LES PREMIERS TEMPS
E tous les instincts, de tous les besoins qui, depuis le berceau jusqu'au déclin de la vie, hantent le cœur et le cerveau de l'homme, il n'en est pas qui soient à la fois plus intenses et plus généralement répandus, et nous ajouterons plus naturels et plus excusables, que le désir, que la volonté de conserver les biens dont on a pu devenir le possesseur.
Dans toutes les contrées, à toutes les époques de l'histoire, aussi bien chez les peuples les plus sauvages que chez les nations les plus civilisées, — et, chez ces dernières, à tous les degrés de l'échelle sociale, — ce besoin, cette volonté, se sont constamment manifestés avec une ténacité très particulière.
Tant que la principale richesse consista dans la possession des troupeaux et des biens de terre, l'homme s'appli-
qua par sa vigilance personnelle à prévenir, à empêclier les déprédations; mais quand les progrès des arts et des industries eurent mis en son pouvoir des matières ou des objets plus précieux à ses yeux que les troupeaux et les récoltes, il lui sembla que sa vigilance n'était plus suffisante pour sauvegarder de pareils trésors. Alors il construisit des réduits pour les abriter, et combina des fermetures pour les serrer^ et les préserver de toute atteinte. On peut conclure de cette constatation que la serrurerie est aussi vieille que l'industrie humaine.
Malheureusement cet art utile, précieux, indispensable, n'a laissé de ses premières manifestations que des traces assez confuses. Les Egyptiens connurent-ils les serrures proprement dites ? M. A. Pierret ne le croit pas ^. Ils se servirent toutefois de clefs, puisque, grâce à Vilkinson^, nous possédons le dessin d'une de celles-ci, à panneton en forme de trident. Ils firent également usage de cadenas, car le Louvre en conserve un fort curieux, affectant la forme d'un poisson dans la tête duquel entre la pièce de fermeture. Pour les Grecs, il ne saurait y avoir d'indécision. Homère^, en effet, nous montre Pénélope, lorsqu'elle va chercher l'arc fameux d'Ulysse, « prenant une belle clef d'airain recourbée en faucille « et se rendant en l'endroit reculé du palais où les trésors du roi étaient gardés avec soin. Et à la page suivante : « Elle ne balance plus, ajoute le poète; sa main dégage promptement la courroie liée à l'anneau, dirige la clef dans la serrure, le pêne fuit, et les superbes battants roulent des deux parts avec un long mugissement ».
Cette serrurerie primitive, qu'on pourrait presque qualifier de préhistorique, était-elle, comme la nôtre, fabriquée en fer ? Nous ne le pensons pas; Ce métal, encore fort rare