‹ La sérénade de Don JuanChapitre 10 sur 54 · CEUX QUI SONT DANS LES VIGNES DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

CEUX QUI SONT DANS LES VIGNES DU SEIGNEUR

Hélas! vu le progrès, on ne se sert plus de ce mot charmant de nos pères pour désigner l'homme qui a bu un coup de trop. Le nouveau jeu ne veut plus même qu'on dise :

— « Voilà un pochard ! » Pochard serait trop euphonique, trop maniéré. La grammaire de MM. les naturalistes a jeté dans la circulation cet autre vocable : poivrot, mot hideux, à la vérité aussi laid que la chose qu'il représente.

Deux ivrognes noctambulent en zigzaguant sur le boulevard. Il fait clair de lune.

— Aussi vrai que le soleil nous éclaire, dit l'un, je suis ton ami.

— C'est pas le soleil, interrompit l'autre, c'est la lune.

— Tu ne sais pas ce que tu dis.

— Si!

— Non.

Lors, avisant un passant attardé :

— N'est-ce pas, monsieur, que mon copin n'y voit goutte et que c'est le soleil qui nous tape sur la tête ?

Le passant, avec un ton de compassion difficile à rendre:

— Je ne sais pas, mon ami, je ne puis pas du quartier.

Page 1