PREMIERES SCENES
A une demi-heure de là, il se fait un petit silence, interrompu seulement par le bâillement des dormeurs nonchalants; à trois quarts d'heure de l'ouverture, on ;e disait, en se détirant les bras : « Me lèverai-je? Ne me èverai-je pas ? » Une mouche bourdonne dans les alenours et assoupit tout bon vouloir, en sorte que la tête etombe sur l'oreiller et qu'on reste au lit jusqu'à neuf leures.
A neuf heures, Paula, vous savez, la blonde Paula, i fière de son irrésistible beauté, s'éveille en sursaut.
— Quel vilain rêve! Une rixe! des épées! du sang-! pela vient de la Gaîté, où je suis allée hier voir la Fausse multère. Toute cette nuit m'a fait une belle peur! Je Tirai plus qu'au théâtre de Polichinelle.
Lélio, ce pauvre fou, encore sentimental, malgré la iate de 1886, quiditcombien nous sommes avant dans .q âge de fer, dans un temps de prose et de réalisme, iélio, aussi, s'éveille en secouant la chaîne brisée d'un onge.
— Elle me trompe; — rien de plus certain! C'est elle ue j'ai aperçue, en robe de taffetas rose, avec ce grand enet que je ne peux pas voir en peinture ! Denise, omptez que j'irai vous faire une scène, ce soir, chez ous, devant tout le monde !
D'autres par milliers :
— Ces romans du jour me donnent la migraine!
— Ces vers des poètereauxd'à-présent m'enveloppent de cauchemar!
— Ces histoires des grands politiques me condamnen à une éternelle nuit blanche !
— Ces journaux si spirituels d "à-présent me coiffent! la tête d'un bonnet de plomb !
Ailleurs :
— Ce soir, un bal ; j'aurai des roses blanches clans
les cheveux!
— Ce soir, je souperai d'une dinde aux truffes ! Et les fils de M. Jourdain :
— Nicole ! mes pantoufles et ma robe de chambre ! Paris s'est éveillé.
LES TENORS
L'horloge de l'Hôtel-de- Ville sonne dix heures.
A moins d'avoir une chambre matelassée et ayant uj double rempart de bourrelets et de rideaux, il est inj possible de fermer l'œil. Les cavatines se succède^ alors sans interruption jusqu'au soir,
Le premier chanteur qui entre en scène, c'est le 4 trier. — Un ténor léger, s'il en fut jamais. — La cas quette lustrée sur l'oreille, les mains ballantes, on 1 voit sillonner les rues avec son fragile bagage reten!
au dos par un réseau de petites Ocelles. D'un seul coup d'œil, le vitrier voit si, du rez-de-chaussée jusqu'à la fenêtre en tabatière du sixième étage, l'orage, l'amour, la grêle ou même les balles de l'émeute lui ont laissé beaucoup de désastres à réparer. Il ne fait que passer, et, de même que la mésange, semble ne concentrer sa force que dans ce seul cri :
— Bon vitrrrrier ! ï 7
Arsène Houssaye, qui d'ordinaire fait de si jolis vers, s'est amusé à faire une chanson en prose sur le passage du vitrier à travers les rues de Paris. — Encore un carreau de cassé!... Je ne me rappelle plus que ce début. Numéros memini... Si verbà tenerem? Non, je n'ai pas retenu les paroles. Tout ce que je sais, c'est que ce carreau cassé, c'est encore un homme qui vient de mourir, et le vitrier ne s'arrête pas pour si peu. Est-ce que ce vitrier à Qgure macabre ne serait pas la personnification de la Mort elle-même? Mais, au fait, le théâtre des Variétés a mis en couplet la prose d'Arsène Houssaye :
Encore un carreau d'cassé!
Vlà le vitrier qui passe, Encore un carreau d'cassé !
Vlà l'vitrier passé !
Ça, c'est de la philosophie à la manière de l'ancienne Egypte.
Immédiatement après, arrive le marchand d'habits, type déjà vieilli, chansonné autrefois par Béranger, peint par Gavarni. — Nazillard, cet autre ne varie jamais les termes de son récitatif :
— Vieux habits! vieux galons à vendre ?
Une prima donna lui succède. Dieu sait avec quels frémissements d'impatience elle est reçue lorsqu'elle s'écrie :
— Du mo-ron pour les p'tils oiseaux!
Vient ensuite l'enfanl du Puy-de-Dôme, qui réunit deux diphtongues dans une seule émission de voix :
— A l'eau!