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LE MOYEN AGE. — LES FERMETURES INTERIEURES

Un détail bien typique, consigné par Guillebert de Metz ^ans sa Description de Paris, peut nous édifier sur l'état de complète insécurité dans lequel vivaient nos aïeux du Moyen Age. Décrivant l'hôtel de Jacques Duchié, riche bourgeois parisien, il nous apprend qu'on y voyait « une fenêtre faite de merveillable artifice par laquelle on mettoit dehors une teste (faite) de plates de fer creuse, parmy la- ^uele on regardoit et parloit à ceulx du dehors, si besoing ôstoit, sans doubter le trait* )>. L'hôtel de Jacques Duchié était situé rue des Prouvelles (aujourd'hui rue des Prou- Taires), c'est-à-dire au cœur même de Paris. Guillebert de Metz écrivait aux environs de 1420, en un temps, par conséquent, où la police n'était pas inconnue. On peut, d'après cela, juger des inquiétudes permanentes auxquelles étaient assujettis les gens du xiii® et du xiv® siècle qui habitaient en rase campagne ou dans des villes de peu d'importance. On avait donc grand soin de multiplier les serrures, les verrous, de renforcer les portes intérieures aussi bien qu'extérieures de barres, de pentures, de les garnir de guichets, d'obstruer les fenêtres de treillages et de barreaux, en un mot de combiner toutes les ressources de la serrurerie pour pouvoir se barricader chaque soir et pour soutenir, à l'occasion, un siège en règle. Aussi à cette époque citait-on parmi les curiosités de la capitale « l'hostel de Guillemin Sanguin en la rue des Bourdonnois », où l'on

1. C'est-à-dire pour se tenir à couvert des projectiles qu'on aurait jîu lancer à la figure d'une personne se mettant à la fenêtre. Cette précaution paraîtra bien typique. [Description de la fille de Paris au quinzième siècle^ p. 68.)

trouvait « des sereures autant comme il (y) a de jours en Fan* ».

Si des habitations privées nous passons aux monuments publics, aux hôtels de ville, aux couvents, aux chapelles, aux églises, etc., nous constaterons que le développement des ferrures en ces endroits particulièrement exposés, était bien plus considérable encore. L'ingéniosité des serruriers, mise en jeu par le sentiment le plus aigu, le plus poignant que rhomme puisse ressentir, par la crainte, multipliait les combinaisons. Les portes extérieures étaient littéralement bardées de fer, et tout le monde alors était pénétré de cette conviction — dont Mathurin Jousse devait plus tard se faire l'interprète — que « cest art (de la serrurerie) est d'autant plus profitable atout autre que il les surpasse en cecy, estans très certain qu'il n'y a maison, famille, chasteau, villes ou lieux de défense qui ne tienne toute son asseurance de la forge ou du fer^ ».

Enfin, ce déploiement extraordinaire de métal était encore nécessité par une autre cause que nous avons expliquée autre part^. En ces temps lointains, la menuiserie tra versait, comme procédés de fabrication, une phase toute rudimentaire. Elle ne savait point former des bâtis soi! dément assemblés à leurs angles, et capables de maintenir avec toute la résistance désirable les panneaux embrévés Les portes les plus vastes se composaient uniquement de planches juxtaposées, assemblées simplement à languette et feuillure ; et pour empêcher ces planches de se disjoindre, il fallait nécessairement recourir à une puissante armature de traverses en bois* ou, quand le travail était plus soigné,

1. Loco cit.^ p. 69. Guillemin Sanguin exerça de 1420 à 1432 les fonctions de prévôt des marchands.

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