 33).

les fruits de la victoire future. L'Empire Ottoman avait présidé avec sollicitude à sa naissance et approuvait aveuglément ses ambitions. C'était pour les Slaves orthodoxes une bien grande tentation que de se déclarer partisans d’une révolution religieuse et nationale «autorisée » à l’avance par les Ottomans. Au contraire, la situation de l’Église orthodoxe serbe était des plus ingrates:elle aussi avaitune mission nationale révolutionnaire à remplir, mais, rejetée, sans qu’elle l’eût souhaité, dans le parti patriarchiste, elle apparaissait comme liée à celui-ci : révolutionnaire sur le plan national, elle devait paraître conservatrice sur le plan religieux. Cette équivoque paralysait à l’avance toute propagande.

Entre le Patriarcat de Constantinople et l’Église du Royaume de Serbie d’une part, et l’Église russe et l’Exarcat d’autre part, il n’y avait pas seulement une alliance passagère motivée par une communauté d'intérêts. Leur rapprochement s’explique en partie par une certaine affinité entre leurs statuts organiques, par l’identité de leurs situations dans leurs États respectifs, par une commune mentalité religieuse.

C’est surtout sous le rapport de l’épiscopat que l’Église bulgare se rapproche de l’Église russe. Chez l’une comme chez l’autre, on peut constater le « rôle amoindri de l’épiscopat » 1 En Russie comme en Bulgarie, l'autorité de l’évêque se limite à son diocèse. C’est véritablement un simple administrateur de province ecclésiastique. En Bulgarie les évêques ne sont que les « primi inter pares ». L'Église bulgare, toute « schismatique » qu’elle est, se flatte d'observer sur ce point les traditions immuables de l’Orthodoxie. Elle ne reconnaît comme chef suprême que Jésus-Christ. La question ne se pose pas pour elle d’un conflit idéologique à propos de la prééminence du chef de l’État ou du chef de l’Église. L’évêque de Varna, Siméon, aimait à déclarer que l’Église ne dépendait pas d’un homme ?. Qui était alors le représentant de Jésus-Christ ? Ce n’étaient point les évêques qui étaient seulement des porteurs de charisme, ni le souverain, simple chef temporel, n1 même l’Exarque qui n’était que le premier des dignitaires ecclésiastiques. Seul, le Saint-Synode pouvait prétendre avec quelque raison être le « vicaire » du Christ dans l’Église bulgare. Dans le Patriarcat de Constantinople, au contraire, l’Évêque dispose d’un pouvoir beaucoup plus étendu 3. « ILest le chef spirituel du clergé et du peuple, institue, juge et dépose les prêtres et les moines... ; dans le domaine spirituel il a un pouvoir

1 Janin (P. R.), Les Églises orientales et les rites orientaux, p. 318. ? Zankow (Stefan), Die Grundlagen der Verfassung der Bulgarische

doxen Kirche, Zurich, 1918, pp. 113-114. FE CA 3 Janin (P. R.), op. cit., p. 150.

absolu sur tous les ecclésiastiques de son domaine. » Il en est de même en Serbie, à en juger par les murmures qui se sont toujours élevés au sein du bas clergé : « Les évêques sont des tyrans, des oppresseurs, les dignes successeurs des Grecs. » C’est là un thème de plaintes banal. Herbert Vivian avait lui-même remarqué la grande influence des évêques diocésains en Serbie !. On conçoit mieux que, dans la querelle exarchiste, l’Église orthodoxe serbe soit restée si longtemps aux côtés du Phanar. Entre l’orgueilleuse oligarchie phanariote et l’épiscopat serbe il y avait de multiples affnités : ici et là on rencontre le même épiscopalisme intransigeant, voire même fanatique ?.

Il est un autre trait qui éloigne l’Exarcat de l’Église serbe sans d’ailleurs le rapprocher de l’Église russe. C’est la grande place que tiennent dans la vie de l’Église bulgare les laïcs. On sait qu’en Serbie leur rôle est tout à fait limité et que la réforme de Novakovié et la « laïcisation » du Sabor électoral firent scandale. Dès les origines de l'Exarcat on voit que, dans l’administration matérielle et spirituelle de l’Église, les laïcs ont une influence prépondérante. L’article 13 du firman consacrait au reste cette contribution des laïcs à la vie religieuse. Aussitôt que le firman de l’Exarcat eut été proclamé, les Bulgares qui vivaient à Constantinople élurent 10 notables qui furent chargés de constituer avec les évêques bulgares le premier « Conseil provisoire mixte de l’Exarcat ». En 1871, l’ascendant de l’élément laïque s’accrut encore. On admit la création d’un «Conseil suprême laïque de l’Exarcat », composé de six fidèles orthodoxes élus dans chaque diocèse par tous les paroissiens. Au-dessous de cet organisme supérieur, on formait, dans chaque diocèse, un « Conseil mixte du diocèse » comprenant 3 prêtres élus par les paroissiens diocésains et 6 laïcs également élus par eux *. Ainsi à l’autorité des évêques diocésains se superposait celle des conseils diocésains laïques, à celle du Saint-Synode l’autorité du Conseil suprême laïque. Dans toutes les questions scolaires ou financières les ecclésiastiques voyaient leur droit d'intervention et de contrôle limité sinon réduit au strict minimum. C’est un point qu’il ne faut pas perdre de vue quand on songe aux débuts de la propagande nationale de l’Exarcat. Peu à peu d’ailleurs les autorités ecclésiastiques se sont efforcées de dimi-

1 Vivian (Herbert), Servia, The poor man’s paradise, p. 93.

2 Si l’esprit épiscopaliste reste le même dans l’Église orthodoxe serbe et le Patriarcat œcuménique, la titulature diffère quelque peu : les Serbes appellent évêques (vladike) les chefs spirituels des éparchies et le Patriarcat les nomme Métropolites. Hiérarchiquement les deux titres s’équivalent.

3 Zankow (Stefan), Die Grundlagen der Verfassung der Bulgarischen Orthodoxen

Kirche, p. 121.

nuer les privilèges des laïcs qu’elles considéraient commeexorbitants. En 1883, les conseils laïques étaient tous supprimés, et une décision du Saint Synode bulgare alla même jusqu’à proclamer en 1890 (18 juin) que la participation des laïcs à l’administration de l'Église était superflue !. Il n’en reste pas moins que l’Église bulgare conservera toujours de ses origines un esprit fortement laïcisé qui fera totalement défaut à l’Église serbe ?. é Mais il est une autre institution qui rapproche l’Exarcat de la Russie. L'Église russe est la terre bénie du monachisme. Le monachisme est un état supérieur de l’Église russe, un ordre qui, sans se distinguer du reste de l’Église, en est comme le couronnement. C’est dans la vie monastique que réside le secret de l'indépendance de l'Église vis-à-vis de l’État, puisque les réguliers, en menant une existence éloignée du monde, sont affranchis de toutes les contingences séculières. Pour un Khomjakov le fait que la hiérarchie provient exclusivement de l’ordre régulier‘caractérise hautement l’Église orthodoxe. La vie monastique n’a pas seulement une signification morale, mais aussi une portée politique, puisque c’est grâce à elle que l’Église est vraiment autonome, et, partant, peut exercer une influence bienfaisante dans l’État ?. Au contraire, dans le ressort du Patriarcat de Constantinople (l’Athos mis à part), les monastères sont peu nombreux et en pleine décadence. Or la vie monastique contribue singulièrement à déterminer le caractère d’une Église 4. Les Serbes n’éprouvent pas d’attachement pour elle : Golubinski] pourra signaler en 1871 cette lente désaffection des Slaves du sud pour le monacat. Quelques chiffres soulignent plus éloquemment le contraste entre la vigueur du clergé régulier en Bulgarie et sa déchéance en Serbie. En 1905 l’Exarcat bulgare exerçait son autorité sur 74 monastères avec 180 moines et 13 couvents de femmes avec 318 moniales 5. Dans la même année la Serbie ne possède plus que 54 couvents et 107 moines. Il n’y a plus de religieuses depuis 1860 $. En 1910 le nombre des moines tombera à 74. Dans le clergé serbe, ce sont les séculiers qui exercent une influence réelle sur la politique du pays. Ce sont gens à l'esprit plus large, plus compréhensif des. besoins de la vie laïque, plus proches du peuple, moins sectaires,

1 Zankow, op. cit., p. 123.

? Un fait contribua à accentuer cette différence. Dans la lutte qu’il menait en Macédoine, l'Exarcat avait choisi comme terrain d’action les villes : Bitol). Skoplje, Veles. L'Église patriarchiste conservait son influence sur les campagnes.

* Masaryk (T. G.), Zur Russichen Geschichis und Religionsphilosophie soziologische Skizzen, Iéna, 1913, Band, tome I, 230.

# Milaë (Nik.), Pravoslavno Crkveno Pravo, Mostar, 1902, p:727.

? Janin (P. R.), op. cit., p. 320.

5 Janin (P. R.), op. cit., p. 288.

mais aussi plus politiciens et moins fanatiquement nationalistes que les moines de Bulgarie.

Église serbe et Église bulgare n’étaient pas seulement séparées par des questions de structure, mais aussi par une différence de conceptions. Les Serbes avaient toujours eu une conception historique de leur Église. Mais, si avide que cette dernière fût de rassembler tous les Serbes chrétiens, elle devait admettre qu’elle ne pouvait être la seule à briguer une aussi redoutable mission. L'Église de Karlovei possédait une charpente politique plus solide que la sienne ; l'Église de Cetinje avait l’incontestable privilège de l’âge : toutes les deux revendiquaient l’héritage de Peé avec autant de titres que la Métropolie de Belgrade. D’autre part l’Église orthodoxe de Serbie ne songeait nullement à jouer un rôle yougoslave, puisqu'elle prétendait rester sur un plan strictement confessionnel. Il ne lui restait qu’à évoquer de lointains souvenirs historiques et à proposer comme idéal la reconstitution de l'Empire médiéval de Duÿan. Les Bulgares, plus réalistes, s’étaient fait de leur Église une conception non pas historique, mais « raciale », désintéressée en surface, mais extrêmement pragmatique. Leurs frères slaves disaient aux populations de Macédoine : « Vous apparteniez jadis à l’Empire de Dusan ». Ils se contentaient, eux, de les regarder comme actuellement bulgares.

Au culte de l’État, au respect de la souveraineté politique, s’opposait brutalement chez eux l’idée de la race, d’une communauté nationale et religieuse, religieuse parce que nationale. Mais aussi à la conception statique de l’Église, qui était celle du Phanar, conception «épiscopaliste», l'Exarcat opposait l’attrait d’une Église singulièrement plus souple, plus mobile, d’une Église « ouverte » à tous les Bulgares sans distinction. Dans sa lutte contre une Église impopulaire et autoritaire, attachée égoïstement au principe de la Souveraineté, le phylétisme avait la partie belle. Rome, aux aguets depuis 1850, l'avait admirablement compris : c’est par le canal du phylétisme et sous l’étiquette de l’uniatisme que le Saint-Siège, soutenu par la France et l’Autriche, était parvenu à arracher à l'Église d'Orient un aussi grand nombre de ses enfants. Il avait accordé aux Bulgares unis ce que Constantinople refusait aux Bulgares restés dans l’obédience orthodoxe !.

Le prestige de l’Exarcat ne s’exerça pas seulement sur les Bulgares de la Bulgarie orientale, mais aussi sur les Slaves orthodoxes de Macédoine. Puisque l’Église orthodoxe serbe se renfermait égoïstement à l’intérieur des frontières de la principauté ?, ces populations

1 Nikov (Petär), op. cit., p. 122.

2 En 1861, l'Autriche, déçue par l’insuccès de l’uniatisme, avait imaginé de proposer indirectement aux Bulgares de se placer sous l’autorité de l’Église de

slaves étaient tentées par le caractère religieux du mouvement exarchiste plus peut-être que par l’autonomie linguistique qu’il permettait. :

Une question se pose à nous : cette conception originale, ou plutôt cette interprétation de l’orthodoxie est-elle vraiment nouvelle, et propre aux Bulgares ? Nous ne le croyons pas. Les Serbes, en 1878, lors du traité de San-Stefano qui consacrait l’éphémère création de la Grande Bulgarie, ont accusé les Russes, non sans raison, d’avoir singulièrement aidé à la réalisation des « revendications politiques » de l’Exarcat. Le comte Ignjatev se plaisait à dire : « Il ne peut pas être maintenant question de patriarche serbe ! On ne peut pas en parler maintenant ! » ! Al. Jovanovié prétend même que, si la Russie renonçait à se servir de l’Église orthodoxe serbe pour diriger tous ses efforts sur l’Église bulgare, c’était surtout dans un intérêt politique : la Bulgarie était sur la voie de Constantinople et la Serbie n’y était pas. Or les slavophiles voyaient dans Constantinople, non seulement une conquête politique essentielle pour la Russie, mais avant tout une position spirituelle mondiale ?. Les origines religieuses de l’'Exarcat doivent être cherchées dans le mouvement slavophile russe, tel qu’il s’offre à nous à la veille de la guerre russo-turque ÿ.

En face du Patriarcat œcuménique, impuissant à enrayer la fragmentation continue de l’Église, toute aux mains d’une caste byzantine et d’une oligarchie épiscopale hellénique, les slavophiles exaltaient la grandeur et la mission du peuple russe, de l’Église russe liée intimement à ce peuple, tout comme l’Exarcat était lié intimement à ce que l’on considérait comme le peuple bulgare f.

Nous avons vu que Dostoevski] avait compris le caractère national

Sremski Karlovci, mais cette tentative n’eut pas de résultats pratiques (cf. Nikov Op. Cil., pe 133).

1 Ivanié (Ivan), op. cit., p. 89.

2 Jovanovié (Al.), op. cit., p. 103.

# Sur les rapports des Bulgares et des slavophiles russes, voir Radeff, op. cit., p. 78-80.

4 Il est possible, il est vrai, de discuter sur la véritable nature du sentiment religieux des Russes. Alexandre Soltykov a pu déclarer, non sans arguments valables, que, « contrairement aux affirmations des Slavophiles, pour qui le peuple était par excellence bogonosec (« porteur de Dieu »), ces masses (russes) n’avaient eu aucune prédisposition naturelle particulière pour la vie religieuse ». Il a constaté également le même « manque de dispositions religieuses vraies » chez les sectaires qui, du point de vue doctrinal, s’en tenaient aux formes traditionnelles les plus archaïques, au ritualisme le plus étroit, cantonnant leurs velléités de rénovation dans le domaine politique et social: « De tout temps, l’âme russe ethnique, mauvaise chrétienne, s’est volontiers occupée de politique et a aspiré à la révolution sociale ». Cf. Alexandre Soltykov, « Le problème de la religiosité russe », Monde slave, octobre 1934, pp. 38-67.

du mouvement bulgare, mais il se montrait réservé sur la question de savoir $ dy avait ou non schisme, et certaine phrase nous laisse à deviner qu il ne penchait point du côté du Phanar : « En blâmant Il insubordination des Bulgares et en excommuniant l’Exarque qu’ils avaient délibérément élu, le patriarche œcuménique a exposé qu’en matière de foi l’on ne pouvait sacrifier les commandements de l Église et l’obéissance qu’on doit à l’Église au nouveau et funeste Principe de nationalité. En attendant, lui-même étant Grec et prononçant cette excommunication contre les Bulgares, aura servi sans aucun doute le principe de nationalité, mais uniquement au profit des Grecs contre les Slaves ». Et il prévoyait que « l’homme malade » une fois mort, de nouveaux conflits religieux netarderaient pas à éclater. Or il n’y avait qu’un seul remède : que Constantinople devint russe (solution politique) et que les Russes prissent désormais à la place des Grecs la direction spirituelle des Slaves chrétiens. Nous sommes, nous les Russes, réellement nécessaires à tout l’Orient chrétien qui ne saurait se passer de nous, nécessaires à l’avenir de l’Orthodoxie, à son unité 2.»

« C’est au nom de cette Orthodoxie que la Russie a le droit de réclamer Constantinople, car, depuis Pierre-le-Grand, elle est devenue réellement l’unique protection et de l’Orthodoxie et des peuples qui professent cette religion. Ce motif-là, son droit à l’antique Byzance, même les Slaves les plus jaloux de leur indépendance, même les Grecs pourraient le comprendre et ne point s’en offusquer à. »

En effet la Russie est la « mère » de tous les Orthodoxes.…. et cette Mère devait remplacer la marâtre qu'était pour eux la Grande Église 4 Dostoevskij voyait dans cette maîtrise de Constantinople

1 Polnoe sobranie soëinenit O. M. Dostoevskago, t. VI, Dnevnik pisatelja, p. 556 (trad. Chuzeville, p. 118).

2 Ibid., p. 559 (trad. Chuzeville, t. III, p. 124).

8 Ibid., p. 388 (trad. Chuzeville, t. II, p. 233).

4 On a pu se demander pourquoi la Russie n’a pas profité de la supériorité numérique, de la vitalité de son Église pour rompre toutes ses relations avec un Patriarcat aussi impopulaire et se mettre hardiment à la tête des orthodoxes chrétiens puisque la Grande Église n’avait pas su se maintenir à la hauteur de sa mission et était tombée aux mains d’une caste orgueilleuse et chauvine. C’est que l’Église russe avait elle-même perdu son ardeur militante au temps de l’Exarcat. Loin de chercher à combattre et à supplanter le Patriarcat de Constantinople, elle évitait à tout prix de se l’aliéner. Cette attitude timorée n’était point sans raison. L'Église russe était de plus en plus en proie au raskol : des évaluations pessimistes portaient à plusieurs millions le nombre des sectaires qui s'étaient séparés de l’Église officielle. Ceux-ci avaient leurs pasteurs, évêques, qu'avait ordonnés un Métropolite grec enfui de Constantinople. Or ce dernier n’avait jamais été excommunié par le Patriarche qui avait ainsi implicitement reconnu

» 4e 298 L'ÉGLISE SERBE ET L'ÉGLISE BULGARE

par les Russes non point une conquête politique, mais « l’authentique instauration de la Vérité du Christ qui s’est conservée en Orient, une nouvelle et véritable érection de la Croix du Christ, et ce sera la parole définitive de l’Orthodoxie à la tête de laquelle depuis longtemps déjà se tient la Russie ? ». Aïnsi se heurtaient, selon Dostoevskij, deux conceptions orthodoxes ou plutôt deux révélations. Une Orthodoxie phanariote, vouée à des divisions byzantines et aux luttes nationales et au schisme, qui semblait atteinte et contaminée par « le pressentiment de la mort ».…. et la pourriture de « l’homme malade », et une Orthodoxie russe vivante pénétrée de sa mission régénératrice et unificatrice ?. Dostoevski] prévoyait d’ailleurs que la collaboration de l'Église russe avec les nouvelles Églises nationales ne serait pas des plus faciles

« Pendant ces quatre siècles de persécution et d’oppression, les représentants de l’Église d'Orient ont toujours écouté les conseils de la Russie ; mais qu’ils soient demain affranchis de la domination turque et qu’on leur laisse entrevoir la protection de l’Europe, ils seront aussitôt en de tout autres termes avec la Russie. Les représentants de l’Église orientale, c’est-à-dire les Grecs, pour peu que la Russie se rangeât du côté des Slaves, seraient sans doute heureux de lui déclarer qu’ils n’ont plus besoin d’elle ni de ses conseils. C’est pourquoi ils se hâtent de dire que, pendant quatre siècles, ils ont tendulles mains vers elle en implorant son secours. Quant à la Russie, sa position risque d’être la plus difficile de toutes. Ces mêmes Bul-

gares se récrieront aussitôt qu'un nouveau pape viendra s'installer à Constantinople. ® »

la Hiérarchie des raskol’nici. C'était pour la Grande Église un moyen de pression rêvé sur le Saint-Synode, qui redoutait toujours de voir le Patriarcat de Constantinople conférer une existence légale à une secte qui deviendrait bien vite la rivale de l’Église officielle.

Djordjevié (Vladan), Srbija i Turska, 1894-1897, Belgrade, 1928, p. 251.

! Polnoe sobranie soëinenii O. M. Dostoevskago, t. VI, Dnevnik pisatelja, p. 388 (trad. Chuzeville, t. II, p. 235).

? L'antithèse entre une orthodoxie russe vivante et une orthodoxie byzantine « cadavérique » sera plus tard considérée comme un « cliché » littéraire. Vasili Rozanov confond ces deux formes de la religion orthodoxe et prétend que la religion russe a hérité du hiératisme et de l’esprit néfaste de Byzance. Ainsi dès le début de son histoire, « l’enfant-Russie prit l'aspect d’un petit vieillard ratatiné ». Cf. Rozanov (Vasili}, L'Église Russe, Paris, 1912, p. 9.

* Polnoe sobranie soëinenii O. M. Dostoevskago, t. VI, Dnevnik pisatelja, p. 558 (trad. Chuzeville, t. III, p. 122). Iorga a saisi admirablement la différence entre ces deux types d’orthodoxie : « Il n’y a pas qu’un seul christianisme, et dans l’orthodoxie on distingue des nuances très tranchées. On ne pourrait pas confondre le christianisme grec, c’est-à-dire byzantin, dominé par le livre et par l’école, tout de tradition et régi par la stricte hiérarchie épiscopale, ni le christianisme russe, dans lequel il ÿ a un mysticisme, un caprice inimitables avec la simplicité

Nous pensons donc être autorisés à répéter en concluant que, dans la querelle exarchiste, du moins dans la première décade de son histoire (1870-1880), il y avait autre chose qu’une simple propagande nationale camouflée. Bien qu’un Kallay ait écrit en 1878 que la Russie voulait profiter de l’équivoque entre une politique de protection des chrétiens et une politique sla ve et se servait de la religion orthodoxe dans des buts de propagande nationale !, nous avons voulu étudier le « schisme » orthodoxe bulgare en tant que phénomène religieux. Nous croyons que si ce mouvement a connu un tel succès c’est en partie en raison de son caractère religieux, des principes spirituels originaux qui l’animaient et qui, l’opposant à la conception phanariote de l’Orthodoxie, le rapprochaient singulièrement de la conception russe. Et nous comprenons dès lors l’intérêt professé par les slavophiles pour cette Église. C’est à titre de mouvement spirituel (et non seulement national) que l’Exarcat exercera une influence profonde sur les Slaves de Macédoine et indirectement sur l’Église de

Serbie.

rurale, paysanne du christianisme de prêtres des Roumains... » (Iorga, La place des Roumains dans l'histoire universelle, Bucarest, 1935, p. 40).

1 Kallay (B. de), Die Orientpolitik Russlands (traduit du hongrois par J. H,, Schwicker), Budapest, 1878, p. 110-11.

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