‹ La serrurerieChapitre 26 sur 38 · Loco cit., chap. LIV, p. 109 et suiv · texte numérisé non relu

Loco cit., chap. LIV, p. 109 et suiv

2. On voit par là quelle faute ont commise certains serruriers con-

Une de ces grilles ouvrantes — la plus ancienne peut-être qui soit parvenue jusqu'à nous — est celle qui sert déporte au cloître de la cathédrale du Puy (Loire) (voir fîg. 100). Ce beau morceau de serrurerie, qui constitue une véritable œuvre d'art, paraît dater des premières années du xii® siècle.

Fig. 101. — Grille de l'abbaye de Saint-Denis (d'après la restitution de M. Viollet-le-Duc).

Son ordonnance se compose de montants reliés ensemble par des brindilles soudées à des embrasses et retenues aux montants par des liens simplement contournés à chaud et soudés. Ce système de construction assurément ingénieux, employé dans un certain nombre d'ouvrages de cette épo-

temporains qui ont pris pour modèles de grilles extérieures à grand développement, des fragments de grilles intérieures dont l'étendue était forcément limitée.

que, et notamment pour les portes de l'abbaye d'Ourscamp près Saint-Omer* (voir fig. 58), paraît être demeuré en usage jusqu'au milieu du xv^ siècle. Avant cette date, toutefois, trouvant ces combinaisons trop simples dénuées d'ampleur et de richesse, nos serruriers s'étaient avisés de terminer les brindilles en fleurons ou feuillages étampés qui, variant l'aspect des petits fers, enlevaient à leur composition une partie de sa primitive maigreur. Ces fleurons, ces feuillages, dont les contours furent d'abord étampés sur le plat et plus tard sur le champ du fer, comme on peut le voir dans certaines grilles de la cathédrale de Reims, de l'église de Braisne et de l'abbaye de Saint-Denis (voir fig, 101), permettaient, quand cela semblait nécessaire, de consolider l'armature de la grille, en faisant mordre les uns sur les autres les divers enroulements et en les rivant à chacun de leurs points de contact, entre eux d'abord et en suite aux montants. Mais bientôt ces façons, très compliquées et d'une exécution toujours difficile, car la pièce, avant son achèvement, devait passer au feu un grand nombre de fois, subirent quelques simplifications. Des plaques de fer battu découpées et légèrement étampées lurent substituées aux ornements étampés en plein métal, et l'on arriva ainsi avec des moyens plus rapides à des effets également fort décoratifs. Ces découpures de fer battu furent d'abord soudées aux gros fers et aux brindilles, puis par la suite tout simplement rivées. Ainsi, à mesure que l'industrie se perfectionnait, la main-d'œuvre se simplifiait également et perdait de ses qualités héroïques.

Le système de construction de ces grands ouvrages ne fut point sensiblement modifié toutefois. Jusqu'à la fin du XV® siècle les serruriers demeurèrent fidèles à leurs principes traditionnels, et l'onpeut voir encore dans la grande cour

1 . Ces belles portes font aujourd'hui partie de la collection Lesecq. des Tourelles.

de l'école des Beaux-Arts des fragments d'une grille exécutée à l'aurore de la Renaissance pour l'abbaye de Saint- Denis, et qui est, comme ses devancières, composée de montants et de brindilles retenus par des liens recourbés et soudés à chaud. Elle ne comporte même aucune de ces adjonctions d'étampage ou de fers étirés et découpés dont le Moyen Age, à partir du xv® siècle, enrichit laplupart de ses grilles^ Mais tous ces ouvrages, nous l'avons dit, appartiennent, et comme composition et comme structure, à la grande classe des grilles intérieures. On y chercherait vainement, même à l'état embryonnaire, le point de départ de ces vastes travées qui, à partir du xvii® siècle, devaient enclore de grands espaces, et qui, suivant l'expression à la fois très juste et très pittoresque de Mercier, « ont l'avantage d'orner le point de vue sans le détruire^ ». C'est plutôt dans les ferrures extérieures des fenêtres qu'on découvre l'origine de leur ingénieuse et robuste disposition.

Ces ferrures placées devant les croisées des châteaux, des manoirs et aussi au dehors des sanctuaires, soit afin d'empêcher les escalades, soit pour prévenir les évasions, devaient naturellement offrir une résistance exceptionnelle. Pour assurer leur solidité, le serrurier n'avait garde, par conséquent, de ménager son travail et ses soins ; aussi n'hésitait-il point à multiplier les soudures, arrivant à faire pour certains ouvrages, comme pour la grille de la maison de Jacques Cœur (fîg. 54), des fermetures qui finissaient par ne plus être composées que d'un seul morceau. Cet excès de main-d'œuvre dura jusqu'au jour où l'on ap-^ pliqua à la confection des clôtures dormantes le système des traverses évidées de distance en distance, livrant passage à des montants goupillés.

1. Ces fragments, réunis à d'autres parties moulées et exécutées en fonte malléable, constituent la grille d'appui qui protège les belles portes d'Anet, donnant accès à la chapelle des Petits-Augustins.

Page 1