ÉCARTEMENT
Fig. 51. — Assemblage à demi-fer.
ment de 0^^,120 à 0™,130 alors même qu'on l'augmenterait de la déviation que peuvent subir des barreaux pressés par un fort levier, ne saurait livrer passage à la tête d'un adolescent de douze à quinze ans, et à plus forte raison à celle d'un adulte, on s'est arrêté à ces deux chiffres approximatifs, et presque toutes les grilles extérieures, quelle que soit leur hauteur, sont faites de barreaux mesurant de
0^,0275 à 0°^,030, avec un écartement variant de 0°^,120 à 0^130.
Toutefois quand on fait usage de verges, la grosseur est tenue un peu plus forte. Cela se comprend. A diamètre égal, le fer rond a, comme résistance en moins, celle des quatre angles qui ont été abattus. En outre, les barreaux, étant presque toujours considérés diagonaîement, offrent au champ visuel un espace plus vaste, et leurs angles arrêtant la lumière présentent un aspect plus robuste que les contours fuyants d'un cercle.
Pour les grilles de moindres dimensions, dont la hauteur ne dépasse pas 1™,75 à 2 mètres, il semble qu'on pourrait choisir des barreaux sensiblement plus minces. Cependant soit que l'œil, habitué aux proportions que nous venons d'indiquer, réclame des fers d'une certaine grosseur, soit qu'on tienne à conserver à l'ouvrage toute son apparence de force, les barreaux qu'on emploie couramment pour ces sortes de grilles sont rarement d'un diamètre inférieur à 0™,0275 ou à 0™,025, extrême limite. Ajoutons que cette réduction, malgré son peu d'importance, suffit sans doute à alarmer le serrurier soigneux, car celui-ci s'empresse de compenser cet affaiblissement des montants par une dimi-
nution de leur écartement. De cette façon, la sécurité n'est en rien compromise. Mais cette profusion de barreaux, surtout lorsqu'ils sont très rapprochés, oblige le serrurier de recourir à d'autres modes d'assemblages.
Ne pouvant multiplier à l'infini les mortaises qui percent
Fig. 52. — Rampe d'escalier du palais de Compiégne (exemple d'assemblage à demi-fer).
ses traverses et les nœuds ronds ou rectangulaires qui font à ces mortaises une sorte de ceinture, — ce qui enlèverait toute tranquillité d'aspect à ses sommiers, — il évite cet inconvénient en assemblant ses barreaux à demi-fer, opération qui se pratique de la façon suivante. Il entaille, soit à froid soit à chaud, le barreau et le sommier à la place^ù ils doivent se joindre, de façon que les deux entailles s'adaptent exactement et que les deux fers, s'emboîtantl'un dans l'autre, paraissent, quand ils sont réunis, ne
former qu'un seul morceau disposé en croix (voir fîg. 51). Gela fait, et pour empêcher les deux barreaux de se disjoindre, il les goupille avec soin.
Nous croyons inutile de faire remarquer que ce genre d'ouvrage n'est praticable qu'avec des fers de même largeur. Il est indispensable, en effet, que le montant et la traverse soient bien de calibre égal, sans quoi l'un débordant l'autre, révélerait avec un peu trop d'évidence la manière dont les deux barreaux ont été réunis. Enfin lorsque, pour une raison particulière, on est obligé d'employer comme montants des fers méplats, on doit s'arranger de façon que le petit côté soit placé en façade, de telle sorte que les dimensions du barreau et du sommier coïncident parfaitement sur les points où ils se trouvent en contact*.
L'assemblage à demi-fer, bien exécuté, est très propre, agréable à l'œil et suffisamment solide, moins toutefois que celui précédemment décrit. Aussi, pour augmenter la résistance de l'ouvrage, le serrurier fait-il parfois alterner ces deux modes d'assemblage, s'arrangeant de façon que sur deux montants successifs l'un traverse intégralement le sommier, alors que le suivant s'assemble avec celui-ci moitié par moitié en plein fer. On obtient ainsi des grilles d'un très heureux effet, et dont l'aspect général gagne en variété et en originalité. La clôture qui entoure le chevet de
1. Cette dernière disposition présente en outre cet avantage de donner plus de robustesse apparente à l'ouvrage, parce que celui-ci est très rarement envisagé géométralement , mais au contraire considéré le plus souvent de trois quarts ; de manière que, les fers disposés comme nous venons de le dire étant presque toujours vus sur leur grand côté, l'ensemble de l'ouvrage paraît plus solide. C'est pour cette m.ême raison que les barreaux assemblés carrément semblent plus épais que ceux placés d'une façon diagonale. Ces derniers, vus de côté, ne présentent qu'une de leurs faces, alors que les autres en montrent deux. Or — nous ne saurions trop le redire — les grilles extérieures sont généralement envisagées en raccourci, et apparaissent très rarement dans leur développement géométral.
l'église Saint- Vincent-de-Paul est un exemple du bon parti que Ton peut tirer de ces alternances*.
Bien que ces sortes de travaux assez délicats soient réservés généralement pour les grilles particulièrement soignées, les serruriers du xvii® et du xviii® siècle, auxquels on doit tant de magnifiques ouvrages, se sont parfois servis des assemblages à moitié fer dans la confection des rampes d'escalier, — témoin la belle rampe de Gompiègne (voir fig. 52), formée d'ovales assemblés de cette façon, — mais surtout pour clore des baies, des soupiraux, des impostes, et pour défendre l'accès des fenêtres situées aux étages inférieurs. Ces dernières clôtures, devenues presque rares de nos jours, sont demeurées jusqu'à la fin du siècle dernier, et en province particulièrement, fort répandues. Le plus souvent l'ordonnance en était assez simple. Pour interdire l'escalade par les croisées, on se bornait à sceller dans la maçonnerie des tableaux, deux ou trois traverses qui, préalablement percées de mortaises, étaient garnies d'une demidouzaine de barreaux présentés diagonalement et scellés eux aussi à leurs extrémités, ou se terminant en pointe. Lorsque la fenêtre grillée appartenait à un étage supérieur, pour permettre aux personnes de l'intérieur de se pencher et d'apercevoir ce qui se passait au-dessous d'elles, on cintrait les barreaux de façon que, la partie supérieure des montants continuant de demeurer dans l'embrasure, la partie basse, au contraire, débordait en dehors et faisait saillie sur la rue. Mais à côté de ces ouvrages tout à fait courants, on en fit de plus artistiques et de plus soignés, et le serrurier recourut, comme nous venons de le dire, à l'assemblage à moitié fer, qui, supprimant les saillies et pla- 'çant tous les barreaux au même plan, permet d'exécuter
1. Cette grille présente cette particularité que les Larreaux assemblés à mortaise sont de même grosseur que les sommiers, alors que ceux à moitié fer sont légèrement méplats ; ce qui ajoute encore à la variété de l'ouvrage.
des entrelacements compliqués et de les rendre très agréables à l'œil.
C'est, en effet, grâce à cette sorte d'assemblages que s'obtiennent ces belles combinaisons de rinceaux qui se pénètrent et se coupent, sans que les fers présentent à leur point de rencontre aucune augmentation d'épaisseur. C'est grâce à eux que l'on peut construire ces clôtures quadril-
Fig. 53. — Assemblage eu deux parties.
lées où les traverses, aussi nombreuses que les montants, s'assemblent avec ces derniers sans qu'on puisse apercevoir la trace de leur pénétration réciproque. Beaucoup de ces dernières grilles, jadis fort usitées dans les couvents pour les parloirs de religieuses, sont d'une exécution tellement soignée, qu'on ne peut se défendre d'une réelle estime pour les serruriers qui, dans des travaux courants, savaient pousser si loin la précision de leur art. Les barreaux, parfaitement équarris et dégauchis, ont été entaillés avec une exactitude si absolue aux endroits où ils devaient se croiser, et ces entailles à moitié d'épaisseur ont été perfectionnées à la lime avec une telle régularité, qu'une fois les barres assemblées et réunies par des goupilles soigneusement arasées, les joints deviennent en quelque sorte invisibles, et qu'il est désormais impossible à des yeux inexpérimentés, de distinguer la façon dont a été exécuté ce
curieux assemblage^ Parmi les ouvrages anciens, nous citerons dans ce genre les grilles qui, au Val-de-Grâce, clôturent les chapelles où les religieuses, autrefois, assistaient aux offices, surfaces considérables auxquelles les serruriers Mouchy et Mathérion, pour leur enlever sans doute tout aspect rébarbatif, ont donné l'aspect d'un treillage de jardin^.
Mais cette perfection de travail, bien qu'elle constitue un genre de beauté très appréciable, ne forme qu'une des qualités dont les grilles doivent être pourvues. Leur premier mérite, nous n'avons cessé de le répéter, c'est la résistance. Pour augmenter celle-ci, le serrurier, dont l'ingéniosité est toujours tenue en éveil, parce que tout en ses curieux travaux s'exécute à la main, le serrurier imagina de faire alterner les entailles pratiquées sur chaque barreau, de manière que la même face présentât tour à tour, au point de rencontre, tantôt une entaille et tantôt une joue. On comprend quel redoublement de solidité résulta de ces alternances, produisant une sorte d'enchevêtrement qui, une fois les barreaux bien goupillés et scellés à leurs extrémités, devenait inextricable.
Un autre mode d'assemblage à la fois savant et compliqué peut être également employé pour la confection de ce genre de grilles. Nous voulons parler de Y assemblage en deux parties, qui réunit les extrémités de deux barreaux dans une traverse de même épaisseur. Pour exécuter cette sorte d'assemblage, on débouche dans la traverse une mor-
1. Ces sortes de ti'avaux, jadis assez usités, sont devenus d'une grande rareté, et parmi les grilles confectionnées dans ces dernières années, on ne pourrait guère citer que le soubassement des grilles de l'Hôtel-Dieu donnant sur le Parvis, et les portes du Crédit. Lyonnais (façade du boulevard), qui soient exécutées par ce procédé. Encore pour ces dernières le serrurier, se conformant aux indications de l'arcbitecte, a-t-il dissimulé ses points d'assemblage par l'adjonction d'un fleuron, qui empêche de juger la précision de l'ouvrage.
2. Ces belles grilles furent achevées et mises en place en 1667.
taise de longueur convenable et aussi large que possible, et l'on pratique sur l'extrémité des barreaux qui doivent venir se joindre dans cette mortaise, deux tenons taillés en biseau, de dimensions convenables pour la remplir exactement. Une fois les deux tenons en place, on goupille le tout, et quand le travail est bien soigné, on obtient un ouvrage très propret Mais ce sont là des façons délicates, par suite assez coûteuses, et d'autant moins usitées que cette fragmentation des barreaux ne saurait profiter à la solidité de l'œuvre.
L'assemblage à moitié fer et l'assemblage en deux parties ne sont, au surplus, que l'application de procédés modernes, et par conséquent perfectionnés, à un genre de grilles très compliqué et qu'oii trouve usité dès le Moyen Age. Nous voulons parler des grilles entrelacées, ainsi nommées parce qu'alternativement les montants passent au travers des traverses et les traverses au travers des montants. Ces clôtures, très difficiles à exécuter, ne furent guère utilisées à cette lointaine époque, que pour serrer certains logis qu'on voulait rendre particulièrement inaccessibles, et pour enlever aux reclus de quelques couvents ou aux prisonniers de marque enfermés dans de ténébreux cachots, toute idée d'évasion et toute pensée de retour au monde extérieur. Mathurin Jousse, qui, dans sa Fidelle ouverture du serrurier, s'est attaché à parler plus spécialement de ce qui lui paraissait le plus difficile dans son art, nous a conservé le dessin de deux grilles de ce genre. Duhamel du Monceau rapporte également qu'il en vit une à Brest et qu'il la démonta. Ce double témoignage dit assez quelle importance les hommes les plus compétents du xvii^ et du XVIII® siècle attachaient à cette sorte de travaux^. L'aug-
1. La porte qui donne accès dans le chœur du Val-de-Grâce présente à sa partie centrale une traverse dans laquelle les montants du haut et du bas viennent ainsi s'assembler.
2. Ces grilles passaient au xvii' et au xviii' siècle pour tellemeiit
Fig. 54. — Grille provenant de la maison de Jacques Cœur, à Bourges (exemple de grilles entrelacées).
mentation de main-d'œuvre, et par suite de dépense qu'exige la confection de ces grilles entrelacées, se justifie dans une certaine mesure par le surcroît de sécurité qu'elles offrent. Et, en effet, lorsque les montants se bornent à traverser les sommiers, soit qu'on ait pris soin de les sceller en haut et en bas, soit même qu'on les ait assemblés à tenon et mortaise et rivés à des traverses enclavées dans des plates-bandes de pierre, il suffit de scier un de ces barreaux à ses deux extrémités, pour pouvoir le tirer et l'enlever. Avec les grilles entrelacées, rien de pareil ne peut se produire. Mais cet avantage, pour précieux qu'il soit, est loin de racheter la difficulté que présente le travail. Aussi au Moyen Age, où la main-d'œuvre était cependant peu coûteuse, on n'exécuta qu'un nombre très restreint de ces grilles, préférant recourir au travail de la forge et aux soudures multiples, comme dans la grille de la maison de Jacques Cœur que nous donnons (fig. 54), Enfin, de notre temps, elles ont été à peu près abandonnées, et nous ne trouverions guère à citer, en fait de grilles entrelacées, que les grandes grilles du Guichet de Flore aux Tuileries, où cette disposition alternative, obtenue à grand renfort de soudures, revêt beaucoup plus l'aspect d'un travail de haut luxe que d'un ouvrage ayant en vue la résistance et la sécurité.
Toutes ces combinaisons ingénieuses qui assurent la solidité des grilles seraient toutefois de peu d'effet s'il était possible de les escalader. Un des devoirs du serrurier est donc de rendre le sommet de son ouvrage sinon inaccessible, tout au moins infranchissable. Sous ce rapport, certains travaux de fortification exécutés en fer constituent des ouvrages de protection d'une efficacité indiscutable*
Mais cette prodigalité de pointes acérées chargées de
résistantes que le célèbre Grollier de Servière dans son cabinet de curiosités conservait un appareil compliqué et spécialement construit pour les rompre (voir Le Cabinet de M. de Servière^ Lyon, 1738). 1. Nous citerons notamment, dans ce genre, les grilles qui clôtu-
tenir les assaillants à distance, si elle est à sa place dans certaines constructions militaires, ne convient guère à des clôtures d'ordre privé. Aussi n'en trouve -t- on que peu d'emplois dans l'architecture civile, et les seuls ouvrages courants de ce genre que les serruriers soient appelés à confectionner, sont les artichauts, dards ou chardons qui servent soit à garantir le couronnement d'un mur, comme on peut en voir à la façade du n° 1 de la rue Béranger et sur la porte du n° 52 de la rue Sévigné; soit à intercepter le passage d'un balcon, d'un toit, ou même à empêcher la communication d'une fenêtre à l'autre, comme cela existe au n° 11 de la rue Jacob ; soit enfin à protéger les côtés d'une porte isolée ou d'une grille aboutissant à un saut de loup, comme on en remarque au grand Trianon, à Versailles, etc. Pour ces dernières, le hérissement de pointes qui caractérise ces sortes de défenses vient généralement se greffer sur une ou plusieurs volutes formant arc-boutant, et prête, entre les mains du serrurier habile, à des développements à la fois originaux, décoratifs et pittoresques.
Pour les grilles ordinaires on se contente à moins de frais. Lorsqu'on ne se borne pas à appointer les barreaux et à les terminer simplement en flammes, on les surmonte d'une suite d'ornements rapportés, affectant la forme d'un fer de lance ou d'une pointe de flèche qui, façonnés à l'étampe, fournissent un obstacle suffisant pour empêcher la grille d'être franchie. Dans certains cas, toutefois, et lorsque l'ensemble de l'ouvrage a la prétention d'offrir un dessin archaïque et compliqué, le dessinateur cherche à lui donner un supplément d'intérêt en imaginant quelques combinaisons qui font vaguement ressembler ces couronnements à des faîtages anciens. Un des modèles les plus employés depuis quelques années et l'un des plus simples,
rent la redoute d'Écouen du côté de la route de Villiers-Ie-Bel, et qui se hérissent dans tous les sens de pointes rendant l'escalade impos» sible.
quoiqu'il ne laisse pas que d'être décoratif, consiste à relier deux verges appointées, par une anse de panier dont le centre se trouve rivé au sommier, et dont les enroulements extrêmes sont retenus aux barreaux par des colliers ou par des goupilles. En modifiant légèrement ce thème, en remplaçant les pointes par des fleurons, on peut obtenir un certain nombre de combinaisons très heureuses.
Enfin, dernière précaution, pour prévenir l'escalade, on s'arrange de façon que la surface des traverses demeurée libre entre deux barreaux, soit garnie d'un ornement en pointe empêchant que Ton puisse poser le pied sur ces parties horizontales.
Fig. 55. — Centre de balcon composé par Lamour,