APERÇU HISTORIQUE
En remontant aussi loin que possible dans le passé pour retrouver quelque fait se rapportant à rhématothérapie — d'oii est sortie la sérothérapie, nous ne pouvons trouver que la transfusion du sang, dont la première tentative date du xvu® siècle et est attribuée à Denis, qui essaya de guérir un fou, en lui transfusant du sang d'agneau.
Cette thérapeutique, que l'on pourrait regarder comme tout à fait fantaisiste si l'on ignorait que l'animal transfuseur avait été choisi quia agnus Dei, n'a évidemment qu'un très lointain rapport avec rhématothérapie d'immunisation, qui a pour but d'apporter aux organismes un élément chimique qui leur manque, à l'état normal, et qui soit capable
LA SÉIIOTH. 1
Z LA SEROTHERAPIE
de s'opposer au développement de telle ou telle maladie infectieuse.
On en peut dire autant des transfusions ayant pour but de remédier à l'hémorragie, à l'anémie, aux empoisonnements divers, et dans lesquelles l'apport d'un sang nouveau est destiné à suppléer au sang qui fait défaut chez l'animal transfusé.
Les expériences faites par Raynaud, en 1877, sur la transmission de la vaccine par Tintermédiaire du sang, paraissent au premier abord avoir un rapport plus étroit et plus direct avec Fhématothérapie, et l'on a même cru pouvoir faire remonter à ces expériences l'origine même de la sérothérapie.
Or, qu'avait fait Raynaud ? Dans le cours de recherches sur les effets pathogéniques de la transfusion, il avait introduit, dans la jugulaire d'une génisse, 150 grammes de sang fourni par une autre génisse en pleine éruption vaccinale, et vingt-huit jours après cette opération, il constatait que la première génisse était réfractaire à une inoculation de Gow-pox,
La transfusion du sang vaccinal avait donc produit l'immunité chez l'animal récepteur de ce sang. Raynaud, frappé de ce résultat, fit alors quelques essais pour transférer, si possible, chez des enfants, par le sang de génisses ayant fait du cow-pox, l'im-
mimité vaccinale. Mais il n'obtint que des résultats absolument négatifs \
Il est facile de voir que l'unique expérience de Raynaud est en réalité très différente des expériences d'hématothérapie telles que , nous les comprenons aujourd'hui ; car l'auteur avait pris comme animal transfuseur un animal en pleine évolution d'une infection aiguë, et par conséquent il avait introduit, avec son sang^, les agents animés, les microbes de la vaccine, lesquels, évoluant chez l'animal transfusé, avaient alors produit, chez lui, l'immunité constatée après la transfusion.
En réalité, c'est Charles Richet qui, en 1881, formula le premier, dans son cours d'agrégé de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, cette idée, que l'injection du sang de mouton algérien, — démontré réfractaire au charbon par M. Chauveau, — à un mouton français, pourrait peut-être rendre ce dernier rebelle à l'infection charbonneuse.
L'expérience fut faite quelque temps plus tard par M. Rondeau, alors préparateur de M. Richet, et d'ailleurs un peu autrement qu'elle avait été indiquée. M. Rondeau, en effet, injecta à un mouton
1. Comptes-rendus de V Académie des Sciences, 5 mars 1877; et Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1877, t. T, p. 427.
français du sang de chien, animal reconnu relativement réfractaire au charbon, et inocula ensuite le charbon au mouton transfusé.
Cette expérience échoua ; le mouton mourut. La seule conclusion à tirer de ce fait — s'il était permis de tirer une conclusion générale d'une seule expérience — , c'était que le sang des animaux réfractaires, transfusé à des animaux non réfractaires, ne leur conférait aucune immunité.
Aussi bien, cette expérience ne fut-elle publiée que beaucoup plus tard (à la Société de Biologie^ dans sa séance du 20 novembre 1890), et après que la démonstration contraire de l'efficacité de l'hématothérapie venait précisément d'être apportée.
Cependant toute une série d^expériences, faites dans une direction assez voisine de l'hémato thérapie, avaient été publiées de 1884 à 1887.
En 1884, un élève de Schmidt, à Dorpat, M. Grohmann, montrait que le plasma sanguin, sans intervention de globules blancs ou rouges, exerçait une action défavorable sur la vie des microrganismes. L^auteur avait constaté que la bactéridie charbonneuse perdait de sa virulence à Tégard des lapins, si on la mettait en contact avec le plasma du sang de chien '.