CHAPITRE Il
PRÉSENCE DE LA SUBSTANCE AGGLUTINANTE DANS LES DIVERSES HUMEURS DE L'ÉCONOMIE.
La sérosité des vésicatoires a donné d’une façon conslante à M. Widallaréaction agglutinante. Comme on a pu voir dans l'observation VIII que nous rapportons plus haut, c’est avec la sérosité de vésicatoire que MM. Thoinot et Cavasse ont obtenu une réaction agglutinante aussi belle et aussi rapide (dix minutes) qu'avec le sérum sangun.
Le liquide séreux d’une pleurésie typhique a été expérimenté par M. Ménétrier (1). L'auteur n'avait pas trouvé dans le liquide de pleurésie la réaction agglutinante présente dix Jours avant dans le sérum du malade. MM. Widal et Sicard
(1) Ménétrier. Fièvre typhoïde compliquée de pleurésie droite. Réaction agglutinative du sérum sanguin. Pas de réaction agglutinative du sérum dé l’épanchement. Soc. de Méd. des Hôp. 4 décembre 1896.
ont fait connaître à la Société Médicale (séance du 11 décembre 1896) qu'ils avaient repris ces recherches avec la sérosité pleurale prélévée sur des cadavres de fièvre typhoïde. Leurs résultats ont toujours été positifs. Les auteurs inclinent à croire que la réaction agglutinante est toujours présente dans la sérosité qui humidifie normalement les feuillets de la plèvre, ne fusse d’abord que par la rapidité avec laquelle elle est secrétée. Avec le lait de femmes atteintes de fièvre typhoïde, MM. Thiercelin et Lenoble (1) ont obtenu uneréactionagglutinante trèsnette ; de méme MM. Achard et Bensaude (2). MM. Mossé et Daulic (3) ont obtenu au cours de la fièvre typhoïdeet pendant la convalescence l’action agglutinante avec le bacille d'Eberth. Il s'agissait d’une femme de vingt ans, vigoureuse, au sixième mois de sa grossesse. Les résultats ontété positifs dans trois examens pratiqués respectivement au 12°, 18° et 34° jour de la fièvre typhoïde.
Dans un cas où il a expérimenté avec de la
(1) Tiercelin et Lenoble. Presse Médicale. Paris, 1896, page 374.
(2) Achard et Bensaude. Bull. et Mem. Soc. de Méd. des Hôp. de Paris. 3 S. XIIT, p. 679-68.
(3) Mossé et’ Daulic. Action agglutinante du colostrum sur le bacille d'Eberth. Travail présenté par M. Beclère. Bull. Soc. de Méd. des Hôp. & décembre 1896, p. 818.
sérosité péricardique recueillie sur un cadavre, M. Achard eut un résultat négatif (1). Il obtient, au contraire, trois résultats positifs avec la sérosité pleuraledes typhiques, une fois surle vivant, deux fois sur le cadavre.
Dans la sueur, Thiercelin et Lenoble (2) n'ont pas trouvé la réaction agglutinante. Les auteurs ont soin de noter, et la chose est importante, nous l’avons vu à proposdes larmes, que la sueur de leur malade était naturelle, et non pas expérimentale, pourrait-on dire, provoquée, par exemple, par une injection de pilocarpine.
Les larmes possèdent l’action agglutinante, ou du moins la sécrétion lacrymale qui baigne normalement les culs-de-sac de la conjonctive. Car cette distinction qu'invoquent, nous l'avons vu, MM. Widal et Sicard entre la sérosité pleurale normale et la brusque irruption d’un épanchement dans la plèvre, cette distinction s'impose absolument pour les larmes.
En effet, la réaction est toujours obtenue avec. une goutte de sécrétion lacrymale puisée avec une pipette au grand angle de l’œil; et elle n'existe pas, au contraire, dans la sécrétion lacrymale
(1) Achard. Soc. Méd. des Hôp. 4 décembre 1896. (2) Thiercelin et Lenoble. Soc. de Biologie,5 décembre 1896.
que exagérée par impression des vapeurs d’ammoniaque, par exemple Le pus, les urines, la bile ont quelquefois la réaction agglutinante. | Pour ce qui est du point un peu particulier du sang du fœtus d’une mère infectée, nous avons rapporté déjà le cas d'Etienne: le sérum du fœtus n’était pas agglutinant. Il y à des cas analogues d'Achard et Bensaude, Thiercelin et Lenoble, Charrier et Appert. Toutefois Chambrelent et ,Saunt-Philippe (1) ont constaté la réaction agglutimante dans le sang d’un fœtus né, au huitième mois, d’une femme typhique.—MM. Chartier et Appert ont rencontré le pouvoir agglutinant dans le placenta d'une femme typhique morte au vingtième jour de la maladie. Le placenta avait subi un lavage prolongé, puis un fragment avait macéré 24 heures dans l’eau. L'eau de macération présenta la réaction.
(1) Chambrelent et Saint-Philippe. Société d’Obstétrique et Gynécologie. Bordeaux, novembre 1896.