CHAPITRE VI
Le 'pneumocoque. — Ses caractères, ses propriétés pathogènes. — La toxine pneumonique. — Peu active dans les cultures. — Recherches d’Issaefï sur la toxicité du sang des lapins tués par le pneumocoque à virulence exaltée. — Vaccination des animaux. — Méthode d’élection par macération filtrée d’organes d’animaux tués par le pneumocoque. — Le sérum antipneumonique. — Culture du pneumocoque dans le sérum des animaux vaccinés. — Développement faible et tardif in vitro. — Exaltation de la virulence. — Absence du pouvoir antitoxique établi par M. Issaeff contrairement aux conclusions de MM. G. et F. Klemperer. — Applications à la pneumonie humaine. — Observations de MM. G. et F. Klemperer, Foaet Carbone, Foa et Scabia, Janson, Audéoud. — Sérum antistreptococcique. — Vaccination. — Travail de Mironoff.
Le pneumocoque. — Le microorganisme pathogène de la pneumonie franche chez l’homme, entrevu par Talamon, mieux décrit par Frankel et Netter, n’est autre qu’un coccus antérieurement connu sous le nom de microbe de la septicémie salivaire et que MM. Pasteur, Roux et Chamberland avaient rencontré dans la salive d’un enfant mort de la rage. Son importance est aujourd’hui hors de doute, et les partisans de la pluralité des
microbes de la pneumonie lobaire, comme Weichselbaum, Jurgensen, Finkler, ne comptent aujourd’hui que de très rares adhérents.
Le pneumocoque est facilement reconnaissable par ses caractères morphologiques et biologiques. Au microscope, il se présente sous forme d’éléments rarement isolés, souvent groupés deux par deux sous forme de diplocoque, moins fréquemment en chaînettes de 5 ou 6 sous l’apparence de streptocoque. La forme des éléments est absolument caractéristique. Au lieu d’être arrondi comme la plupart des cocci, le pneumocoque est au contraire ovale et présente deux extrémités effilées qui l’ont fait comparer à un grain de blé ou d’orge, à une lancette. Cette dernière comparaison est assez juste ; aussi le pneumocoque est-il également connu sous le nom de coccus lancéolé de Frankel. Lorsque plusieurs éléments sont groupés, c’est par les extrémités effilées qu’ils viennent se mettre en contact. Enfin le caractère le plus net que l’on rencontre dans les exsudats, ou dans les cultures sur milieux albumineux, est la présence d’une capsule albumineuse colorable, qu’il ne faut pas confondre avec le halo clair qui entoure souvent les autres microorganismes.
Le pneumocoque est immobile et prend facilement les couleurs d’aniline. Il n’est pas décoloré par la méthode de Gram.
Avec quelques soins, il est facile d’obtenir des
JLA SÉROTHÉRAPIE.
cultures de pneumocoque. Il faut tenir compte de ce qu’il ne se développe pas au-dessous de 24 degrés; aussi se sert-on pour l’isoler, de plaques ou de tubes à la gélose nutritive, qu’on maintient à l’étuve. Les colonies apparaissent bientôt, rondes, transparentes et comparables à des gouttes de rosée. Au bout de 48 heures leur développement est complet, et il faut se hâter de les repiquer sur un milieu nouveau; car, à partir de ce moment, leur virulence et leur vitalité diminuent, au point de ne plus donner de nouvelles cultures après 5 ou 6 jours. Il semble que cette fragilité soit due à la sécrétion par le microorganisme d’un acide qui exerce ensuite sur lui une influence néfaste, le pneumocoque ne se développant qu’en milieu alcalin.
Il est peu difficile au point de vue de son alimentation gazeuse. Se développant bien au contact de l’oxygène, il peut facilement pulluler dans les milieux qui en sont privés. C’est donc un anaérobie facultatif, et même, dans ces conditions, il conserve plus longtemps sa vitalité et sa virulence : cette dernière s’accroît même par ce mode de culture.
Le pneumocoque est pathogène pour un certain nombre d’animaux. Mais le lapin et la souris sont les animaux de choix pour l’étude du pneumocoque. L’inhalation, ou l’inoculation sous-cutanée de ce microbe est suivie chez eux d’une affection mortelle, alors que ce dernier mode d’infec-
tion reste souvent inactif chez le cobaye, le chien, le rat, sensibles néanmoins à l'inoculation pulmonaire.
La toxine pneumonique. — La maladie produite par le pneumocoque est une infection proprement dite plutôt qu’une intoxication analogue à celle du tétanos ou de la diphtérie. En effet, le pneumocoque semble ne pas sécréter de poisons très abondants et très actifs. Les cultures artificielles légèrement toxiques pendant les 5 ou 4 premiers jours après l’ensemencement, deviennent presque inoffensives par la suite, principalement lorsque la réaction acide est apparue. La neutralisation automatique du milieu par la chute régulière de quelques gouttes de carbonate de soude, non plus que la culture anaérobie, n’augmentent pas sensiblement la toxicité des cultures. Les modes d’extraction de Foa et Bonome par le sulfate d’ammoniaque, de G. et F. Klemperer par l’alcool absolu, ont donné plutôt des substances vaccinales que des matières vraiment toxiques. Néanmoins Foa et Carbone ont réussi à tuer des lapins en 6 jours en leur inoculant le précipité produit dans les cultures non chauffées, par l’action de l’alcool absolu, le sulfate de magnésie ou le sulfate d’ammoniaque.
Issaeff, ayant reconnu que la toxicité des cultures était proportionnelle à la virulence du microbe, a cherché à exalter cette dernière par des passages
successifs dans le péritoine des lapins. Au bout de 10 ou 12 passages, le sang des animaux perd la propriété de se coaguler, et devient extrêmement toxique et virulent.
M. Issaeff recueille aseptiquement ce sang, le traite par son volume d’eau stérilisée, légèrement alcalinisée, et contenant \ pour 100 de glycérine, puis il fdtre ce mélange au filtre Chamberland. Ce produit est alors assez toxique pour causer la mort de l’animal à la dose de 1 pour 100 de son poids. L’exsudât péritonéal se montre également très toxique, celui des chiens encore plus que celui des lapins.
Vaccination des animaux. — La vaccination des animaux est facile. On peut l’obtenir chez le lapin, soit à l’aide du virus vivant, atténué ou non, procédé dangereux qui tue un grand nombre des animaux en expérience, soit à l’aide de cultures sur bouillon ou sérum stérilisées par le filtre Chamberland, soit enfin à l’aide de sang, d’exsudats ou de suc d’organes d’animaux morts d’infection pneumococcique. Dans une très intéressante revue critique, notre ami Mosny donne cette dernière méthode comme procédé d’élection. Les organes hachés aussitôt après la mort, sont mis à macérer dans le double de leur poids d’eau, en présence d’un antiseptique (thymol ou essence de moutarde), la putréfaction détruisant rapidement le
pouvoir vaccinant. Au bout de 24 heures, après plusieurs filtrations sur papier, on stérilise à l aide de la bougie Chamberland. Le liquide ainsi obtenu confère aux lapins une immunité solide, sans les exposer, comme les autres procédés, à maigrir et à mourir cachectiques au bout de trois ou quatre semaines.
Le sérum antipneumonique. — Ce furent Foa et Carbone, puis Emmerich et Fawitzky qui établirent que l’on pouvait prémunir et même guérir les lapins ou les souris inoculés avec le pneumocoque, à l’aide du sérum des animaux vaccinés. Tous les auteurs qui se sont depuis occupés de cette question, Krouse et Pansini, G. et F. Klemperer, Janson, Arkharoff, Mosny, Issaeff, Bunze Federn, sont arrivés au même résultat. Le sérum se montre d’une très grande activité et deux à quatre gouttes de sérum de lapin vacciné, prélevé le vingt-quatrième jour de l’immunisation, suffisent à prémunir une souris contre l’affection mortelle.
A la dose de 8 cc., le sérum des lapins vaccinés a réussi, entre les mains de MM. G. et F. Klemperer, à arrêter la septicémie pneumococcique chez 12 lapins, infectés depuis 24 heures. Nous devons néanmoins faire quelques réserves sur ces expériences, ainsi que sur celles de M. Arkharoff; ce dernier auteur se servait de cultures âgées de 10 à 40 jours; or nous avons vu la fragile vitalité du
pneumocoque et sa perte rapide de virulence dans les milieux artificiels. Quant aux observations de MM. G. et F. Klemperer, il est probable qu’eux aussi se sont servis de pneumocoques relativement peu virulents; car ce microbe, au degré de virulence expérimenté par M. Issaeff, tue le lapin en 10 ou 15 heures.
De toutes manières, quel que soit le degré du pouvoir thérapeutique du sang des animaux vaccinés, cette propriété est aujourd’hui hors de doute; mais son interprétation a été également très variable suivant les auteurs et la théorie générale de l’immunité qu’ils avaient adoptée.
Les premiers expérimenteurs, Foa et Carbone, Emmerich et Fawetzky, attribuèrent ce pouvoir préventif au pouvoir bactéricide. Mais ce dernier ne put être mis en évidence par les recherches de Behring et Nissen, de G. et F. Klemperer. Nous devons à Mosny et Issaeff des observations très circonstanciées sur le développement comparatif du pneumoccoque dans le sérum des animaux sains et celui des animaux vaccinés. Tous deux admettent l’influence nocive de ce dernier, tout en contestant qu’il exerce sur le microbe une action mortelle.
En effet, tandis que le sérum de lapin normal ensemencé avec le pneumocoque se trouble rapidement en acidifiant le milieu et en formant au bout de quarante-huit heures un épais dépôt au fond
du tube, le sérum des animaux vaccinés conserve pendant longtemps sa limpidité et son alcalinité; ce n’est qu’au bout de plusieurs jours que la culture apparaît, acidifiant progressivement le milieu et conservant pendant six ou sept semaines sa vitalité et sa virulence, propriétés qui disparaissent au bout de trois ou quatre jours dans le sérum des animaux témoins. La morphologie des microbes n’est pas très modifiée; ils présentent quelquefois une forme un peu plus arrondie, mais M. Issaeff conteste formellement la production de formes involutives, pseudobacillaires, décrites par M. Arkharofï.
Il est donc hors de doute qu’il existe une différence entre le sang des animaux neufs et celui des animaux vaccinés considérés comme milieu de culture. Faut-il néanmoins songer à attribuer l’action du sérum thérapeutique à ce pouvoir soidisant bactéricide qui ne s’oppose qu’imparfaitement à la culture bactérienne : il faudrait pour cela que tous les milieux (et ils sont nombreux) qui n’offrent pas au pneumocoque un excellent terrain de développement, soient doués aussi de propriétés préventives. Or pour ne pas quitter les sérums, celui du chien, modérément réceptif pour le coccus lancéolé, exerce, d’après les recherches de Mosny, sur le développement de ce microbe, une action analogue à celle du sérum des lapins vaccinés. Or MM. Foa et Scabia ont établi que le sérum d’un
chien, même précédemment inoculé avec du pneumocoque, n’exerce sur le lapin ou la souris aucune action préventive.
Du reste l’exemple encore plus frappant du vibrion de la septicémie aviaire nous a montré que, en fait de pouvoir bactéricide, on ne pouvait généraliser des faits observés in vitro , à ce qui se passe dans l’intérieur de l’organisme. Or M. Issaeff a établi qu’on pouvait retrouver le microbe encore vivant dans l’œdème des lapins vaccinés, inoculés depuis 18 à 24 heures avec le pneumocoque virulent. Il est vrai que, dans ces cas-là, le microbe ne donne plus que des cultures dénuées de pouvoir pathogène.
Étant donnée l’insuffisance évidente de cette explication par le pouvoir bactéricide, on a supposé que le sérum des animaux vaccinés agissait non sur la vitalité, mais sur la virulence du microbe, et qu’il fallait attribuer son pouvoir préventif à ses propriétés atténuantes. M. Roger, inoculant aux lapins des cultures de pneumocoque sur sérum d’animaux vaccinés, constatait que, dans certains cas, les animaux guérissaient ou ne succombaient qu’avec un retard marqué. Il voulait voir là l’effet d’une atténuation du microbe, ne tenant point compte du pouvoir préventif du sérum, propriété encore inconnue au moment de ses expériences. Ses conclusions ont été reprises plus récemment par Arkharoff, mais nous avons déjà
LA SÉROTHÉRAPIE, vu que l’insuffisance de la technique de ce dernier auteur pouvait jeter sur les résultats de ses observations une légitime suspicion, d’autant que, dans des expériences très bien conduites, notre ami Mosny avait reconnu que la virulence des cultures peu abondantes obtenues sur le sérum des animaux vaccinés, était plutôt supérieure à celle des cultures sur sérum normal.
La question a été reprise par M. Issaefï. Cet auteur a établi d’une part, que, en lavant les microorganismes pour les débarrasser du sérum qui leur est adhérent et que l’existence de la capsule rend d’une séparation difficile, on arrive, malgré la diminution considérable du nombre des microbes résultant des manipulations nécessaires, à produire la mort des animaux ainsi inoculés dans un délai beaucoup plus court que chez ceux qui ont reçu la même culture non lavée. Dans d’autres expériences, le même auteur a démontré que le pneumocoque sécrète ses toxines aussi bien dans le sérum des animaux vaccinés que dans les autres milieux, et que les cultures sur bouillon, provenant du repiquage des pneumocoques développés sur le sérum primitif, se montrent toujours beaucoup plus virulentes que la culture mère. De ces expériences, on peut donc conclure que le sérum des animaux vaccinés n’exerce aucune action atténuante sur le microbe de la pneumonie.
Reste l’hypothèse d’une action antitoxique. C’est
à elle que se sont rangés G. et F. Klemperer dans leurs remarquables travaux. Ils arrivent à cette conclusion à la suite d’expériences sur la neutralisation in vitro des toxines pneumococciques par le sérum des lapins vaccinés. Or la faible toxicité des cultures dont se sont servis ces auteurs ne permet peut-être pas de résoudre complètement la question : aussi leur affirmation ne semble pas aller sans quelque hésitation. De là, la contradition apparente avec les résultats de M. Issaeff qui, lui, refuse toute action antitoxique au sérum préventif.
Opérant avec des toxines beaucoup plus actives que celles de MM. G. et F. Klemperer, ce dernier auteur constate que le mélange des poisons pneumococcique avec le sérum des lapins vaccinés se montre aussi toxique que leur dilution dans n’importe quel liquide inerte. D’autre part, il ne peut admettre que dans l’organisme, le sérum des animaux vaccinés puisse agir sur les toxines, car ces derniers se sont montrés toujours plus sensibles aux toxines pneumococciques que les animaux témoins, reproduisant ainsi le phénomène que nous avons déjà constaté à propos du hog-choléra et du vibrio Metschnikowii.
Le sérum antipneumonique n’est donc ni bactéricide, ni atténuant, ni antitoxique. A ces conclusions négatives, Issaeff vient ajouter l’affirmation du pouvoir stimulant, qu’exerce sur la phagocytose le sérum des animaux vaccinés. Chez les animaux
traités par le sérum, il se produit en effet, au point d'inoculation, un œdème très marqué mais très passager ; car il disparaît complètement en vingt-quatre heures. Si l’on étudie sous le microscope quelques gouttes de la sérosité de cet œdème, on y trouve une quantité considérable de phagocytes, contenant pour la plupart des pneumocoques dans leur intérieur. En maintenant quelques heures ces gouttes à la température de 56 à 58 degrés, on peut voir les microorganismes proliférer dans l’intérieur de la cellule tuée par ce changement de milieu, puis en amener la rupture et envahir tout le champ du microscope.
Chez les animaux témoins, au contraire, l'œdème local est beaucoup plus tardif, la diapédèse leucocytaire peu marquée, et les phénomènes de phagocytose difficiles à mettre en évidence. Il est donc hors de doute que l’action du sérum préventif a pour effet de provoquer au point d’inoculation du virus une lésion locale liée à une diapédèse considérable aboutissant à l’englobement des pneumocoques vivants par les leucocytes.
Application à la pneumonie de V homme. — De pareils résultats expérimentaux étaient bien faits pour encourager des essais de thérapeutique humaine, les recherches de MM. Klemperer ayant du reste établi l’innocuité absolue du sang antipneumonique inoculé à l'homme sain. D’autre part,
l’homme semble réagir vis-à-vis du pneumocoque comme les animaux expérimentés. En effetles mêmes auteurs ont constaté que le sang ou la sérosité des vésicatoires des pneumoniques pouvait, une fois la crise produite, prémunir les lapins contre la septicémie pneumococcique.
Forts de ces observations, MM. G. et F. Klemperer poursuivirent leurs recherches en injectant à des pneumoniques le sérum des lapins vaccinés. Les résultats obtenus furent assez encourageants. Dans une première série de 6 cas, ils constatèrent de six à douze heures après l’injection de 6 centimètres cubes de sérum, l’abaissement de la température, le ralentissement du pouls et de la respiration. Dans 4 cas, la température tomba à 57 degrés et s’y maintint dans deux observations. Une seconde série d’expériences porta sur 12 malades auxquels ils injectèrent dans la région fessière de 5 à 10 centimètres cubes de sérum de lapin vacciné. Dans 5 cas, la crise se produisit peu après, et dans les 7 autres, on put également constater un amendement notable des symptômes.
Peu de temps après, MM. Foa et Carbone rapportèrent un cas de pneumonie arrêtée au quatrième jour de son évolution par deux injections consécutives de 5 centimètres cubes de sérum de lapin vacciné.
Dans une nouvelle série de 10 observations,
MM. Foa et Scabia observèrent 8 fois l’apparition de la crise le soir ou le lendemain d’une première injection de 5 à 7 centimètres cubes de sérum. Dans les deux autres cas la crise ne survint que du neuvième au sixième jour.
M. C. Janson a également, dans 10 cas de pneumonie franche, pratiqué l’inoculation sous-cutanée de doses de sérum de lapin vacciné, variant de 5 à 2 7 centimètres cubes. Dans un seul cas, il n’obtint aucun résultat. Dans toutes les autres observations, l’injection fut suivie d’un abaissement de la température qui chez cinq malades s’accompagna de l’apparition de phénomènes critiques.
Enfin plus récemment Audéoud a injecté à deux malades du sérum provenant du sang d’un pneumonique convalescent. Dans un premier cas, un abaissement notable de la température suivit une première injection, pratiquée le quatrième jour de la maladie, et une seconde amena la crise définitive le sixième jour. Dans la seconde observation, l’inoculation du sérum, faite le cinquième jour de l’affection, fut suivie quinze heures après, d’une crise décisive.
Tous ces résultats sont, comme on le voit, des plus encourageants ; et il est probable que si la matière première, c’est-à-dire le sérum de lapin vacciné contre le pneumocoque, n’était pas d’une production aussi difficile, les observations seraient plus nombreuses. L’objectif actuel devrait être de
trouver une source plus abondante de sérum actif, et nous espérons que les brillants résultats des auteurs précités seront confirmés par la pratique courante.
Sérum antistreptococcique . — Malgré l’énorme importance qu’il occupe dans la pathologie humaine, le streptocoque n’a donné lieu qu’à peu d’essais sérothérapiques. Aussi ne rentrerons-nous pas dans de grands détails à son sujet. Nous rappellerons simplement que suivant son degré de virulence et son lieu d’inoculation, il peut donner lieu à des septicémies, des érysipèles, des inflammations suppuratives ou non en venant soit s’implanter primitivement, soit compliquer presque toutes les maladies infectieuses en s’associant àleur bactérie pathogène. Son histoire serait trop longue à faire ici, et nous renvoyons le lecteur à nos précédents travaux sur ce microorganisme, un dès plus intéressants par son importance pratique et les nombreuses questions théoriques que soulèvent les conditions de ses variations de virulence.
La vaccination contre le streptocoque est difficile. Tentée sans succès par Lingelsheim et Behring, l’immunisation des animaux a été réussie pour la première fois chez le lapin, par M. Roger, qui se servait pour cela de cultures anaérobies sur bouillon, chauffées ensuite à HO degrés. Par la même méthode, M. Mironoff, dans un travail où il semble avoir souvent oublié de citer ceux qui ont, avant
lui, étudié le streptocoque, n’a obtenu que des résultats inconstants, preuve nouvelle de la difficulté d’expérimenter sur ce microbe si protéiforme dans ses propriétés biologiques et pathogènes. Cet auteur est parvenu à conférer aux lapins une immunité assez stable en leur injectant d’abord des cultures stérilisées, puis des cultures virulentes à doses graduellement croissantes. Néanmoins cette immunité est toujours relative.
Le sérum des animaux ainsi traités offre un bon milieu de culture pour le streptocoque, qui s’y développe abondamment, donnant naissance à des microorganismes aussi virulents d’après M. Mironoff, dénués de propriétés pathogènes d’après M. Roger. Il semble que, pour arriver à cette dernière conclusion, M. Roger n’ait pas tenu compte du pouvoir préventif du sérum, non connu lors de ses expériences et mis hors de doute par les recherches de M. Mironoff. Entre les mains de cet auteur, le sérum des animaux vaccinés aurait, à la dose de o à 5 centimètres cubes par kilogramme d’animal, prémuni des lapins contre des doses mortelles de virus vivant, et aurait même exercé une influence favorable sur la septicémie streptococcique en évolution. Il se serait montré impuissant à modifier les processus locaux produits par l’inoculation du streptocoque.
Ces expériences sont bien vagues et ne font espérer que de très loin des applications pratiques à
la pathologie humaine. Du reste les résultats cliniques sont jusqu’à présent négatifs, et M. Roux a essayé sans succès de traiter les diphtéries avec association de streptocoques par le sérum antidiphtérique mélangé avec du sérum de lapin immunisé contre l’érysipèle, qui lui avait été fourni par M. Marchoux.