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CHAPITRE V

Avec la sérothérapie de la rage, nous avons la première application de la nouvelle méthode à une maladie dont l'agent pathogène est inconnu.

Certes la doctrine pastorienne autorisait une telle induction.

D'ailleurs MM. Babès et Lepp, qui les premiers s'étaient engagés dans cette voie, obtenaient tout d'abord des résultats encourageants.

Dans un mémoire daté de 1899, ces auteurs décrivent plusieurs expériences faites en injectant à des animaux — chiens et lapins — du sang de chien vacciné contre la rage ; et ils concluent à l'efficacité de ces injections. Les chiens en effet auraient survécu ; et les lapins, bien qu'ayant fini par succomber, au-

raient eu cependant une survie plus longue que celle des animaux témoins.

A propos de ces expériences, nous devons noter que M. Babès a cru pouvoir les invoquer pour réclamer en sa faveur la priorité de la découverte du principe de la sérothérapie. Cependant il suffit de se reporter aux termes mêmes de notre communication (Richet et Héricourt) à l'Académie des sciences du 8 novembre 1888, pour voir que nos expériences d'hématothérapie anti-pyoseptique n'avaient pas été faites seulement avec du sang normal, comme l'a dit inexactenrent M. Babès, mais en partie avec ce sang, et en partie avec du sang de chiens ayant subi auparavant une inoculation virulente du Stajjhylococcus pyosepticus', et qu'ainsi la priorité de l'emploi du sang des animaux vaccinés ne saurait revenir à M. Babès.

Mais reprenons la suite des recherches de cet auteur.

En collaboration avec M. Gerchez, il faisait, en 1891, des expériences montrant que le virus rabique, en contact prolongé avec le sang de chien vacciné, subissait une atténuation telle, qu'il devenait inoifensif. Ce sang antirabique semblerait donc être réellement microbicide.

En même temps, MM. Babès et Cerchez donnaient

les résultats de l'application à rhomme de la sérothérapie antirabique, pour laquelle ils avaient employé, soit le sérum de chien immunisé, soit le sérum d'homme vacciné. Sur douze individus traités après morsure, un seul décès s'était produit.

Assurément, en admettant même une très réelle efficacité de cette sérothérapie, il ne saurait être question de la considérer dès maintenant comme pouvant être substituée à la méthode de Pasteur.

Mais il nous semble indiqué de la combiner avec les injections du traitement antirabique pastorien, au moins dans les cas oîi ces injections se montrent parfois impuissantes, c'est-à-dire dans les morsures de la face, et aussi dans les cas où le traitement n'a pu être institué que tardivement.

Enfin et surtout la sérothérapie antirabique devrait être appliquée aux malades chez lesquels la rage vient d'éclater ; et il est au moins surprenant qu'aucune tentative méthodique d'un tel traitement n'ait encore été faite.

Considérons donc comme étant à remettre à l'étude toute cette question du traitement de la rage déclarée par la sérothérapie, sérothérapie qui sans doute pourrait être intra-crânienne, comme est devenue celle du tétanos; et souhaitons que les laboratoires le mieux outillés pour une telle étude, c'est-à-dire

les Instituts Pasteur, s'occupent de préparer le sérum dont l'indication peut se présenter, urgente, d'un moment à l'autre.

Cette difficulté de la sérothérapie antirabique à entrer dans la pratique est d'autant plus surprenante, que ce sérum spécial est un de ceux qui ont été étudiés le plus méthodiquement.

Dans un excellent travail daté de 1892, MM. Gumo, TizzoNi et ScHWARz ont bien montré que le sérum antirabique agissait beaucoup plus sur l'organisme malade que sur le virus lui-même. Car, chez les animaux traités qui, malgré une longue survie, avaient fini par mourir, le bulbe se montrait doué de la virulence habituelle. Inoculé à d'autres animaux, il déterminait la mort dans les délais normaux.

Cette observation est à noter. Nous la retrouverons presque à chacune des étapes de la sérothérapie.

De plus, MM. Tizzoni et Schwarz ont cherché à isoler la substance active du sérum ; et, au cours de ces recherches, ils ont constaté que cette substance ne dialysait pas, qu'elle précipitait par l'alcool, et

que, semblable aux enzymes, elle était soluble dans la glycérine.

Enfin, plus récemment, MM. Babès et Talasescu ont noté cette particularité, que le sérum antirabique se montrait actif surtout chez les animaux de même espèce; que le sérum de lapin vacciné était indiqué, par exemple, pour le traitement du lapin ; et que le sérum de chien vacciné, peu actif chez le lapin, se montrait très efficace chez le chien.

Ainsi cette étude de la sérothérapie antirabique, qui est encore restée sur le terrain théorique et expérimental, n'en a pas moins introduit dans la méthode générale plusieurs données très importantes qui pourraient servir de suggestions pour l'étude d'autres sérums thérapeutiques.

Comme résumé de la question, notons surtout ces particularités, que le sérum antirabique est microbicide in vitro, qu'il ne l'est pas in vivo, et qu'il peut être considéré comme préventif et curatif.

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