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LE MOYEN AGE. — LES GRANDES CLOTURES

Nous ne nous occuperons pas dans cette rapide étude des Serruriers de laiton; ils paraissent, au surplus, avoir été absorbés dès le xiii^ siècle par leurs confrères les Serruriers de Paris. Les Registres de la taille de 1292, qui nous livrent les noms et les adresses de vingt-cinq serruriers parisiens, aussi bien que ceux de la taille de 1313, où l'on en relève dix-sept, n'établissent aucune différence entre ces deux corps d'états, si nettement séparés dès l'origine. Il est assez probable qu'à ce moment la fusion était déjà accomplie. Elle n'allait pas tarder à s'opérer avec les Fèvres, que ces registres nous signalent comme étant au nombre de trente-deux. Les premiers remaniements que subirent les règlements régissant ces divers métiers durent, en effet, amener un groupement rendu indispensable par la communauté des travaux et la similitude de la maind'œuvre. Ce fut en novembre 1411 que le roi Charles VI modifia et confirma les privilèges des serruriers, et à partir de cette époque il n'est plus question, dans les textes officiels, ni des Fèvres-grossiers ni des Serruriers de laiton. Dès la fin duxv^ siècle, la Communauté ainsi renforcée comptait parmi les plus considérables et les plus riches de la capitale, et le 16 juin 1549, quand les bourgeois de Paris se rendirent au-devant de Henri II faisant son Entrée solennelle, elle était représentée par soixante maîtres bien équipés. De toutes les corporations parisiennes, quati'e seulement avaient envoyé une députation plus imposante.

A défaut d'indications plus précises fournies par les documents corporatifs, il importe de remarquer que les très nombreuses et très artistiques serrures de coffres exécu-

tées en fer, qui nous sont restées du xiv^ et du xv^ siècle, attestent que, dès ces lointaines époques, le cuivre et le laiton avaient été à peu près abandonnés pour ce genre de fermetures. Il est à observer, en outre, qu'aucune de ces serrures de laiton n'est parvenue jusqu'à nous, et elles durent, pourtant, dans le principe, être fort abondantes, puisque leur fabrication suffisait à occuper un corps de mé-

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Fig. lOO. — Grille ouvrante, donnant accès dans le cloître

de la cathédrale du Puy.

tier. Il est vraisemblable que toutes auront été refondues, à cause de la valeur du métal. Nous ne retiendrons donc de cette division en deux classes distinctes qu'une seule indication : c'est qu'au xi^ et au xii^ siècle, le prix du fer travaillé devait être encore fort élevé, puis que l'on employait conjointement avec lui d'autres métaux relativement chers^

1. Une autre preuve de cette élévation de prix nous est fournie par la présence même, dans les habitations les plus considérables et cbez les princes les plus puissants, de serrures « de fust », autrement dit de bois. C'est ainsi qu'en 1334 au château de Rouen, résidence du duc de ^S^ormandie ; en 1391 dans l'hôtel du due de Berry; en 1417 au château de Senlis, habité par la reine Isabeau de Bayière (Voir Dictionnaire de l'ameublement, t. lY, p. 970), ou trouve

Cette constatation a son importance, car elle explique comment les vastes ouvrages de serrurerie, les grandes grilles extérieures notamment, demeurèrent à peu près inconnus pendant tout le Moyen Age. Il ne paraît pas, en effet, qu'on ait fait usage, avant le xvii^ siècle, de ces sortes de fermetures pour enclore des espaces découverts. Nous n'avons point trouvé trace, du moins avant cette époque, de travaux de cette nature. Les serruriers eux-mêmes — j'entends ceux qui, avant 1650, se mêlèrent d'écrire sur leur art ou de composer des modèles pour leurs confrères : P. Clary (1614), Pasquier de Focamberge (1625), Honorât Tacussé (1630), etc. — ne nous ont laissé aucune description ni aucune image de ce genre, et dans le livre de Mathurin Jousse, considéré comme classique, il n'est question que d'une sorte de grilles, les grilles entrelacées^ ^ dont les combinaisons ne sont guère utilisables que pour la clôture de baies d'une étendue restreinte. On peut donc conclure de ce qui précède que le Moyen Age, en fait de grilles importantes, ne connut que les grilles intérieures, et en fait de clôtures extérieures, ne fabriqua que des parties dormantes fermant des impostes, des soupiraux, des fenêtres, auxquelles on peut ajouter certains travaux de défense, les herses notamment, et aussi quelques portes de fer, si tant est que ces dernières puissent être rangées parmi les ouvrages extérieurs^.

de ces serrures économiques, dont la fabrication, au surplus, continua d'être encore fort longtemps usitée, car la Fidelle ouverture de l'Art du serrurier, publiée par Matburin Jousse en 1627, indique la façon dont ces sortes d'ouvrages sont confectionnés. Ce livre curieux contient, en effet, un chapitre X portant ce titre singulier : Pour forger serrures en bois. Il nous souvient en outre d'avoir vu dans le centre de la France, à Angoulême notamment, quelques échantillons de cette serrurerie primitive. Ajoutons que la grande porte de la cathédvale de Tours possède encore sur son vantail gauche une énorme « serrure de fust », qui paraît remonter au xvi^ siècle.

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