‹ La Séroréaction et le SérodiagnosticChapitre 7 sur 24 · ER UE · texte numérisé non relu

ER UE

En somme, les deux caractères différentiels les

plus valables sont la coagulation du lait par le

coli communis et la production du gaz dans les milieux lactosés.

Si ces caractères différentiels n’ont pas paru à beaucoup de bons esprits assez nets pour entrainer la conviction et leur faire accepter la dualité originelle du bacille d’Eberth et du bacille d'Escherich, du moins le procédé de Pfeiffer et son application par M. Widal nous donne-t-il enfin un criterium absolu de spécificité? C’est ce quenous aurons à examiner.

La doctrine microbienne ne s’est pas tenue longtemps à la seule considération de la forme microbienne. Bientôt est intervenue la notion des sécrétions microbiennes. Faut-il rappeler par exemple les belles expériences de MM. Roux et

Yersin sur le bacille diphtéritique et ses toxines : le bacille diphtéritique fait la fausse membrane, mais ses toxines empoisonnent le système ner-

| veux.

= Bientôt nous possédions une nouvelle notion,

celle de l'immunité acquise: ou du moins l'in-

terprétation fût-elle nouvelle de faits dès long-

temps connus par l'observation et l'expérience.

ee. La médecine saitdepuis longtemps que certaines forces naturelles créent des conditions d'immu-

nité acquise. L’assuétude est une de ces forces naturelles. Quand l'organisme est soumis à l’action graduelie et prolongée des agents toxiques et infectieux, il arrive à pouvoir supporter une dose de poison qui lui aurait été primitivement mortelle.

Le fait est bien connu pour les poisons miné-

raux : et le roi de Pont nous a laissé le mithridatisme. De, l’immunité aux maladies infectieuses par accoutumance nous ne voulons que deux exemples. Nous les empruntons au beau livre de notre maître M. le Professeur Proust. Lors du,

choléra de 1865, les habitants du Caire fuirent

en masse leur ville contaminée : entassés sur des bateaux trop étroits, demeurés ainsi pendant les longues quarantaines que leur imposait la pru-

dence des gouvernements d'Europe, de ces.

hommes pas un seul n'eut le choléra: à vivre

parmi les cholériques ils avaient pris l’accoutu- - mance. — De même, dans ces grands exodes de peuple que sont les pélerinages de la Mecque, parmi ces conditions climatériques et sociales

qui sont un défi à toute hygiène, le choléra

épargne ceux des pélerins qui viennent de ces foyers endémiques.

C'est un fait de notion courante encore que l'influence immunisante de la première atteinte

2 A0 | CEE d'une maladie infectieuse contre des atteintes postérieuses. La scarlatine ne récidive pas, la variole ne récidive pas, non plus la rougeole. Pour la fièvre typhoïde la règle est aussi que l'immunité soit conférée par une première atteinte.

Nous rapportons ailleurs avec quelques détails l'histoire de l’immunité expérimentale (Voir au chapitre de la nature de substance agglutinante), mais disons dès maintenant qu’elles aboutissent à des conclusions d'immunité seulement,

De toutes ces expériences, le résultat objectif pourrait-on dire, c’est que, si on ajoute quelques gouttes de sérum d’un animal immunisé (ou d’un homme naturellement immunisé par une atteinte antérieure de la maladie) à une culture en bouillon du microbe pathogène de la dite maladie, ces microbes s’amassenten grumeaux qui tombent au fond de l’éprouvette laissantainsi parfaitement clair le reste du bouillon. Cette réaction appartient à un sérum immumisé: c’est une réaction d’immunité.

Là était la question, quand M. Widal l’a reprise. En l’exposant, M. Widal({) ajoutait : «En 1892, nous avons montré avec M. Chante-

(1) Widal: Bulletin et Mémoire de la Soc. Méd. des re taux, page

Re messe (1) que dans la fièvre typhoïde avant même la convalescence le sérum humain possède des qualités thérapeutiques très marquées contre l'infection typhique expérimentale. Il était donc naturel de rechercher si le sérum des typhiques au cours de la maladie comme après la convalescence, a la propriété d’agglutinér in vitro, les bacilles d'Eberth épars dans une kulture et si cette réaction ne pouvait aider en clinique au diagnostic souvent si épineux de la dothiénentérie. »

Il faut rappeler ici que ce sont MM. Chantemesse et Widal qui ont des premiers réalisé l'infection, puis l’immunité typhiques expérimentales chez l'animal, Sans doute dans une thèse de 1882, M. Servolles avait-il tenté d'identifier ce qu'on appelle la fièvre typhoïde des chevaux et la fièvre typhoïde de l’homme (2).

(1) Chantemesse et Widal. Etude expérimentale sur l'exaltation, l’immunisation et la thérapeutique de l’infection typhique. Annales de l’Institut Pasteur, 1892, page 173.

(2) Servolles. Thèse, Paris 1882, sur l'étude comparätive de la fièvre tÿphoïde chez l’homme et chez le cheval. Nous rappellerons les conclusions de Servolles :

«1° La fièvre typhoïde chez le cheval comme chez l’homme. Coit être distinguée des états typhoïdes.

2 Le rapprochement des causes des signes et des É de la fièvre typhoïde chez l’homme et chez le cheval mon-

trent qu'ilexiste entre les deux infections l’ JAgaIoEe la plus grande:

Mas «assimilation qu'a voulu faire Servolles ne résiste pas à l'examen » (Chantemesse).

Mettre en présence dans un milieu de culture favorable le bacille d'Eberth et le sérum SpéCIfique, telle est en deux mots la méthode qu'ont employé les Allemands pour rechercher les propriétés d'immunité, M. Widal, pour rechercher l'effet de l'infection et l’appliquer au diagnostic. La seule règle générale est l’âge de la culture, elle doit avoir 24 ou 48 heures, et voici comment on pourra procéder :

Examen extemporané. — On a une culture d'Eberth vieille de 24 heures, on en met dix gouttes dans un verre de montre. D'une piqûre au doigt du malade on fait couler quelques gouttes de sang ; on recueille ce sang ; bientôt la séparation s’est faite du caillot et du sérum, très - imparfaite il est vrai; mais peu importe que quelques globules rouges soient suspendus encore dans le sérum; on pourra au contraire s’en servir comme de point de repère pour mettre au point. De ce sérum on ajoute une ou deux gouttes aux dix gouttes de culture d'Eberth. On mélange

3 La transmission de l'infection de l’homme au cheval et du cheval à l’homme n’avant jamais été démontré il est impossible de dire que les deux affections ne sont qu’une seule et même maladie. » ë

bien. Nous donnons ici les chiffres indiqués par M. Widal dans sa première communication ; ils ne seront pas indifférents, nous le verrons plus loin, puisque une proportion moindre ou trop grande de sérum peut (M. Widal l’a fait connaître depuis sa première communication) fausser les résultats. Au bout d'un temps variant de quelques minutes à une demi-heure, une heure, deux heures, l'examen microscopique montre la réaction effectuée. On peut, par des examens successifs la suivre dans sa progression, Nous verrons plus loin comment l'idée s’est présentée de conclure de la plus ou moins grande rapidité, de la réaction à la plus ou moins grande intensité de l'infection, établir en un mot le Séropronostie.

Pour pratiquer l'examen microscopique on couvre une lamelle de quelques gouttes du mélange, et on renverse sur une lame. Il ne faut pas colorer. On peut se servir de l’objectüf à immer- Sion, mais l'objectif 8 de Verick, dont nous nous sommes toujours servi dans nos examens nous a toujours paru suffisant à donner une image très nette. La mise au point peut être délicate; comme nous l’avons dit on aura avantage à utiliser les globules rouges de la préparation.

Alors qu'une goutte de culture jeune de bacille d'Eberth examinée pure ou examinée après

SE à

Page 1