Odyssée^ loco cit
2. Plutarque, Démosthènes, VI, traduction d'Amyot, t. VIII, p. 12. — M. Dacier [Vies de Plutarque, t. XI, p. 6), qui traduit le surnom du père de Démosthènes par le mot fourbisseur, écrit : « Il était un des plus honnêtes hommes et des premiers citoyens de la yille. »
en. Gaule jointe à la longue expérience et à la grande habileté que nos ancêtres avaient acquises dans le traitement de ce métal, pour faire entrer la serrurerie dans la voie si brillante et si personnelle qu'elle allait parcourir. Encore, pendant longtemps, l'existence de ce bel art du fer demeurat-elle singulièrement mystérieuse. Une sorte de fatalité semble, en effet, avoir pesé sur lui. La renommée, si prolixe de renseignements sur tant de sujets qui nous intéressent médiocrement, se montre silencieuse à l'excès pour tout ce qui le concerne. Nous avons dit un mot de la vénération superstitieuse que les Égyptiens nourrissaient à son endroit. Si les Grecs, à l'instar des Assyriens et des Hébreux, rangèrent leurs premiers forgerons au nombre des bienfaiteurs de l'humanité; s'ils firent des cyclopes des êtres surhumains, qu'ils placèrent sous la conduite d'un dieu, encore eurent-ils bien soin de cacher leurs forges dans les profondeurs de l'Etna et de les rendre inaccessibles aux regards des mortels. Ajoutons que l'histoire de Rome, à cet égard, est aussi réservée que celle de Sparte et d'Athènes, et ce n'est point aux temps troublés qui marquent la chute de l'Empire Romain et la constitution de nos premières dynasties nationales, qu'il faut demander des renseignements précis sur les arts.
Bien mieux, les grands ouvrages qui, à défaut des textes, auraient pu éclaircir de quelques lueurs cette obscurité si profonde, font également défaut. A l'exception d'une prodigieuse quantité de clefs et de quelques anneaux livrés par les fouilles du Palatin, par l'exhumation d'Herculanum et de Pompe! et par nos nécropoles mérovingiennes, il ne nous est rien ou presque rien parvenu de ces temps lointains. La rouille impitoyable a tout dévoré. Nous ne connaissons guère, en fait de clôtures métalliques antérieures à l'an 1000, que la grille dont Charlemagne gratifia l'église Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle. Encore cette grille — comme celle dont Suger enrichit trois siècles plus tard la basilique de Saint-
Denis — était-elle en cuivre fondu. Il nous faut arriver au commencement du xii^ siècle pour trouver, avec les clôtures de Notre-Dame du Puy, de l'église de Conques (Aveyron), de l'église de la Brède (Gironde), des témoignages de la magistrale habileté de nos vieux forgerons, et c'est seulement au siècle suivant que nous rencontrons enfin un ensemble de documents écrits, qui peuvent servir de base à l'histoire de la Serrurerie.
Cet ensemble de documents nous est fourni par le livre précieux dans lequel, sur l'ordre de saint Louis, le prévôt des marchands Etienne Boileau réunit et codifia les usages, qui faisaient de son temps la loi des principaux métiers parisiens. Or, ce registre nous place en présence de trois groupements distincts, possédant chacun leur autonomie propre, et attestant, par conséquent, la pratique déjà fort ancienne chez nous de la mise en oeuvre du fer.
Le premier, et de beaucoup le plus important de ces trois groupes, était celui des Fèvres, qui se subdivisait lui-même en cinq classes : l'* les maréchaux, dont la spécialité est connue et qui, en un temps où la chevalerie était regardée comme le pivot de l'Etat, avaient forcément une importance qu'ils ont depuis perdue j 2° les veilliers, qui façonnaient les vis, les vrilles, les forets, et aussi sans doute la clouterie et les principaux outils ; 3° les greiffiers, auxquels on demandait les greiffes ou agrafes, c'est-à-dire les attaches, les liens, les ancres, les brides, les tirants, etc., employés par les charpentiers et les maçons pour retenir et consolider les édifices, tous objets qui, jusqu'au xvii^ siècle, se traduisirent au dehors par des combinaisons d'entrelacs, de chiffres, de dates, extrêmement décoratifs; 4*^ les heaumiers ou fabricants de casques et de cuirasses, et enfin 5** les grossiers, chargés d'exécuter les gros ouvrages de fer, tels que grilles, rampes, chenets, landiers, et aussi les fournitures de taillanderie. Cette dernière catégorie, la seule en l'espèce qui présente pour nous un sérieux intérêt, devait par
la suite quitter le premier groupe pour se joindre au second, dont il sera parlé tout à l'heure.
Les Statuts des Fèvres, tels qu'ils furent consignés par Etienne Boileau, n'offrent aucune particularité bien typique. Les membres de la corporation étaient hiérarchiquement placés sous la juridiction du « Mestre mareschal » du roi, qui « vendoit le mestier » à ceux qui voulaient s'établir. Le prix en était généralement de cinq sols, qui s'augmentaient d'une redevance de six deniers payée au roi. Le nouveau maître devait jurer de garder le mestier « bien et loiaument », et d'observer strictement les us et coutumes établis par ses devanciers. Il était libre d'exercer sa profession en tout temps, même la nuit, et d'avoir autant d'apprentis et d'ouvriers qu'il le jugeait nécessaire. .Tout manquement était puni d'une amende, et en cas de résistance le délinquant était privé de son privilège, sa a forge abattue », et en dernier ressort, il se voyait déféré au prévôt de Paris, qui avait ordre de se saisir de sa personne.
Le second groupe portait le nom de Serreuriers de Paris. Il relevait aussi du Maître maréchal du roi, auquel il devait également acheter le métier et au même prix. Il n'était tenu, par contre, qu'à un denier de redevance annuelle Par les Statuts il était interdit au maître de vendre aucune serrure neuve qui ne fût garnie de toutes ses gardes, et par conséquent en état de bien fonctionner; de faire aucune clef d'après une empreinte et sans avoir la serrure « devant lui en son hostel », — c'est-à-dire en son atelier, précaution ingénieuse pour prévenir les vols en empêchant la fabrication des fausses clefs. — Il lui était, [en outre, enjoint de ne travailler que le jour, « quar la veue de la nuit n'est pas souffisant à faire si soutil oevre ». Le nombre des ouvriers et celui des apprentis n'était pas limité. Toute contravention était punie de cinq sols d'amende versée au prévôt, quatre deniers au Maître des maréchaux, et toutes les œuvres mal faites étaient saisies et brûlées.
Le troisième groupe comprenait les fabricants de serrures pour coffrets, boîtes, etc. Il était désigné sous le no in de Serruriers de laiton, à cause du métal que ses adhérents employaient plus spécialement. Cette profession, par cela même très distincte des précédentes, n'était plus placée comme celle-cisousla juridiction du Maître des maréchaux, dont l'autorité s'étendait uniquement sur les artisans du fer. Aussi le métier était-il accessible à qui voulait l'entreprendre, à condition, toutefois, de se conformer aux Statuts. Ceux-ci ne permettaient qu'un apprenti pour chaque atelier. La durée de l'apprentissage était de sept ans. Si, au cours de ce temps, l'apprenti venait à quitter son patron, celui-ci devait faire son possible pour se ressaisir de sa personne, et, en cas de non-réussite, ne pouvait reprendre un nouvel apprenti avant l'expiration, du terme légal du contrat non exécuté. Il était, en outre, défendu au maître ainsi qu'à ses ouvriers de travailler de nuit, ni le samedi après le dernier coup de vêpres, sous peine d'une amende de deux sols. Toutes les serrures livrées devaient être munies de leurs gardes et en bon état, et les contraventions entraînaient, avec une amende de six sols parisis, la destruction de la pièce saisie. Défense était également faite, sous peine de cinq sols d'amende, d' « afaitier », c'est-àdire de remettre à neuf de vieilles serrures pour le compte des gainiers, merciers et cofiretiers, parce que ces derniers les revendaient comme neuves. Enfin, tout étranger venant pour exercer la profession, était tenu de faire constater par les maîtres, qu'il était capable et qu'il avait déjà travaillé au moins sept ans dans la partie. Celui qui l'employait sans avoir fait procéder à cette constatation était passible de cinq sous d'amende.
Tels étaient les Statuts qui régissaient, au xiii^ siècle, ces trois corps d'état alors distincts, et qui devaient par la suite se réunir pour n'en former qu'un seul.