CHAPITRE VII
Le vibrion cholérique. — Ses caractères. — Difficultés de différenciation d’avec d’autres espèces vibrioniennes. — Ses effets pathogènes. — La péritonite cholérique. — Les associations microbiennes du vibrion de Koch ; leur rôle dans la genèse du choléra humain (travaux de Metschnikofï). — La toxine cholérique. — Sa nature : recherches de Wesbrook. — La vaccination anticholérique. — Méthodes de Gamalcia, d’Haffkine. — Objections : diversité des variétés vibrioniennes : différence entre la péritonite cholérique et le choléra humain. — Le sérum anticholérique. — Propriétés préventives du sang de certains animaux (cheval, poule) à l’état normal. — Propriétés préventives du sang humain, chez les individus sains, chez ceux qui ont eu le choléra, chez les habitants des villes habituellement indemnes dans les épidémies cholériques. — Mode d'action du sérum anticholérique. — Pouvoir préventif dù, non à une propriété bactéricide ou antitoxique, mais à la stimulation phagocytaire.
Le vibrion cholérique. — Si la découverte du vibrion cholérique, faite par Koch en 1884. n’a pas d’emblée obtenu l’unanimité des bactériologistes, et si la spécificité de ce microbe rencontre encore maintenant des adversaires convaincus, comme Drasche, cela tient à deux causes principales, toutes deux d’ordre technique. Tout d’abord, la
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morphologie du bacille virgule ne présente pas de caractères assez tranchés pour le différencier nettement d’un grand nombre d’autres vibrions, ni assez constants pour que le type en soit parfaitement défini. D’autre part, malgré son pouvoir pathogène sur les cobayes, on n’était pas jusqu’à ces derniers temps parvenu à reproduire chez les animaux à l’aide de cultures, une maladie analogue au choléra humain. Nous ne rentrerons pas dans les détails de cette longue controverse, hors du cadre de notre sujet, et nous nous bornerons à consigner ici les faits nécessaires à la compréhension des phénomènes sérothérapiques observés dans le choléra.
Le nom de bacille virgule, sous lequel le vibrion cholérique est surtout connu, indique bien la forme la plus fréquente sous laquelle on l’observe, bien que sa longueur, sa largeur, sa courbure soient sujettes à des changements qui font de ce microorganisme un des meilleurs exemples du pléomorphisme bactérien. Sa mobilité est un de ses caractères les plus habituels ; elle est due à la présence de cils vibratiles placés à chaque pôle du microbe. Le nombre de ces cils n’est pas absolument constant. Nicolle et Morax, qui ont étudié ce point particulier, ont constaté que, en dehors d’un échantillon de vibrion indien, immobile et dépourvu de cils, les bacilles cholériques de diverses provenances pouvaient être divisés en deux groupes, le premier
présentant un seul cil vibratile, le second en possédant quatre, également ou inégalement groupés aux deux pôles. Ce caractère leur a semblé peu variable pour chaque espèce quelles que soient les conditions de la culture.
Le bacille du choléra est une espèce aérobie et a une tendance à former un voile sur les liquides. Peut-il se développer en l’absence d’oxygène? Scholl prétend que, dans ces conditions, il végète en produisant une toxine beaucoup plus active; mais Wesbrook a échoué dans toutes ses cultures faites en l’absence d’oxygène.
Les caractères des colonies ne sont guère plus spécifiques. Elles présentent sur tous les milieux une teinte blanc grisâtre, commune au plus grand nombre des bactéries. M. Gruber, qui a fait une étude très minutieuse de la différenciation du bacille virgule, prétend que le seul signe vraiment caractéristique du vibrion cholérique est présenté par l’aspect des toutes jeunes colonies sur des plaques de gélatine à 10 pour 100. Elles doivent toujours avoir des contours irréguliers et présenter une surface couverte de granulations grossières. Mais M. Metschnikoff, avec sa grande expérience en cette matière, rejette ce caractère comme inconstant. S’il est, en effet, relativement facile d’isoler, par le procédé donné par cet auteur, les vibrions d’un liquide dont on veut faire l’examen bactériologique, il est ensuite extrêmement délicat
de les différencier les uns des autres. En dehors des spirilles de Finckler Prior, de Deneke, de Gamaleia, connus depuis longtemps, on a isolé des eaux, des déjections humaines, etc., un grand nombre d'espèces vibrioniennes pouvant être confondues avec le bacille virgule.
On a espéré, en vain, que la chimie pourrait réussir là où la morphologie échouait. Le fait que le vibrion de Koch prend la coloration par la méthode de Gram permet de le différencier de quelques espèces, mais non de toutes. Il liquéfie rapidement la gélatine ; mais ce caractère est variable et nullement spécifique. La réaction de l’indol (coloration rose par l’addition d’acide dans une culture sur peptone alcaline), considérée comme caractéristique par Koch, est facilement mise en évidence dans les cultures du vibrion avicide de Gamaleia, et il semble qu5on ne doit pas accorder une plus grande spécificité à la production de nitrites dans les bouillons où le bacille virgule s’est développé.
Reste la virulence. Or celle-ci est également très variable. Par inoculation dans le péritoine des cobayes, on provoque une affection mortelle connue sous le nom de péritonite cholérique et qui n’a aucune analogie avec le choléra humain. Cette dernière maladie se rapproche complètement, en effet, du type toxique, tandis que la péritonite cholérique des cobayes relève nettement de l’infection. Aussi la plupart des observations ayant été faites sur la
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maladie expérimentale du cobaye, rien ne prouve qu elles soient applicables au choléra intestinal ; nous verrons plus loin que tel est l’avis de M. Metschnikoff. Les expériences sur l’homme sont, bien entendu, très délicates; néanmoins ce dernier auteur a pu, par cet héroïque moyen, mettre hors de doute le rôle pathogène du bacille de Koch.
Mais cela n’est pas suffisant, et ainsi que cela arrive pour la plupart des faits scientifiques, très simples à première vue et dont la complexité n’apparaît que par la multiplicité des recherches, de nouvelles observations montrent que l’ingestion du bacille de Kôch n’est pas la seule condition nécessaire de l’apparition du choléra, et que ce microbe peut exister d’une manière indéniable dans l’eau potable sans provoquer aucune épidémie.
M. Sanarelli, en effet, a trouvé un vibrion indubitablement cholérique dans l’eau de Versailles, alors que cette ville s’est toujours fait remarquer par son immunité contre le choléra.
Les recherches de M. Metschnikoff l’ont amené à faire jouer un rôle capital à la composition de la flore intestinale. Il a reconnu, en effet, qu’on peut provoquer un choléra analogue à celui de l’homme en faisant ingérer le bacille virgule à des lapins nouveau-nés, dont l’intestin n’a pas encore été contaminé par les nombreuses espèces microbiennes qui en font leur habitat ordinaire. Isolant ensuite les différents microbes de l’intestin, il a
constaté que, si quelques espèces pouvaient favoriser le développement du bacille virgule, la grande majorité des commensaux habituels du tube digestif s’y opposait d’une manière assez complète, pour qu’on voie dans cet antagonisme la raison des insuccès de l’expérimentation, et de l’immunité de certains individus contre le choléra. Cette notion nouvelle est d’un grand intérêt, parce qu’elle montre une fois de plus que la clef de bien des phénomènes contradictoires d’épidémiologie doit être recherchée dans le rôle des associations microbiennes, l’infection expérimentale monomicrobienne ne se rapprochant que rarement des conditions de la clinique.
La toxine cholérique. — De toutes manières, une fois qu’il a pris possession de l’intestin, le bacille virgule y sécrète un poison qui, résorbé, tue par intoxication. Cette toxine, étudiée par Gamaleia, Hueppe et Scholl, etc., a fait l’objet d’un très intéressant travail de Wesbrook qui a cherché à en déterminer la nature chimique.
Après avoir constaté, comme les auteurs précédents, que, sur les milieux albumineux, le bacille virgule sécrétait une substance qui pouvait, suivant les doses, tuer les cobayes ou les immuniser contre la péritonite cholérique, cet auteur a cultivé le vibrion de Koch sur un milieu ne contenant aucune substance albuminoïde, et dans lequel
l’aliment azoté était représenté par fasparaginate de sodium. Après filtration, le liquide a montré les mêmes propriétés immunisantes et toxiques, bien que la réaction du biuret ne puisse y déceler aucune matière protéique ; ceci tend à prouver que, suivant l’opinion depuis longtemps émise par M. Duclaux, les albumoses, toxalbumines, etc., décrites par les auteurs comme des toxines pures, ne sont pas autre chose que des mélanges de toxine et de matières protéiques, la nature de la première restant encore inconnue, mais se rapprochant des diastases par sa facile destruction par la chaleur.
Vaccination anticholérique. — Si la question de l’étiologie du choléra humain est restée jusqu’à ces derniers temps fort embrouillée, il en est de même de l’étude des propriétés préventives du sang chez les individus réfractaires à cette maladie. Chez les animaux vaccinés contre la péritonite cholérique, il est hors de doute que le sérum sanguin possède même à des doses très faibles, la propriété de prévenir contre cette affection les cobayes, qui se montrent les animaux les plus sensibles à la péritonite vibrionienne.
Cette vaccination est relativement facile à obtenir. Les recherches de Ferran, Gamaleia. Haffkine ont montré que l’inoculation du virus atténué avait pour résultat de prémunir les animaux contre
une infection ultérieure. Ce dernier auteur a cherché à faire passer dans la pratique humaine la vaccination anticholérique en se servant soit de vibrions atténués par l’aération continue et injectés dans le tissu sous-cutané, soit de l’inoculation de corps de microbes tués par l’action de l’acide phénique. On obtient les mêmes résultats par l’injection de petites quantités de cultures filtrées.
Il semble donc, au premier abord, que la vaccination contre le choléra humain doive être facile à obtenir. Mais là, nous nous heurtons à deux sortes de difficultés. D’abord, ainsi que nous l’avons vu, bien que le bacille virgule ne constitue probablement qu’une espèce, on trouve dans les choléras de diverses provenances des différences de forme, de mobilité, de virulence, qui permettent d’admettre des races distinctes. Aussi est-on en droit de se demander si un animal rendu réfractaire à un de ces vibrions, est immunisé contre toute la série. La chose est probable dans un grand nombre de cas. Gamaleia a vu que les animaux vaccinés contre le vibrion avicide le sont également contre le bacille virgule. Sanarelli, qui a étudié spécialement cette question au point de vue de l’identification des vibrions, a trouvé que, si cette vaccination réciproque s’observait dans beaucoup de cas, on ne pouvait pas la considérer comme absolument constante.
Mais là n’est pas la plus grave objection qu’on
puisse faire aux vaccinations anticholériques humaines. Nous avons insisté sur la différence capitale qui existe entre la péritonite cholérique expérimentale du cobaye et du choléra humain. Dans la première de ces affections, le microbe se trouve dans l’intimité même des tissus, où il pullule abondamment si rien ne vient s’opposer à son développement. C’est une infection typique contre laquelle les animaux vaccinés luttent suivant les recherches de MM. Metschnikoff, Pfeiffer et Issaeff, au moyen d’une phagocytose active.
Chez l’homme, rien de cela. Le microbe reste pour ainsi dire extérieur à l’organisme. Il pullule dans l’intestin où, si elle se produit, la phagocytose ne peut être bien active. Là, il sécrète ses poisons qui, résorbés, donnent lieu aux phénomènes de l’intoxication cholérique. Le processus est donc tout autre, aussi n’est-ce pas une question oiseuse que de se demander si les moyens de prévention efficaces contre la péritonite cholérique se montrent également actifs dans le choléra intestinal.
Les dernières recherches de M. Metschnikoff, qui a pu provoquer chez les jeunes lapins un choléra intestinal typique, établissent en effet que cette restriction doit être faite ; car les animaux vaccinés avec les produits microbiens et les microbes vivants, ont succombé à la maladie aussi facilement que les témoins, tout en résistant à la péritonite cholérique.
Les deux affections ne sont donc pas, malgré toute leur analogie, les deux termes d’une équation physiologique. Aussi M. G. Klemperer est-il mal fondé à faire de l’action préventive du sérum, une constante de l’immunité contre le choléra chez les individus qui présentent cette propriété. Il est intéressant en effet d’étudier dans quelles conditions apparaît le pouvoir préventif du sang contre la péritonite cholérique.
Le sérum anticholérique. — Cette propriété est assez constante chez les animaux vaccinés pour que MM. Pfeiffer et Issaeff aient voulu s’en servir pour différencier le bacille virgule d’autres vibrions analogues. D’après ces auteurs, si le sérum retiré à un animal vacciné contre le bacille virgule préserve un cobaye neuf contre le vibrion étudié, celui-ci appartient sûrement à l’espèce cholérique; dans le cas contraire il doit être considéré comme non cholérique. D’un autre côté, l’immunité donnée par le vibrion cholérique se maintient vis-à-vis de cette même espèce pendant trois mois et se perd pour les espèces différentes en dix ou quinze jours. Si donc un animal vacciné trois mois auparavant contre le vibrion cholérique ou ses produits, résiste à l’injection d’un vibrion, celui-ci est le vibrion du choléra; si l’animal meurt, le vibrion en question doit être exclu de l’espèce cholérigène. Mais l’expérience a démontré que ce mode de diffé-
renciation n’était guère plus sûr que les autres et conduisait à des résultats paradoxaux : en effet par cette méthode, M. Pfeiffer a rejeté comme non cholérique un vibrion qui lui a été envoyé par l’institut Pasteur, et qui n’était autre que celui isolé dans le choléra asiatique à Massouah par M. Pasquale, et reconnu comme cholérique dans un autre travail de M. Pfeiffer lui-même en 1892.
Chez les animaux non vaccinés, on constate du reste quelquefois un certain pouvoir préventif du sérum contre la péritonite cholérique, et on a considéré le cheval comme fournissant habituellement un sang anticholérique assez actif. MM. Pfeiffer et Issaeff sont très affirmatifs sur ce point; mais M. Metschnikoff n’a pu obtenir des résultats semblables à ceux de ces auteurs, ce qui montre que là encore il ne s’agit pas d’une vérité bien définie, mais variable soit avec le cheval employé, soit avec le vibrion expérimenté. Ce dernier auteur a reconnu en revanche que le sang de la poule possédait des propriétés préventives à partir de 4 centimètres cubes.
Chez l’homme, les divergences sont encore plus grandes. M. G. Klemperer a constaté le premier que le sang des personnes qui n’ont pas eu le choléra, peut préserver le cobaye contre l’infection par le bacille virgule. Cette propriété est si fréquente que sur six individus examinés par
M. Ivlemperer, trois l’ont présenté d’une façon assez nette pour préserver les cobayes à la dose de 2 cent, cubes et même de 1 cent, cube contre une dose mortelle du vibrion cholérique. M. Lazarus a obtenu un résultat positif avec le sang de la seule personne n’ayant pas eu le choléra, qu’il a étudiée.
M. Metschnikoff a reconnu 5 fois la propriété préventive du sang sur 12 examens, dont 3 ont porté sur des médecins, dont le témoignage en ce qui concerne l’absence du choléra dans leurs antécédents présente une importance particulière.
On peut en conclure que la moitié des Européens possèdent dans leur sérum sanguin des substances qui préservent les cobayes contre une infection mortelle. Faut-il en conclure, comme le fait M. Klemperer, que la moitié des Européens sont réfractaires au choléra? Cette opinion, très répandue en Allemagne, ne peut tenir contre les observations de M. Metschnikoff. Cet auteur a constaté en effet que le sang des individus guéris du choléra pouvait ne présenter aucune propriété préventive, tandis qu’au contraire le sérum de personnes ayant succombé à cette affection pouvait en offrir de très marquées. La propriété préventive du sérum n’est donc pas fonction de l’immunité et l’intensité de cette dernière ne peut être mesurée d’après le degré de ce pouvoir. Les recherches ultérieures de M. Issaeff et de M. Pfeiffer
les ont du reste conduits aux mêmes conclusions.
Mais, d’après ces deux auteurs, la propriété préventive du sang à un degré supérieur à celui du sang des animaux normaux, est toujours très manifeste pendant la période comprise entre la quatrième et la septième semaine après le début de la maladie. M. Metschnikoff n’admet pas l'absolutisme de cette règle, tout en reconnaissant qu’elle s’applique à la plupart des cas; mais il cite des exceptions probantes. Pour lui, sans considérer, comme le lui reproche M. Issaeff, le pouvoir préventif comme dû à quelque chose d’accidentel, il regarde l’établissement de cette propriété comme un phénomène des plus complexes, ne pouvant encore être enfermé dans des lois étroites et absolues.
Du reste, se plaçant toujours au même point de vue des rapports de l’immunité avec le pouvoir préventif du sérum, M. Metschnikoff a fait d'intéressantes observations sur le sang des habitants des localités se caractérisant par leur immunité contre le choléra, et dont Versailles et Lyon sont le type. D’après l’expérience de Klemperer, qui a constaté que le pouvoir préventif devenait vingtcinq fois plus fort par l’ingestion de 1/2 litre de culture stérilisée, on était en droit de se demander, si, chez les habitants de certaines villes, il ne se produisait pas une sorte de vaccination continue par suite de l’absorption de vibrions peu viru-
lents. La présence du bacille virgule type dans les eaux de Versailles, constatée par Sanarelli en dehors de toute épidémie cholérique, pouvait rendre plus vraisemblable cette proposition. L’examen des propriétés préventives du sérum des habitants de Versailles et de Lyon présentait donc un intérêt tout particulier ; M. Metschnikoff a donc étudié à ce point de vue le sang de 7 Versaillais et de 10 Lyonnais, et a obtenu au contraire une proportion d’individus à sérum préventif, inférieure à celle de ses expériences antérieures ; il admet donc que le pouvoir préventif du sang n’explique pas plus l’immunité des villes que celle des individus.
Ce qui complique la question, ainsi que nous l’avons dit plus haut, c’est la différence entre la péritonite cholérique et le choléra intestinal, et il était intéressant de savoir si le sérum qui protégeait contre une des affections, garantissait également de l’autre. Tant que cette question ne sera pas élucidée, il ne pourra rien être tenté de pratique dans l’ordre sérothérapique. M. Metschnikoff a essayé de la trancher dans des expériences sur le choléra intestinal des jeunes lapins, mais ses observations ne l’ont pas encore conduit à une conclusion ferme.
En revanche les études des propriétés du sérum préventif contre le choléra ont donné des résultats très intéressants au point de vue de la conception générale de l’immunité.
En effet MM. Frankel et Sobernheim ont observé la transmissibilité de la propriété préventive du sérum sanguin par injections répétées de cette humeur. Ainsi, un cobaye qui a reçu 2 centimètres cubes de sérum préventif fournit lui-même un sérum préventif, sans être préalablement éprouvé avec des vibrions. La même quantité de sérum (2 cent, cubes) suffit pour immuniser un cobaye du troisième passage. Cette propriété se transmet pendant quelque temps, mais finit bientôt par s’épuiser. De ces expériences, les auteurs concluent que le sérum exerce son action préventive en stimulant la résistance des éléments cellulaires de l’organisme.
Mode d'action du sérum anticholérique. — C’est du reste la conclusion à laquelle sont parvenus presque tous les auteurs. On ne saurait, en effet, attribuer la propriété préventive au pouvoir bactéricide du sang. Une expérience directe de MM. Frankel et Sobernheim le démontre : en effet, le sérum chauffé à 70 degrés perd son pouvoir bactéricide et jouit encore de ses propriétés préventives. Mais ce qu’il y a de plus curieux dans les résultats obtenus par ces auteurs, c’est que l’injection de sérum chauffé amène chez le cobaye non seulement l’établissement de la propriété préventive, mais aussi celui du pouvoir bactéricide, qui doit être considéré par conséquent comme une manifestation spéciale de l’activité cellulaire. On voit combien nous
avons raison d’insister sur la complexité de ces différents processus.
Le pouvoir préventif n’est pas davantage lié aux propriétés antitoxiques du sérum, suivant les observations de MM. Pfeiffer et Wassermann. Les animaux traités de cette façon, sont, de même que les vaccinés, aussi et même plus sensibles que les neufs à l’action des toxines cholériques.
Il faut donc admettre par élimination que c’est à la stimulation de la phagocytose, qu’est due l’action favorable du sérum préventif. La constatation directe conduit aux mêmes résultats. MM. Gruber, Vincenzi, Metschnikoff, Pfeiffer et Issaeff, ont en effet constaté que dans la péritonite cholérique, le premier rôle dans la défense de l’organisme appartenait sans conteste aux processus phagocytaires.