‹ La sérénade de Don JuanChapitre 6 sur 54 · CHŒURS DE LA RUE · texte numérisé non relu

CHŒURS DE LA RUE

Une fois que vous êtes dans la rue, le piano ne peut plu? vous atteindre. En revanche, le bruit s'accroît autour de vous. L'hydre de la grande ville siffle de ses

deux millions têtes à la fois. Il n'est déjà plus possible de discerner parmi le tumulte que quelques robustes accentuations.

— Cresson de fontaine, la santé du corps!

— Marchand de parapluies!

— A raccommoder la faïence !

— Gros cerneaux!

— Battez vos femmes! vos habits!

— A repasser les cou-leaux!

— Chiffon*! ferraille à vendre!

— Ohé! Alfred, vois d une Vt.méla en duchesse !

— Cartons! cairtons! cairrrtons, à vendre!

De temps en temps, ces terribles andante sont interrompus par le bruit du tambour. Un bataillon passe.

— Plan ran plan! plan /an plan/ plan ran plan! Aigres échos qu'une escouade de gamins parodie ensuite de son mieux avec des débris d'os et d'assiettes.

Si vous avez un fils, — s/jcs altéra Trojœ, — vous avez la chance de le voir, lui millième, saisir la peau d'âne que vous avez eu l'imprudence de lui acheter le jour où il a eu la croix, à sa pension, et le vacarme recommence.

Les marchandes de poisson, s'échappant des halles, emahissent l'arrondissement en poussant leur charette. Autant de soli qui percent les profondeurs de l'espace. Pourquoi ces femmes ont-elles tant d'intensité dans la voix ? Ce qu'il y a de certain c'est que ce qu'elles crient pénètre aisément partout.

— Il an-ivr! il arrive!

— .1 la barque! à la barque!

Chose bizarre, on ne parvient plus à entendre nos

députes ni nos sénateurs, quoi qu'on ait bien soin de fermer portes et fenêtres, quand ils parlent. D'où vient donc qu'ils n'usent. pas un peu de cette puissance d'organes ? Ce serait peut-être là un argument à invoquer pour mad e Barberousse qui veut des orateurs en jupons...

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