L'ACTION THÉRAPEUTIQUE DES SÉRUMS
Au cours de cette rapide revue des diverses sérothérapies, nous avons vu qu'il fallait distinguer, dans ces liquides, des propriétés bactéricide, antitoxique et immunisantes, ces dernières étant préventive et curative, et pouvant être aussi l'une sans être l'autre.
La qualité bactéricide des sérums est de toutes la plus rare ; et elle n'est, en tout cas, nullement la condition et l'explication des autres. Il faut donc abandonner l'explication simpliste de l'activité des sérums par une action directe sur la vitalité des microbes.
La qualité antitoxique, dont la doctrine de M. Behring avait prématurément affirmé la constance, et
qu'il proposait comme le principe général d'une médication qu'il prétendait avoir inventée, — et dont en réalité il n'avait inventé que la théorie hypothétique — la qualité antitoxique fait souvent défaut ; et, d'autre part, l'observation des modifications qui accompagnent et suivent l'administration des sérums^ ne confirme pas la réalité d'un tel mécanisme thérapeutique, consistant en une réaction chimique pure ; elle révèle plutôt un autre processus, d'ordre biologique.
A toutes les preuves que nous en avons données chemin faisant, ajoutons encore quelques nouveaux faits .
M. Sawchenko, par des recherches très ingénieusement conduites, et récemment publiées, nous paraît avoir en effet établi une fois de plus, d'une façon décisive, qu'il ne faut établir aucun lien entre l'action bactéricide et l'action immunisante de certains sérums.
Ainsi la substance bactéricide du sang de rat est capable, non seulement de tuer, mais encore de dissoudre la bactéridie du charbon ; et cependant ce microbe peut être progressivement acclimaté contre cette action destructive, jusqu'à n'en plus être incommodé. Par contre, chez certains animaux réfractaires au charbon, le sérum n'est bactéricide à aucun
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degré ; et particulièrement, chez le rat immunisé, le sérum n'est pas plus bactéricide que chez le rat normal.
Dans le même sens, le sérum préventif du chien vacciné ne produit pas l'agglutination des bactéridies, tandis que le sérum du cheval non vacciné produit cette agglutination.
Le sérum préventif, dont l'action est de déterminer une phagocytose active capable de défendre l'organisme contre l'infection, ne doit donc pas nécessairement contenir des substances agissant directement sur les microbes, soit dans l'organisme, soit in vitro.
Le procès est le même à propos de la distinction à établir entre Taction immunisante et la propriété antitoxique.
M. Vaillard a constaté que la poule, réfractaire au tétanos, donne un sérum absolument inactif sur la toxine tétanique.
D'autre part MM. Calmette et Delarde ont vu qu'un sérum faiblement antitoxique, comme celui du hérisson ou du mangouste, pour le venin des serpents, se rencontre chez des animaux très vigoureusement réfractaires à l'action de ce venin.
Les animaux réfractaires à sang chaud peuvent produire des antitoxines sous l'influence d'injections
répétées de doses non mortelles de toxines ; les animaux réfractaires à sang froid ne produisent pas d'antitoxines dans les mêmes conditions. Ainsi les grenouilles peuvent acquérir l'immunité contre des doses mortelles de toxines, sans que leur sérum devienne antitoxique.
En somme, d'après les conclusions de MM. Calmette et Delarde, Timmunité des animaux naturellement réfractaires, de même que l'immunité acquise, ne saurait être attribuée à la présence, dans le sérum des animaux, d'une substance chimique ayant le pouvoir de détruire ou de modifier les toxines.
Il faut donc admettre que les deux sortes d'immunités, naturelle et acquise, sont en définitive la résultante d'une propriété spéciale des cellules.
Cette influence d'un sérum préventif sur l'activité d'un groupe particulier de cellules a été bien mise en évidence par M. Bardet (1895) dans des expériences faites avec le sérum anticholérique.
Par le chauffage, M. Bardet détruit d'abord la substance bactéricide de ce sérum ; puis, sur une lame qu'il porte ensuite à 37 degrés, il dépose du