DATE D’APPARITION ET DE DISPARITION DE LA | SÉRORÉACTION
Séropronoslic
La règle est que la réaction agglutinante apparait dans le sang à la fin du premier septenaire. Les cinquième, sixième jôur sont souvent notés! Il y a quelques observations du troisième jour (1). — D'autre fois, elle pourrait être beaucoup plus tardive dans son apparition s’il faut en croire l'observation de MM. Thoinot et Cavasse
(1) On a vu dans le compte-rendu analysé plus haut de MM. Johnston et Taggart, deux cas de séroréaction apparaissant à la fin du second jour. Sans doute nous le répétons, on
ne saurait apporter dans l'appréciation de ces temps une ri-
gueur mathématique.On sait combien il est difficile, impos-
sible parfois, de fixer le début de la fièvre typhoïde, de faire
le départ entre le dernier jour des prodromes et le preuier jour de la maladie. Fixer, comme nous le faisons en pratique, le premier jour, au jour où le malade a pris le lit pourne plus le quitter, cela est clinique, maïs est seulement clinique. Mais dans les cas de Johnston et Tagvart auxquels nous faisons allusion, la température était de 370, 48 heures avant qu’on oblint la séroréaction. Les chiffres de ces auteurs Ve raissent donc peu attaquables.
AUOG EER que nous relatons plus haut (obs. VII), puisque dans ce cas, toute la première attaque se passa sans donner Jamais la séroréaction, et que c’est au cours de la première rechute seulement qu'on pût constater cette réaction.
Jusqu'à quel temps après la fièvre typhoiïde, ce sérum conserve-t-1l sa propriété agglutinante? Il faudrait, pour le fixer d’une façon absolue, des chiffres plus nombreux que ceux que nous pos- . Sédons jusqu à présent; car ce que nous savons de la réaction agglutinante nous permet de la séparer absolument de la propriété bactéricide, et : c'est sur cette dernière seulement qu'a porté jusqu'à ces dernières années l’'expérimentation.
Les chiffres apportés par les observations paraissent très variables; et si on a signalé certains malades dont le sérum après trois semaines avait perdu tout pouvoir agglutinant, on Pa, par contre, vu persister pendant emq ans. Ce denier chiffre est le chiffre maximum jusqu'ici confu (1).
” (1) Rien d'étonnant à ce qué la propriélé agglutinante persiste plusieurs années dans son milieu normal du sang humain, si l’on en juge par la persistance de la propriété agglutinante dans des conditions peu favorables. M. Widal (Soc. de Méd. des Hôp. 26 juin 1896), a signalé la persistance du pouvoir agglutinant dans du sang desséché depuis 4 mois. Cest justement la persistance dans Le sang desséché du pou-
Y a-t-il, dans la précocité d'apparition de laséroréaction, dans son égalité aux examens successifs. dans son intensité, un élément d'indication, de ce que sera la fièvre typhoïde? Y a-tl, dans la facon dont se comporte la séroréaction lors de la convalescence, un élément d'appréciation deceque sera cette convalescence, unie ou au contraire traversée de rechutes. M. Courmont a le premier prononcé le nom de séropronostic. Catrin aborda «avec une certaine réserve, ce terrain moins solide » (Soc. Méd. des Hôp. 16 sept. 1896).
L'idée, très séduisante dans sa simplicité, est celle-ci: plus une infection est grave, profonde, plus tôt apparaîtra la réaction agglutinante d’infection et plus marquée sera-t-elle.
Mais d'abord, il est un procédé indiqué pra M. Widal pour mesurer l'intensité de la réaction. On met dans un premier tube, un centimètre cube de bouillon (c’est-à-dire 20 gouttes), dans un second tube deux centimètres cubes de bouillon (c'est-à-dire 40 gouttes) dans un troisième tube trois centimètres cubes de bouillon (c’est-àdire 60 gouttes), dans un quatrième, dans un cinquième, quatre, cinq centimètres cubes, c’est-
voir agglutinant qui a rendu possible la façon de procéder du Conseil d'Hygiène du Canada dans son enquête sur le sérodiagnostic.
à-dire 80,100 gouttes). On ensemence chacun des tubes ; on ajoute à chacun une goutte de sérum et on porte à l’étuve.
Si, par exemple, le tube contenant trois.centimètres cubes de bouillon (60 gouttes) donne la réaction, alors que ne le donne pas le tube contenant quatre centimètres cubes de bouillon, on dit que le pouvoir agglutinatif a été de 1 pour 60 du moins, mais au-dessous de 1 pour 80. Et c’est, en effet, la moyenne du pouvoir agglutinatif.
Ceci posé, existe-t-1l vraimentune relation entre la gravité de la fièvre typhoïde et l'intensité du pouvoir agglutinatif? M. Catrin, sans rien affirmer estimait avoir obtenu des données encourageantes.
M. Thiroloix, (1) s’il a vu des réactions très rapides et très nettes dans des cas de fièvre typhoïde graves terminées par la mort, n’en a pas vu de moins rapides et de moins nettes dans d’autres cas graves aussi, mais terminées par la guérison.
Sans doute existe-t-il des complications de la fièvre typhoïde, complications graves, complications mortelles, que la réaction d'infection
(1) Thiroloix. Presse Médicale, 5 novembre, 1896 Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde.
sera toujours impuissante à pronostiquer puisqu'elles ne sont pas fonction d'infection (hémorrhagie intestinale, perforation intestinale) — mais d’autres complications, la myocardite, par exemple, sont bien d'ordre infectieux, et on a peine à renoncer à cette idée, qu’on ne pourra, un Jour, apprécier et mesurer la gravité de l'infection,
Ce séropronostic serait d'autant plus précieux que ce ne sont pas les formes cliniques aux symptômes les plus bruyants qui présentent ces graves complications infectieuses, la myocardite par exemple.
Pour nous, nous nous rappellerons Fe la mort en syncope d’une jeune femme d'apparénce peu infectée et dont voici d’ailleurs l’observation :
. OgsservarioN IX (personnelle).
Femme M.., 35 ans. Entre à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. le D' Thoinot, salle Sainte-Monique, n° 22 le 29 août au soir.
Pas d’antécédents héréditaires ni personnels.
. Se sentant très fatiguée cette malade a cessé tout travail depuis le 13 août. Le lendemain elle éprou-
vait, dit-elle, un malaise général: maux de tête et
maux de jambe, mais ne toussait pas et n’avait pas de bourdonnements d'oreilles. Elle a de la diarrhée, 3 à LA selles par jour.
Le 16 août, elle est obligée de garder complètement de lit. La diarrhée continue mais toujours avec une
odeur naturelle. Pas de borborigmes. Entre à hôpital le 29 août au soir.
: sure 2:13 141514.
APURREZ 6m. Élu él 4
Le 30, elle n’a plus de céphalalgie. (Les premiers maux de tête n’ont duré que deux jours). La diarrhée suit son cours, 5 à 6 selles par jour, son ventre est rs ‘=. vergeturé. Il présente des taches rosées LphEnlEnes On trouve du gargouillement dans la fosse iliaque droite. La rate est grosse.
A l’auscultation de gros râles de bronchite de haut
en bas. Langue saburrale élargie au milieu. Insomnie depuis { jours seulement. Pas d’albumine dans les urines.
Le 3+1, 4 selles verdâtres, légère élévation de température 39°,6 le soir. ù
1® septembre, 39°,5 selles.
Le 2, la température s’élève à 4o° le soir. Le pouls très faible bat cependant à 120 pulsations à la minute.
La malade semble faiblir. Langue sèche.
Le 3, température 4o° le soir 108 pulsations. On fait le sérodiagnostic suivant le procédé de Widal. La réaction se produit, d’une façon extemporanée aussi bien que dans les tubes de bouillon, avec une netteté remarquable.
Le 4, l’état général paraissait toujours le même et la maladie évoluait en somme assez normalement. La température du matin cependant ne fut que de 37°,5 et le pouls avait 112 pulsations. Brusquement la malade est prise vers les 10 heures du matin d’une syncope et meurt au bout d’une demi-heure malgré tous les efforts faits pour la relever (flagellations, frictions, injections d’éther, de’caféïne). Elle était au 19° jour de sa maladie.
Le 5, autopsie. Eésions iniestinales relativement peu marquées. Myocardite. -
On eut pucroire a priori que cette femme jeune et vigoureuse ferait une fièvre typhoïde physiologique et surmonterait son infection. Nous
avons vu par quel brusque accident elle à été enlevée. Et nous ne pouvons nous empêcher de relever dans notre observation ces mots que nous écrivions sans avoir à ce moment aucune idée de séropronostic : «la réaction apparaît avec une netteté remarquable. »
De l’ensemble des faits, nous devons conclure toutefois que le séropronostic n’est pas encore établi. |