CHAPITRE IX
LA SÉROTHÉRAPIE DE LA STREPTOCOCCIE
Le streptocoque joue un rôle tout-à-fait à part dans la pathologie humaine, sous les formes différentes, mais toutes graves, de l'érysipèle, de la septicémie puerpérale, de la broncho-pneumonie, des suppurations phlegmoneuses et des multiples complications de toutes les autres infections microbiennes aiguës, du rhumatisme, des fièvres éruptives, de la diphtérie surtout, oi!i sa présence aggrave toujours le pronostic. Aussi s'empressa-t-on de chercher, dans la nouvelle méthode sérothérapique, dès qu'elle fut formulée, le moyen de combattre cette redoutable infection, continuellement menaçante.
M. LiNGELSHEiM et M. Paolis, en injectant des cultures vivantes aux animaux ; M. Roger, en em-
ployant des cultures stérilisées ; M. Mironoff, en combinant ces deux procédés, ont également réussi à réaliser la première étape de toute sérothérapie, c'est-à-dire à vacciner des animaux. Puis M. Roger, M. Marmorek et nombre d'autres expérimentateurs apportèrent la preuve des propriétés thérapeutiques du sérum des animaux ainsi préparés.
La préparation des animaux présente quelques particularités qu'il importe de connaître. Ainsi, lorsque l'on injecte à un cheval des cultures vivantes do streptocoque, son sérum — qui peut d'ailleurs contenir des streptocoques actifs pendant la première semaine et être infectieux — reste toxique jusqu'à la fin de la troisième semaine, et peut, dans celle période, tuer un lapin en quelques jours à la dose de un centimètre cube.
Après la troisième semaine ce sérum, qui n'est à aucun degré bactéricide in vitro ^ possède cependant un pouvoir préventif et curatif manifeste.
Il est en outre antitoxique, en ce sens qu'il neutralise, chez le lapin, Taction toxique du sérum de cheval en voie d'immunisation.
Sa valeur préventive est considérable : à la dose de deux centimètres cubes injectés sous la peau d'un lapin vingt-quatre heures avant l'inoculation virulente, il préserve cet animal.
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Employé comme agent curatif, il préserve, à la dose de un centimètre cube, un lapin infecté depuis trois heures avec une dose dix fois plus forte que la dose mortelle minimum.
Aussitôt établie cette base expérimentale — et cette étude est surtout due à M, Marmorek — le sérum antistreptococcique fut introduit dans la thérapeutique.
Une première tentative, assez peu encourageante, de la part de M. Gramakowsky, fut suivie de résultats positifs obtenus, d'abord par MM. Charrin et Ror.ER, puis par M. Marmorek, par M. Chantemesse, et enfin par de nombreux médecins.
Dans le traitement de Térysipèle, cette sérothérapie a donné des résultats satisfaisants, mais ne paraissant pas très supérieurs à ceux que procurent les traitements classiques.
D'autre part, dans le traitement de la septicémie puerpérale, pour lequel on avait conçu de grandes espérances, les résultats ont été très inégaux, tantôt fort encourageants, tantôt assez décevants.
On pouvait tout d'abord mettre ces incohérences sur l'absence de règles fixes dans l'immunisation des animaux.
M. Marmorek (189S), pour obtenir de grandes quantités de sérum, s'adressait à de gros animaux,
cheval et âne, le premier très résistant à l'infection streptococcique. L'immunisation était obtenue par cet auteur en injectant sous la peau de ces animaux un streptocoque extrêmement virulent, d'abord à doses faibles, pais à doses progressivement plus élevées, de façon que chaque inoculation fût suivie d'une réaction énergique. De fait, il faut une année pour rendre dans ces conditions, un cheval capable de fournir un sérum thérapeutique actif.
Les résultats obtenus par M. Marmorek avec son sérum furent d'abord les suivants : 411 malades atteints d'érysipèle, traités par la sérothérapie, donnèrent 14 décès, soit une mortalité de 3,4 p. 100. Les observations mentionnent une amélioration de l'état général de la cinquième à la douzième heure après la première injection. Dans les deux ou trois heures qui suivent celle-ci, il y a élévation de la température ; mais, surtout lorsque Tinter vention est précoce, la courbe redescend vite au niveau normal. L'albuminurie manque aussi chez les malades traités de bonne heure, et disparaît rapidement chez les autres. La dose moyenne injectée était de 10 centimètres cubes. La quantité totale maximum atteignait 120 centimètres cubes en dix jours.
Dans sept cas de fièvre puerpérale oii le streptocoque était seul en cause, on n'eut à enregistrer
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aucune terminaison fatale. Dans trois cas où il y avait association avec le coli-bacille, trois morts. Dans cinq cas oii il y avait association avec le staphylocoque blanc ou doré, deux morts.
De son côté, M. Roger pose cette règle que, pour obtenir de bons effets thérapeutiques, il faut employer des doses considérables de sérum ; et il en a donné, par des injections répétées, jusqu'à 60 centimètres cubes par jour.
Est-ce bien la technique de l'immunisation des animaux, et le mode d'administration du sérum aux malades qui sont les causes réelles de l'inégalité des résultats obtenus? 11 semble qu'il y ait lieu de tenir compte d'un autre facteur, d'importance bien plus grande.
Le streptocoque n'est pas, en effet, une espèce bien définie; tout au moins en existe-t-il, comme du bacille cholérique, de nombreuses variétés, ayant chacune leur virulence spécifique, et ne paraissant pas capables de conférer une immunité réciproque.
Pour M. Jules Gourmont, le streptocoque avec lequel M. Marmorek a fait ses recherches, ne serait pas le véritable streptocoque de l'érysipèle, et le sérum obtenu dans ces conditions favoriserait même l'infection streptococcique légitime chez le lapin, plutôt qu'il ne l'atténuerait.
Gomme ce dernier point a été dans la suite contesté par M. Lemotne, la question doit être considérée comme étant encore à l'étude.
Rappelons toutefois que, dès 1893, M, Behring distinguait deux classes de streptocoques : ceux de la pneumonie, des affections puerpérales et des séreuses; et ceux de la scarlatine et des pyémies.
M. Mironoff, d'autre part, en 1894, soutenait qu'on ne peut jamais immuniser complètement des animaux contre le streptocoque, et que le sérum obtenu, suffisant comme vaccin, échoue régulièrement lorsque l'infection est déjà en marche.
En résumé, il paraît ressortir de ce qui précède, tant de l'incertitude du point de départ microbique, que de l'insuffisance et de l'irrégularité des résultats thérapeutiques, que la question de la sérothérapie antistreptococcique est à reprendre en entier.
Son importance est considérable. Non seulement en effet plusieurs essais semblent avoir montré que cette sérothérapie possédait quelque efficacité contre la pneumobacillose et contre la scarlatine; mais il serait à souhaiter que l'on disposât d'un complément de thérapeutique sûr à joindre à la sérothé-
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rapie antidiphtérique dans le traitement des angines diphtériques avec association de streptocoques.
Les premières tentatives de combinaison des deux sérums dans le traitement de ces angines n'ont pas donné les résultats qu'on en attendait. Plus tard, M. Marmorek a cherché à préparer un sérum à la fois antistreptococcique et antidiphtérique, en pratiquant chez le cheval une double immunisation; mais il n'a pas fait connaître les résultats de cette nouvelle combinaison que l'on doit considérer par suite comme n'étant pas encore mise au point.