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CHAPITRE III

Recherches de MM. Richet et Héricourt. — Transfusion péritonéale du sang de chien. — Le sang de chèvre : travaux de MM. Bertin et Picq. — La chèvre et le chien, relativement réfractaires à la tuberculose aviaire, sont sensibles à la tuberculose humaine. — Vaccination du chien contre la tuberculose humaine. — Prévention des enfants nés de parents tuberculeux (Pinard).

Aussitôt après leur découverte des propriétés curatrices du sang du chien contre l’infection par le staphylococcus pyosepticus, MM. Richet et Héricourt songèrent au parti qu’on pouvait tirer de ce phénomène dans la thérapeutique humaine, et s’attaquèrent d’emblée à la maladie la plus redoutable, c’est-à-dire la tuberculose, dont la guérison est, à juste titre, l’objectif le plus passionnant des recherches médicales actuelles.

Dans une série de communications faites soit à l’Académie des sciences soit à la Société de biologie, et dont la première date du 5 novembre 1888, ces auteurs établirent qu’en transfusant du sang de chien à des lapins, on retardait chez ces derniers

animaux l’évolution de la tuberculose, et qu'on parvenait même à l’arrêter, si le sang transfusé provenait de chiens préalablement soumis à une infection bacillaire, infection dont ces animaux triomphaient du reste sans exception. Les applications de ce procédé à l’homme furent aussitôt tentées, et dans une communication à la Société de biologie du 24 janvier 1891, MM. Richet et Héricourt rapportèrent une série de résultats encourageants, mais non concluants en faveur de leur méthode.

Mais bientôt les désillusions commencèrent et les nombreux auteurs qui expérimentèrent le nouveau remède constatèrent que, à la suite d’une amélioration habituelle, mais passagère, de l’état général du malade, la tuberculose reprenait bientôt sa marche inexorable. Des succès partiels et inconstants furent également les seuls résultats des recherches de Bertin et Picq sur les propriétés antituberculeuses du sang de chèvre. L’amélioration obtenue, en effet, ne semble présenter aucune spécificité, et les injections de sérum de chien semblent être douées de propriétés stimulantes dont l’effet paraît avoir été au moins aussi favorable dans d’autres cachexies que dans la tuberculose. En résulte-t-il que la méthode doive être condamnée, et ne doit-on pas plutôt chercher dans l’application que dans le principe lui-même la raison de ces insuccès relatifs?

Aussi semble-t-il qu'il faille recommencer ctb ovo toutes les expériences de MM. Richet et Héricourt et de MM. Bertin et Picq, parce qu'elles pèchent par la^base, ainsi que leurs auteurs l’ont du reste parfaitement reconnu. Ces recherches remontent déjà à quatre années environ, et à cette époque il n’était fait aucune différence entre le bacille de la tuberculose humaine et celui de la tuberculose aviaire. Ce dernier, beaucoup plus facilement cultivable sur les milieux artificiels, était presque exclusivement employé dans les recherches des laboratoires et c’est sur lui qu’avaient porté les observations de MM. Richet et Héricourt. Or depuis, on a reconnu entre ces deux microorganismes un certain groupe de caractères distinctifs, portant principalement sur leurs propriétés pathogènes, qui ont permis de les considérer sinon comme des espèces distinctes, au moins comme deux variétés assez éloignées pour qu’il soit impossible de généraliser de l’une à l’autre tous les résultats expérimentaux.

Or, justement, l’un de ces principaux caractères est la réceptivité relativement considérable du chien pour la tuberculose humaine, opposé à l’immunité de cet animal vis-à-vis du bacille de la tuberculose aviaire. Les recherches de Colin et Nocard. Charles Seegen, Cadiot, Gilbert et Roger établirent également que la chèvre ne pouvait pas non plus être considérée comme un animal réfractaire au bacille

de Koch; il en résulte qu’on ne pouvait guère s’étonner outre mesure de l’insuffisance des résultats, puisque le but, qui consistait à introduire dans le corps du tuberculeux le sérum d’un animal réfractaire, n’était nullement atteint.

Malheureusement, il était plus facile de constater les fautes de la méthode que d’y porter un remède efficace; car, parmi les animaux de laboratoire, aucun ne se montre assez réfractaire à la tuberculose humaine pour que l’on puisse songer à l’employer pour combattre cette affection. Il fallait donc avoir recours à la production d’un état d’immunisation artificielle, méthode qui, au point de vue sérothérapique, a constamment donné de meilleurs résultats que l’utilisation des animaux doués d’une immunité naturelle.

Mais là aussi les difficultés surgissent, et malgré les résultats positifs de leurs expériences, les recherches de MM. Grancher et Hippolyte Martin, celles de MM. Courmont et Dor montrent bien que la vaccination contre la tuberculose est loin d’être parvenue au degré de perfection désirable pour que l’on puisse en obtenir des résultats d’ordre pratique.

Néanmoins, MM. Courmont, Richet et Héricourt sont arrivés à un résultat assez intéressant pour faire espérer que le dernier mot n’a pas encore été dit sur cette question. Ils ont, en effet, reconnu que les chiens inoculés avec le bacille de la tuberculose

aviaire, tout en ne présentant que de très légers accidents, acquéraient une résistance considérable contre la tuberculose humaine. Il est donc permis d’espérer qu’à cette immunité se rattache un pouvoir préventif utilisable, bien que nous sachions qu’entre ces deux phénomènes il n’y a pas un rapport absolument constant.

De toutes manières, le traitement avec le sérum des chiens ainsi vaccinés sera plus rationnel que l’injection du sérum de chiens neufs, et mérite d’être expérimenté en raison de son innocuité probable. Cette conclusion est également celle à laquelle est arrivée M. Babès, dans sa communication au congrès de la tuberculose de 1895.

De toutes manières, si l’on ne peut penser que, du jour au lendemain, la marche de la tuberculose pourra être enrayée et le malade définitivement guéri, on peut espérer que le sérum des animaux vaccinés pourra être utilisé préventivement chez les individus présentant un bon terrain de culture pour l’implantation du bacille de Koch. Il semble que, par cette méthode, M. Pinard ait diminué la mortalité des enfants issus de tuberculeux. Malheureusement, il ne s’agit là que de phénomènes cliniques contingents, et la question, en raison de sa capitale importance, gagnerait à être remise sur le chantier expérimental.

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