L'ACTION THÉRAPEUTIQUE DES SÉRUMS
sang défibriné bien frais d'animal neuf, qu'il ensemence avec des vibrions vivants.
Si l'on ajoute alors à ce sang infecté, une goutte du sérum préventif chauffé, on est frappé de voir avec quelle ardeur les leucocytes, même dans ces conditions de Vin vitro ^ entament la lutte contre les vibrions, et comment ils finissent par les détruire. La preuve est là, sous les yeux, que le sérum préventif a agi à la façon d'une stimuline sur les leucocytes, comme un excitant spécifique du processus de la phagocytose.
Assurément il faut bien admettre que cette action destructive des phagocytes doit se réduire, en dernière analyse, à une action chimique. Mais cette action chimique est secondaire ; elle résulte d'une sécrétion provoquée sous l'influence du sérum ; et s'il se produit alors une substance bactéricide, celle-ci ne saurait être considérée comme ayant été apportée par le sérum.
Au contraire, on peut s'assurer que cette substance s'échappe même des leucocytes à un moment donné, particulièrement de ceux qui sont morts ou avariés, et qu'elle peut, par une action extracellulaire, achever la destruction des microbes. C'est ce phénomène que M. Metchnikoff a nommé Vactioîi phagolytique (1895).
Une étude de M. Mesnil (1896) sur le mécanisme de l'immunité contre la septicémie vibrionienne, conclut, dans le même sens, à Faction du sérum comme excitant cellulaire ; et nous retrouvons encore la même conclusion dans une étude de MM. Denys et Leclef (1896), à propos du mécanisme de l'immunité chez le lapin vacciné contre le staphylocoque pyogène.
Cette action stimulante n'est pas propre aux seuls sérums provenant d'animaux immunisés.
Tous les êtres vivants sont en effet pourvus, bien qu'à des degrés divers, de défenses contre les infections,, et parmi ces défenses, ils possèdent tous un milieu liquide où les cellules doivent puiser, en plus ou moins grande abondance, les éléments nécessaires à leur lutte contre les jiiicrobes.
Aussi a-t-on pu noter, dans le plus grand nombre des essais sérothérapiques, que le sérum des animaux normaux, non immunisés, agissait, à un moindre degré, mais dans le même sens, que le sérum des animaux immunisés. Et cette observation est importante pour la pratique, car elle indique qu'en l'absence de sérum spécifique, et dans des cas
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urgents, il ne faudrait pas négliger le secours, encore très appréciable, des sérums normaux.
Il est non moins intéressant, quand on est arrivé à cette constatation du mécanisme élémentaire de Faction thérapeutique des sérums, de voir à quel point, dans les sérothérapies en apparence les plus dissemblables, et comme nature, et comme efficacité, l'action du sérum est en réalité comparable, sinon même identique, en dépit de la profonde différence des résultats thérapeutiques définitifs.
Prenons, par exemple, la sérothérapie antidiphtérique et la sérothérapie anticancéreuse. Les dissemblances sont aussi profondes qu'on peut le demander : l'une de ces médications a triomphé; l'autre a misérablement échoué. Et cependant, les différences qui distinguent ces deux sérothérapies ne sont peut-être qu'apparentes.
Dans la sérothérapie antidiphtérique, l'action thérapeutique résulte du surcroît d'activité suscité chez les phagocytes par le sérum injecté. Avant d''avoir reçu cet excitant, les phagocytes, accumulés contre les fausses-membranes^ à la limite des tissus sains, mais stupéfiés et paralysés par les toxines