‹ La Séroréaction et le SérodiagnosticChapitre 15 sur 24 · A, PURE · texte numérisé non relu

A, PURE

Le sérum typhique précipite-t-il seulement le bacille d’Eberth?

Le bacille d'Eberth est-il précipité par le sérum typhique seul ?

Mais pour pouvoir tabler sur les résultats de l’'expérimentation ou de la pratique quels qu'ils soient, il faut être prévenu que certaines précautions d'ordre général doivent être prises, faute desquelles une épreuve sérodiagnostique est toujours sujette à caution.

Il faudra toujours être sûr de la réaction de bouillon. Un certain degré d’acidité peuttroubler la réaction.

Il faudra avoir toujours une culture bien pure. M. Catrin (1) y insiste. « À diverses reprises, Jai échoué dans mes tentatives de clarification de bouillon; toujours dans ces cas jai trouvé des cultures impures: il semble extrêmement facile de conserver intacte une culture,mais il est bien des occasions de souillure. Dans les cas de doute il ne faut pas manquer de rechercher la pureté de culture. »,

-. MM. Achard et Bensaude (2) ont fait connaître

(1) Catrin. Soc. Méd. De Hôp. 16 aetobre 1896.

(2) Achard et Bensaude. Sur l’agglutination des divers échantillons de bacilles d’Eberth et des bacilles paratyphiques. Presse médicale, 25 novembre 1896.

ER encore qu'aveé un méme sérum l’agglütination était très différente suivant les échantillons de bacillés d’Eberth. Par exemple, avec un sérum de convalescence à propriété agglutinante atténuée, la séroréaction peut être positive avec un échantillon, négative avec ur autre.

Si ce sont là des causes d'erreur qui agissent en empêchantune réaction qui devait être positive, il en ést d’autres qui pourraient faire prendre pour une réaction positive une réaction négative. M. Widal avait pris soin des sa première communication de bien insister sur ce point. « L'œil peut du premier coup tomber sur des amas tellément typiques que le doute n’est pas perrms, mais il est un point sur lequel je ne saurais trop insistér. Il se peut qu’au milieu des bacilles mobiles apparaissent quelques groupes discrets éomposés de quelques bacilles réunis mais non comprimés, déformés, entassés lés uns sur les autres. Ces groupes n’ont rien de caractéristique, et de leut présence Il faut se garder de rien conclure, car on peut les rencontrer après l’addition d'un sérum quéléonque à une culture de bacilles d'Eberth. Les amas doivent être si nombreux qu'ils placardent pour ainsi dire le champ du microscope; les éléments qui composent certains de ces amas doivent être assez confluents pour être incompta-

se M0 = bles: ils doivéntétiesurtout déformés, agglutinés en une tasse, Où auù centre ils ne soiént plus isolables pour l'œil. » Et Voilà pourquoi en tout état de cause M. Widal recornmande toujours ét ne Manque jamais de pratiquer une doublé préparation et un double éxarnënñ : en méme temps qu’une goüttelette de sérum tÿphique additionnée de sé: rütmn, il dépose sur une séconde laine et recouvre également d’une lamélle une gouttélette de cülture pure. Au bout dé vingt finutes où d'uñëé déi-heure il porté lés deux éthantillons sous le inicrostope ét les examiné comparativement.

Le sérodiagnostié né sera dit positif qu'au cas où la gouttelette du télange présente des amasbien . plus ñets que la goutteletté pure.

Prévoñus de ces causes d'erreur, abordons l'étude des faits :

Dès le imois dé juillet, moitis d’un mois après là cotniunication de M. Widal, M. Paul Courmont (1) écmmuniquait à la Société de Biologie une note «sur l’action du sérum des tÿphiquessur les cultures de bacilles d'Éberth, de bacilles coli

(1) Courmont. Sür le sérodiagnostic de la fiévré typhoïde.

Aétion du sérum des typhiqués sur les cuftures de bacilles d’'Éberth, de baclle coli et d’autres microbes. Note présentée par M. Charrin, compte-rendu de la Soc. de Biologie, 1896, page 81).

et d’autres microbes. » M. Courmont a toujours constaté «une action positive au moins partielle » du sérum tyvphique surlescultures de coli bacilles dans les mêmes conditions de doses.

« L’addition de sérum à des cultures déjà faites ne précipite pas franchement le bacille, mais on a un dépôt plus abondant que d'ordinaire et quelques fins grumeaux ; des doses plus fortes achèveraient la réaction. Au microscope, nous avons

vu (notamment dans le cas mortel) des agglomé- rats bacillaires, moins gros que ceux du bacille d'Eberth, mais stables et très nets. Enfin, nous avons surtout constaté d’une facon constante le

développement en grumeaux assez épais, dépôt des cultures de coli ensemencées en présence du sérum. La réaction est d’abord moins nette que sur le bacille d'Eberth, mais au bout de deux ou trois jours, le liquide se clarifie et la réaction est parfois plus nette que dans les tubes parallèlement ensemencés avec de l’Eberth, So dans le cas de typhoïde larvée.

L'action positive du sérum du typhique ne prouve done pas que le bacille soumis à la réaction soit du bacille d'Eberth, mais il ne faudrait pasen conclure un rôle typhogène du bacille coli, comme nous allons le voir.

Nous avons observé la même action coagulante

SA 5 très nette du sérum des typhiques sur les cultures du bacille de Læœffler et de staphylocoque développées en sa présence (mêmes doses de sérum que précédemment). Il est vrai que ce même sérum est sans action notable sur le bacille pyocyanique et le streptocoque. »

Le sérum typhique entre les mains de MM.

Achard et Bensaude a précipité le bacille de la psittacose (maladie des perruches infectieuses) comme l'avaient déjà expérimenté MM. Gilber tet L. Fournier, et deux échantillons de baailles très voisins, retirés, l’un de l'urine purulente d’une femme qui présentait quelques phénomènes typhoïdes (et chez laquelle une ponction de la rate n a point donné de cultures de bacilles),et l’autre dans le pus d’une arthrite sterno-claviculaire développée chez un enfant de huit mois à la suite d’une maladie aiguë ressemblant à la fièvre typhoïde. Du rapprochement qu’ils ont fait de ces espèces microbiennes et du bacille d'Eberth, MM. Achard et Bensaude concluent que ces espèces microbiennesnesontautre chose que le bacille d'Eberth. Donnant avec le sérum la même réaction, il mériterait, d’après MM. Achard et Bensaude, le nom de bacille paratyphique.

(1) Widal et Sicard.— Différenciation du bacille typhique M. 6

MM. Widal et Sicard (1) répondent: « Les recherches que nous avons entreprises nous ont montré au contraire que la réaction agglutimante peut trancher rapidement et avec la plus grande facilité, le diagnostic du bacille typhique et du bacille de la psittacose. » Revenant alors sur le sérodiagnostic, sa technique, ses difficultés, son interprétation, M. Widal disait : «Dire qu'un même sérum agglutine, ou n'agglutine pas deux microbes d'espèces voisines est pour la pratique, une expression incomplète. L’agglutination à ses règles, la proportion de sérum à mélanger au bouillon, le procédé à employer pour mettre en présence le sérum et les microbes à examiner sont autant de facteurs importants à préciser et variant suivant les microbes à différencier. » Les amas de la psittacose sont souvent plus petits, laissant libres des bacilles plus nombreux. Si un mélange au dixième donne la réaction, un mélange au quarantième, au trentième et mêmeau vingüème, ne le donne plus, alors qu'elle existe encore très nette pour la culture typhique. « Si l’on varie le procédé technique et siau lieu de faire agir le sérum sur des bacilles déjà développés, on le fait agir sur des bacilles

et du bacille de la psittacose par la réaction agglutinante. — Soc. de Biologie, 28 nov.1896et Presse médicale, 2 déc. 1896.

naissants, la différence devient éclatante, et plus n'est besoin d'appréciation minutieuse pour distinguer les deux microbes. » Si dans deux tubes de bouillon, on met du sérum dans la proportion de 1 pour 40, et qu’on ensemence l’un avec du bacille typhique, le bouillon typhique commencera à s’éclaircir au bout de quelques heures, le bouillon de psittacose au contraire, reste trouble.

Inversement, nous sommes-nous demandé, le bacille d'Eberth est-il précipité par le sérum typhique seul.

Dans la note précédemment citée, M. Courmont disait avoir employé du sérum de malades fébricitants (tuberculose aigue à 40°, pneumonie, deux cas de pleurésie) de cheval antidiphtérique ou antistreptococcique sans avoir jamais obtenu d’aucuns de ces sérums une action coagulante sur les cultures d'Eberth, et sans avoir jamais vu d'agglomération bacillare au microscope. Notons ici que Monsieur Courmont ajoutait expressémentà ses conclusions : € Aux mêmes doses que précédemment. »

Nous verrons que le sérum coli agit sur une culture de coli bacille et même en proportion de 1 0/0. Le bacille d’'Eberth lui aussi est précipité par lesérum coli, en présence du sérum coli aux

Re proportions de 1/10 ou 1/15, il forme de petits grumeaux appréciables à l’œil nu au bout de quelques heures et ilse fait une précipitation lente qui peut aboutir à une clarification très avancée du liquide en 24heures. C’est mieux encore, si l'on fait végéter le bacille d’Eberth dans du bouillon additionné de sérum coli au dixième ; il y végète sous forme d’un dépôt grumeleux comme le coli (Rodet). :

Le sérum d’un mouton neuf(au 1/10)n’a donné à Monsieur Rodetaucune réaction avec l'Eberth.

Nous avons dit que le sérum typhiqué précipite le bacille de la psittacose et ces espèces miero- : biennes que Messieurs Achard et Bensaude appellent paratyphiques. Inversement le sérum des organismes infectés par eux provoque-t-il l’agglutination du bacille d'Eberth ? Les auteurs ont vu presque tous les échantillons de bacilles d’Eberth subir l’agglutination avec le sérum d’amimaux expérimentalementinfectés de psittacose. Nous }avons dit la réponse de MM. Achard et Bensaude.

M. Widal ajoutait : «Mais une méthode aussi bonne soit-elle, ne peut donner que ce quelle peut, une fois, trouverons-nous peut-être la réaction chez un individu non typhique, peut-être fera-telle défaut chez un malade pendant tout le cours

d'unedothiénentérie: ces cas resterontexceptionnels, si l’on en juge par les faits jusqu'ici publiés. » Ces observations que demandait M. Widal, ont-elles été fournies, probantes ?

Une observation de MM. Thoinot et Cavasse réalise, partiellement du moins, le second cas. Voici cette observation :

OgservarTion VIII

Œs..., Alfred, 31 ans, garçon de magasin.

Le 5 juillet, entrée. Depuis quatre jours, il se sentait mal à l'aise. Il avait, dit-il, des douleurs de tête, mal aux reins, mal à l’estomac. Il dit ne pas avoir eu de diarrhée. Insomnie absolue. Il s’alite ; mais avant-hier il se lève pour aller consulter un médecin, et pendant le trajet, il est pris d’une épistaxis abondante.

Il serait aujourd’hui au cinquième jour de sa maladie.

On songe à la fièvre typhoïde.

Le 8, deux taches rosées sur l’abdomen, bien nettes ; une troisième douteuse. Ballonnement. du ventre. Pas de diarrhée.

L'aspect général est assez peu celui d’un typhique. Malgré la température (390), l’abattement est peu marqué. Loin d'être anéanti, le malade s'intéresse à ce qui

se passe autour de lui. Il n’a pas dormi cette nuit.

HG

Langue blanche dans son milieu, rouge à la pointe et sur les bords, mais pas sèche.

La rate est très grosse.

Cœur, rien.

Poumon, sonorité un peu diminuée à gauche, sous la clavicule et dans la fosse sus-épineuse. Expiration prolongée sous la clavicule gauche.

Le poumon respire très mal dans les fosses sus et sous-épineuses gauches. |

Myæœdème très net.

Le 11, la température est tombée à 37,7. Le malade a dormi de 10 heures du soir à quatre heures du matin, grâce à deux cuillerées de sirop de chloral. Il a la tête un peu lourde. Aucune stupeur.

Langue recouverte d’enduit blanchâtre assez épais, sans rougeur ni à la pointe ni sur les bords. Le ventre n’est pas météorisé. On y remarque une infinité de petites taches, la plupart accuminées et présentant à leur sommet une petite vésicule ; cependant deux sont étalées, s’efflacent sous la pression du doigt et ont tous les caractères, à part leur petite dimension, des taches de la fièvre typhoïde. Le malade se plaint de souffrir du ventre; c’est une douleur sourde, qui a son maximum dans la fosse iliaque droite et presque sous le rebord costal de ce côté. |

A la palpation, l’indolence est absolue du côté gauche; du côté droit, la pression est douloureuse, surtout au voisinage du point de Mac Burney. |

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