‹ La sérénade de Don JuanChapitre 25 sur 54 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

( La scène se passe en 1780, à l'hôtel d'Aremberg, rue de Lille.)

le duc d'aremberg. — Eh bien, vous avez vu notre homme?

Beaumarchais. — Oui, mon cher duc.

le duc d'aremberg. — Combien de temps?

Beaumarchais. — Vingt minutes environ.

le duc d'aremberg. — En ce cas, vous avez eu le temps de lui parler de mon affaire?

Beaumarchais. — Oui et non.

le duc d'aremberg. — Vingt minutes, c'est quelque chose.

Beaumarchais. — Oui, pour un homme qui écoute

ce qu'on lui dit. Quant à Lauraguais, c'est le contraire. Plus je cherchais à lui expliquer la cause de mon message, plus il me faisait signe de la main d'avoir à me taire, afin de l'écouter lui-même.

le duc d'aremberg. — Voilà bien, en effet, le personnage, le roi des hurluberlus.

Beaumarchais. — Il cause, il jase, il pérore, il crie.

le duc d'aremberg. — Racontez-moi tout de même votre visite, mon cher Beaumarchais.

Beaumarchais. — Volontiers. (Il s'essuie le front avec son foulard.)

le duc d'aremberg. — Au fait, une telle démarche, c'est une corvée. Vous devez avoir besoin de vous refaire. Voulez- vous un verre de marasquin?

Beaumarchais. — Un verre de malvoisie me sourirait mieux, mon cher duc.

le duc d'aremberg, sonnant. — Joseph ! Joseph ! deux verres et du malvoisie.

Page 1