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Manuel du serrurier, p

3. Les becs de flûte mesurent pour les gros fers de 6 à 8 centimètres, et de 3 à 5 pour les moyens et les petits

ciseau soit avec la panne du marteau. De cette façon les deux fers, s'accrochant , ont moins de facilité à glisser et à couler l'un sur l'autre au moment où l'on forge la soudure. Mais cette précaution n'est point indispensable. On a remarqué, en effet, que les bavures ainsi produites s'effacent souvent lorsqu'on donne la chaude au métal; et même, lorsqu'elles persistent, ces entailles présentent presque autant d'inconvénients que d'avantages, car elles risquent de retenir du fralsll. Or, la présence de ce dernier suffit à empêcher la soudure de s'effectuer

Fig 20. — Tiges apprètôes en bec de flûte pour la soudure.

Cette première opération s'exécute sur l'enclume , les deux barres étant portées au rouge cerise. Lorsque les amorces sont en état, on replace les barres dans la forge ; on leur donne une chaude blanche, en ayant bien soin que les deux morceaux soient également chauffés et dans toutes les parties qui doivent faire corps ensemble, mais pas trop au delà, afin que le fer ne s'amaigrisse pas auprès de la soudure. Quand on juge qu'ils ont atteint la température convenable, on les retire doucement du feu; on fait tomber le fraisil, on les pose sur l'enclume, l'un sur l'autre, comme il a été dit plus haut, donnant d'abord quelques petits coups pour commencer à produire l'adhérence ; puis, lorsqu'on n'a plus de crainte que les amorces glissent l'une sur l'autre, on frappe fort et ferme jusqu'à ce que les deux barres, convenablement pétries, soient définitivement réunies ensemble. Une soudure bien faite devient ainsi invisible, et deux barres soudées ne forment plus qu'un seul morceau

Il n'est pas besoin d'insister sur les nombreux avantages que présente cette faculté de réunir à chaud deux parties de fer. Le seul inconvénient qu'elle offre, c'est de raccourcir légèrement les deux barres; aussi le forgeron qui prévoit cette diminution de longueur a-t-il soin de se ménager toujours de la matière , de façon à n'éprouver de ce côté aucun mécompte. Mais il arrive parfois que l'ouvrier est tenu de rassembler deux pièces déjà travaillées qui ne peuvent rien abdiquer de leurs formes ou de leurs dimensions. Dans ce cas il est obligé de recourir à un autre procédé, qui se nomme brasure, et se rapproche singulièrement de la soudure de l'or et de l'argent décrite dans notre manuel sur I'Orfèvrerie^.

Supposons que nous ayons, par exemple, à réunir les deux parties d'une clef accidentellement rompue. Si la tige de cette clef, comme il arrive souvent, est beaucoup plus longue qu'il n'est nécessaire, alors nous pourrons tailler à la lime les côtés de la brisure de manière à les façonner en bec de flûte, puis, après avoir donné une chaude convenable, nous les souderons sur l'enclume en les forgeant. Mais si la longueur de la tige n'excède pas les dimensions indispensables (comme le montre notre fîg. 21), nous nous bornerons à aviver à la lime les deux parties à réunir. A l'aide d'un fil d'archal qu'on appelle à cause de cela fil à lier, nous les ajusterons ensuite pour les affermir et de façon qu'elles ne puissent bouger. Nous couvrirons l'endroit à braser avec de la soudure en poudre ou en petits paillons et du borax, chargé de faciliter la fusion. Puis nous soumettrons le tout à l'action de la chaleur. Celle-ci commencera par échauffer le fer, bientôt la soudure entrant en fusion coulera, s'étendra dans la fissure et produira l'adhérence des deux morceaux.

La composition de la soudure, ou, pour parler plus exac

1 Voir Orfèvrerie, p. 37 ot stiiv

tement, de la brasure qui sert à opérer ce genre de rapprochement, varie suivant la nature et la qualité de l'ouvrage. On en emploie trois espèces principales, qui sont : la brasure de cuivre, la brasure d'étain et la brasure d'argent. La première, résultat d'un mélange de cuivre rouge (rosette) et de zinc, est assez difficile à employer. Elle exige une grande habitude et laisse toujours des traces extrêmement visibles. Pour atténuer le contraste de couleur que présente cette petite bande de cuivre rouge interposée entre deux pièces de fer, on augmente la proportion de zinc; mais alors le mélange devient aigre et la brasure est cassante. C'est pourquoi dans les ouvrages de prix on se sert de préférence de soudure d'orfèvre ou brasure d'argent.

Jadis la chaude nécessaire à la fusion de la brasure s'obtenait à la forge et réclamait mille précautions spéciales Aujourd'hui on ne fait plus guère usage, du moins pour les pièces de valeur, que du chalumeau. Cet appareil permet à l'ouvrier de suivre et de contrôler le travail. Toutefois, il n'est possible d'utiliser le chalumeau que pour les objets de dimensions réduites, et c'est encore à la forge qu'il faut recourir pour les gros ouvrages. Ajoutons que ces derniers exigent rarement d'être brasés.

Fig. 21. — Clef ancienne brasée au-dessous de l'anneau.

L ETAMPAGE

Les soudures, si elles comptent parmi les opérations les plus importantes de la forge, ne sont pas, nous l'avons dit, les seules façons délicates qu'on exécute à chaud. Dans un grand nombre d'ouvrages, le fer est orné de profils plus ou moins compliqués. Ainsi les montants et traverses qui forment les châssis, les tiges des longs verrous, des espagnolettes et des crémones sont le plus souvent enrichis de quarts de rond ou de moulures. Les plates-bandes qui surmontent les appuis de balcon et les balustrades, aussi bien que les mains courantes des rampes, sont également moulurées. Enfin on remplit ordinairement les vides des panneaux avec des fleurons, des tiges ou des jets qu'on décore de boules et qu'on charge de graines. On peut, il est vrai, façonner ces divers ornements au marteau, au burin, à la lime, mais l'opération serait longue, pénible, coûteuse par conséquent. Aussi a-t-on de tout temps recouru à un moyen plus expéditif, qui est l'emploi de l'étampe.

Ce procédé, quoi qu'aient pu dire certains auteurs*, paraît extrêmement ancien. Les curieuses ferrures dont sont garnis les quelques coffres du xiii® siècle qui nous ont été conservés, ceux notamment de l'église de Noyon, de la collection Peyre et du musée de la ville de Paris, ont été certainement travaillées à l'étampe. Il en est de même pour les admirables pentures qui décorent les portes de l'église de

1. Duhamel du Monceau, parlant de certains ouvrages moulurés au burin et à la lime, écrit : a On trouve quelques anciennes grilles où les plates-bandes sont travaillées de cette façon : apparemment que dans le temps qu'elles ont été faites on ne connoissoit pas les étampes, qui d'une seule opération font des ouvrages beaucoup plus parfaits. »

Vézelay, de l'abbaye de Saint-Denis, des cathédrales de Sens, de Rouen, etc. Toutes ces belles ferrures ont été cannelées et fleuronnées par ce procédé. C'est également à l'étampe que dut recourir un serrurier contemporain, M. Boulanger, lorsqu'il fut chargé de restaurer et de compléter les pentures de Notre-Dame de Paris. Ainsi, bien loin de s'être développé avec le temps, il semble, au contraire, que l'étampage soit moins employé aujourd'hui qu'au Moyen Age. Ajoutons que la débordante richesse d'ornementation de la serrurerie à cette époque s'accommodait admirablement de ce genre de travail. Voici, du reste, en quoi il consiste.

L'étampe dont on fait usage se compose d'une pièce de fer très épaisse, aciéréeau moins dans sa partie supérieure, que l'on nomme semelle, où sont gravés en creux tous les profils ou dessins qu'on souhaite d'obtenir en relief, et en relief tous les ornements que l'on veut obtenir en creux C'est, en résumé, une sorte de cachet ou de matrice. L'étampe — lorsqu'elle est simple — est assujettie sur la table d'une forte enclume et de façon qu'elle ne puisse bouger. On fait ensuite chauffer la barre de fer que l'on veut travailler, et qui a été préalablement dégrossie et amenée aussi près que possible de la forme désirée. Quand cette barre se trouve à une température convenable, on la pose sur les cannelures ou dessins de l'étampe, et on la frappe à grands coups de marteau jusqu'à ce qu'on l'ait forcée de pénétrer dans la matrice et d'en épouser la forme. En chauffant de cette façon et en forgeant successivement sur l'étampe toutes les parties d'une barre, on arrive à la revêtir d'un bout à l'autre du même ornement, à moins que, variant les étampes, on ne varie aussi les profils. Lorsque les ouvrages qu'on exécute de cette manière comportent un certain soin, on en répare après coup les endroits défectueux au burin et à la lime droite ou courbe. C'est de la sorte que sont obtenus les appuis de balcon, les mains courantes et, au surplus.

toutes les grandes parties de fer qui sont moulurées seulement sur une de leurs faces.

Pour façonner celles qui sont décorées sur leurs différents cotés ou sur toute leur circonférence, on emploie deux semelles au lieu d'une. Supposons que Ton veuille confectionner le genre d'ornements extrêmement usité dans

Fig. 22. — Penture de Notre-Dame exéculée à rétaïupe par M. lioulanger.

les ouvrages de la serrurerie que l'on nomme des graines * Pour faciliter le travail, on commence par entailler la barre de fer, entre chaque graine, avec un ciseau spécial dont le taillant affecte la forme d'un fragment de cercle ; puis, la séparation marquée, on fait chauffer le fer et on le place sur

1. C'est le nom qu'on donne à de petites boules posées les unes audessus des autres et qui vont en diminuant de grosseur, de sorte qu'elles semblent enfilées sur une mêm^e tige qui sert de base à la plus grosse et sort sous forme de jet de la plus petite.

la semelle inférieure. On met alors sur la barre la seconde étampe, faite également d'une pièce de fer très épaisse, mais emmanchée d'un long morceau de bois qui permet de la manier aisément, et l'on frappe à tour de bras sur la semelle supérieure, et par contre-coup sur le fer prisonnier entre les deux étampes.

Le résultat de ces chocs violents est facile à deviner. Nos deux étampes creusées en gouttière offrent chacune, gravées plus ou moins profondément, la suite de graines qu'on veut obtenir. Lorsque la barre est appliquée sur l'étampe,

Fig. 23 et 24. — Étampe ouverte.

les arêtes qui séparent ces cavités successives pénètrent dans les entailles pratiquées au ciseau, et le marteau, par ses coups répétés, force le fer rougi à prendre la forme arrondie que lui impose cette double matrice. Ajoutons que, pour rendre l'ouvrage plus régulier, au cours du travail, on tourne et on retourne la barre entre les deux étampes, frappant dessus chaque fois et très fermement; et de la sorte on obtient rapidement une suite de graines exécutées avec autant de propreté, de netteté et plus de régularité que celles qu'on pourrait façonner à la lime.

Il demeure bien entendu que ce mode d'opérer n'est pas spécial à un genre unique d'ornements. Tous les autres peuvent être obtenus par ce procédé, depuis les plus artistiques jusqu'aux plus ordinaires. Veut-on étamper un fleu-

ron ? Nos figures 23 à 32 montrent le détail des matrices qu'il faut employer, en même temjDS que la marche du travail. Ony voit l'étampe ouverte d'abord, après celafermée; puis la masse forgée, en second lieu dégrossie, en troisième lien façonnée sur l'enclume et prête à être introduite dans fétampe; ensuite telle qu'elle en sort après chacun de ses divers passages, et finalement découpée, ébarbée, ayant reçu en un mot son aspect définitif. Pouf confectionner un anneau de clef, ou tout autre objet, on ne procède pas différemment. De tout temps, on s'est même servi des étampes pour fabriquer un grand nombre de pièces de serrurerie courante et de grosse quincaillerie ; et l'on en fait encore usage pour donner aux têtes de vis des formes variées, pour confectionner les vases qui surmontent et décorent certaines fiches

Fig. 25. — Ètampe fermée.

servant pour les armoires, pour les boutons, rosaces, etc En un mot, le serrurier emploie l'étampage toutes les fois qu'il n'a pas un procédé plus perfectionné à sa disposition, ou un moyen d'exécution plus rapide.

Les machines-outils, en effet, dans la serrurerie comme dans la plupart des autres professions de l'ameublement, ont pris depuis quelques années une importance considérable. Pour les mains courantes, les rampes de balcon, les appuis de balustrades dont nous parlions tout à l'heure, on n'a pas manqué de les utiliser. Dès la fin du siècle dernier, un serrurier parisien, nommé Ghopitel, avait trouvé le moyen de substituer à l'action de l'étampe et du marteau la

pression du laminoir. Le fer, dressé en barres d'un calibre convenable et porté à la température du rouge blanc, était introduit entre deux rouleaux sur l'un desquels les moulures étaient tournées en creux, et il sortait orné de profils très bien détachés. Aujourd'hui le laminoir est presque partout abandonné pour ce genre de travail, et on lui a substi-

Fig. 26 à 31. — Passes successives d'un fleuron étampé. — La masse forgée. — La masse dégrossie. — Premier passage à l'étampe. — Le fleuron ébarbé. — Le fleuron découpé. — Le fleuron dégagé et terminé à la lime.

tué le rabot à vapeur, qui, à l'aide d'un mouvement de vaet-vient, entame le fer, et détachant d'énormes copeaux, abat les angles, creuse les cannelures et donne à la barre, avec une régularité parfaite, la forme que l'on souhaité d'avoir. Mais cette opération s'exécute à froid, et il nous reste encore à mentionner une dernière application de l'étampe. Nous voulons parler de son emploi dans la fabrication des

feuillages, branchages, lambrequins, etc. Ici ce n'est plus le fer en barre qui est soumis à son action, mais la tôle rougie. On applique cette tôle sur des matrices de dimensions convenables et qui portent gravées en creux, avec l'indication des contours, les nervures ou dessins qui doivent figurer en relief. On bat au marteau, et quand la tôle a pris convenablement l'empreinte de ces dessins ou nervures, on la découpe et on la relève. Ces quelques indications, croyons-nous, suffisent à faire comprendre les servicesaussi nombreux que variés rendus par l'étampage à la serrurerie d'art.

Les deux seuls inconvénients que présente ce procédé, c'est en premier lieu que toutes les pièces fabriquées par ce moyen doivent être de dépouille (voir dans notre vol de \ Orfèvrerie, p. 59, la signification de ce mot); et en second lieu, c'est qu'il ne peut être employé avec avantage que pour les ouvrages répétés à un grand nombre d'exemplaires. Sans quoi, l'établissement des matrices, qui est toujours fort coûteux, le rendrait d'un prix inabordable.

Fig. 32. — Fleuron achevé et prêt à être soadé.

MANIERE DONT ON EXECUTE LES DIVERSES SORTES D EN- ROULEMENTS, VOLUTES, ARCADES ET ANSES DE PANIER

IL est un genre d'ornements qui, plus encore que l'étampage, joue un rôle considérable dans la confection de ces belles grilles, de ces appuis de balcon, de ces balustrades, de ces rampes, qui constituent le triomphe de la serrurerie d-'art. Nous voulons parler de ces beaux enroulements le plus souvent en forme de volute, qui donnent à ces grands ouvrages.un caractère exceptionnel de richesse et d'ampleur. Ges ornements, que le serrurier désigne d'une façon générale sous le nom de rouleaux, s'exécutent à chaud et de la façon suivante :

Le serrurier commence par transporter sur une feuille de tôle le dessin à grandeur d'exécution, tel qu'il lui a été fourni par l'architecte ou qu'il l'a imaginé lui-même. Ce dessin consiste en un simple trait indiqué très nettement. Il sert de gabarit à l'ouvrier, et lui permet, à mesure qu'il a contourné son fer, de contrôler la marche de son travail et de la rectifier au besoin. Ceci fait, notre compagnon prend dans son étau ou, mieux encore, fixe dans la mortaise de l'enclume une solide fourchette en fer. Puis il donne une forte chaude à sa barre, la retire du feu quand elle est arrivée au rouge blanc; ill'engage dans cette fourchette, et au moyen d'une longue tige armée de dents qui porte le nom de griffe, il l'oblige, par une pression énergique et continue, à se rouler suivant la direction que le dessin indique, en ayant soin, à mesure que le contour se forme, de présenter le fer sur le dessin pour s'assurer qu'il en suit bien le trait.

Cette méthode, théoriquement fort simple, exige une précision de coup d'œil et une sûreté de main exceptionnelles. Seuls, les forgerons accomplis l'emploient couramment. On

en pourrait même citer quelques-uns qui, dédaignant de se servir de la fourchette et de la griffe, façonnent leurs enroulements sur l'enclume avec le marteau. Mais comme il est bien rare que dans la confection d'un balcon ou d'une grille les mêmes volutes ne se trouvent pas répétées à un nombre assez considérable d'exemplaires, pour faciliter le travail et pour lui assurer en même temps une régularité plus absolue, on recourt à l'emploi des faux rouleaux.

On donne ce nom à un morceau de fer — façonné soit au marteau et sur l'enclume, soit à l'aide de la fourchette et

Fig. 33. — Rouleau à noyau Fig. 34. — Rouleau

de même épaisseur. sans noyau.

comme nous venons de l'indiquer — formant un enroulement dont le développement extérieur présente exactement le même contour que la partie intérieure de l'ornement que l'on veut produire. Ce morceau de fer ainsi préparé, a été préalablement soudé à une barre coudée à angle droit, dont l'extrémité inférieure, saisie par l'étau ou fixée dans la mortaise de l'enclume, permet au faux rouleau de développer sa courbe sur un plan horizontal.

Une fois en possession de cet appareil, notre serrurier s'occupe d'apprêter ses barres et d'en façonner l'extrémité soit en aminci, soit en noyau saillant, soit en noyau de même épaisseur (voir fig. 33 et 34), c'est-à-dire qu'il forme le point central de la volute et la partie qui, touchant à ce point central, figurera la première révolution. Ce travail préliminaire, qui fait ressembler la barre préparée à une crosse d'évêque, s'exécute sur l'enclume et avec le marteau. Lors-

que le nombre des enroulements doit être considérable ou quand on veut donner plus de grâce à l'ouvrage, il arrive encore qu'on réduit l'épaisseur de la barre, l'amincissant progressivement de telle sorte qu'elle finisse presque en pointe. Cette façon, qui se donne également sur l'enclume, offre cet avantage de dégager les petites révolutions et d'empêcher leurs enroulements plus rapprochés de former une masse compacte (voir fig. 35 et 36). Elle porte le nom de corne de bélier lorsque le champ, s'élargissant progres-

Fig. 35 et 36. — Rouleau en aminci, avec noyau saillant et sans noyau.

sivement prend a son extrémité un développement qui rappelle ce genre de cornes (voir fig. 39). Ces préparations achevées, l'ouvrier soumet de nouveau sa barre au feu de la forge, donne une bonne chaude à la portion qui doit être contournée, évitant autant que possible de chauffer les autres parties; puis, introduisant la crosse qu'il a façonnée dans l'extrémité intérieure du faux rouleau, il les lie ensemble avec une serre, et, saisissant la portion libre, il oblige, par une pression régulière et continue, la barre à venir s'appliquer sur la courbe décrite par le faux rouleau. Cette pression, il l'opère à l'aide de la griffe. Faisant appuyer une des dents de cette griffe sur le faux rouleau, et l'autre sur la barre, il contraint de la sorte son fer à suivre progressivement l'évolution décrite par le faux rouleau, jusqu'à ce qu'ayant adhéré à tous ses contours, ce fer finisse par l'envelopper d'une façon complète.

On comprend que le travail ainsi gouverné offre, avec moins de difficulté dans l'exécution, plus de régularité et de

sécurité dans la pratique, que les façons données directement avec le marteau et sur l'enclume. Aussi, dans la fabrication des grilles, des balustrades, des rampes, des balcons, l'usage de ces faux rouleaux est-il d'autant plus général que, par suite des besoins de la symétrie, un même

Fîg. 37. — Panneau de grille décoré par la répétition de la même volute.

enroulement, nous l'avons dit, se répète un nombre de fois relativement considérable. Notre figure 37 montre comment une seule volute peut, grâce à l'alternance, se retrouver quatre fois dans un panneau de peu d'étendue, sans engendrer la monotonie. Ce que nous disons des volutes s'applique avec plus de raison encore aux anses de panier, aux arcades, âux palmettes, en un mot à tous ces ornements qu'on désigne d'une façon générique sous le nom de con»

tours, et qui tiennent une place si importante dans lesgrands ouvrages de la serrurerie d'art.

De ce que le travail se trouve simplifié par l'emploi de ce procédé, il n'en faudrait pas conclure, toutefois, qu'il soit devenu facile. La confection préalable du faux rouleau.

Fig. 38. — Balcon contourné

surmontant l'entrée de la cour du

Dragon (rue de Rennes).

exige déjà du serrurier une habileté consommée et tout autant d'expérience qu'il lui en faudrait pour forger la volute elle-même. L'application de labarresur le faux rouleau réclame à son tour, avec une grande sûreté d'œil et de main, un bras robuste, capable d'un effort continu, et une présence d'esprit toute spéciale. Encore faut-il constater que l'opération envisagée par nous dans ce premier coup d'œil a été volontairement réduite à sa plus simple expression.

Très ^souvent il arrive qu'au lieu de donner naissance à. jun simple enroulement, une même tige sert de point de

départ à deux branches qui évoluent en sens opposé. L'opération, dans ce cas, se complique d'abord d'une soudure, et ensuite de la difficulté qu'on éprouve à chauffer, à manier, à mettre en place et à presser à la griffe une pièce relativement compliquée. En outre, notre premier enroulement se développe sur un seul et même plan. Or il peut se faire que, pour les besoins de l'ouvrage, il doive être contourné en divers sens. Lorsqu'on exécute une rampe d'escalier, cette rampe doit nécessairement suivre les évolutions décrites par le limon. Lorsqu'on façonne une grille de balcon, une balustrade, il arrive souvent que cette grille ou cette balustrade présentent des retours cintrés (voir fig. 38). Parfois même les panneaux dont elles sont formées ne s'élèvent pas verticalement. Ils se gondolent à la base. Dans ce cas les contours, préalablement exécutés à l'aide de faux rouleaux, doivent recevoir au marteau des inclinaisons partielles, et l'ouvrier n'a pour se guider dans cette nouvelle opération, que le dessin tracé par lui, non plus, cette fois, sur une feuille de tôle, mais sur une masse de plâtre qui reproduit (qu'on me permette le mot) le nivellement de l'œuvre finale.

On voit combien ce travail est à la fois savant et compliqué, et quel sens artistique il réclame chez l'ouvrier qui en est chargé. Celui-ci, à chaque morceau qu'il exécute, doit avoir constamment présent à l'esprit et pour ainsi dire debout devant les yeux l'ensemble de l'ouvrage. C'est à cette •condition seulement que l'œuvre peut présenter, au milieu de ses complications voulues, ce caractère d'unité qui est une des beautés principales de la serrurerie.

Fiff. 39. — Enroulement en corne de bélier,

DES PRINCIPALES SORTES DE GRILLES ET DES CARACTERES QUI LES DISTINGUENT

Si l'on compare aux beaux ouvrages que nous venons de passer en revue les autres travaux que le serrurier exécute à la forge, il faut convenir que ces derniers, surtout au point de vue de l'art, semblent d'une importance bien secondaire. L'action de couper le fer, de façonner les tenons et les mortaises et de confectionner les épaulements, bien que jouant un rôle considérable dans les assemblages et par conséquent dans la confection de ces grilles, de ces balcons, de ces rampes qui sont l'honneur du serrurier et le triomphe de son art, n'exigent ni cette sûreté de coup d'œil, ni l'expérience, ni l'habileté qui sont indispensables pour combiner, préparer et exécuter les ingémeux contours dont il a été question dans notre précédent chapitre.

Encore faut-il ajouter que, pour la plupart de ces travaux, le serrurier ne recourt au feu de la forge que pour suppléer à l'insuffisance de qualité du métal employé par lui. S'il n'avait à traiter que des fers extrêmement doux, d'une homogénéité et d'une ductilité parfaites, il pourrait, soit à l'aide de machines appropriées à cet usage, soit en se servant d'outils en acier très fortement trempés et en attaquant directement le fer au foret ou au ciseau et en l'achevant à la lime, le tailler, le couper, le percer, le fraiser, le tourner, l'élégir, et exécuter ainsi le plus grand nombre des façons qui rentrent dans sa spécialité. Pour certains assemblages délicats, demandant à être goupillés et rivés ou vissés, il procède à froid; par contre, dans beaucoup de cas, obligé de compter avec l'aigreur du métal, c'est à chaud qu'il opère, préparant à la forge et achevant sur l'enclume les fers qu'il doit mettre en œuvre.

Pour le moment, toutefois, nous n'insisterons pas sur la manière dont s'exécutent ces diverses façons, qui, ne craignons pas de le redire, ne présentent au point de vue de l'art qu'un intérêt secondaire. Nous glisserons également sur les assemblages, bien que ces derniers jouent un rôle en quelque sorte constitutif dans les grands ouvrages de serrurerie. Pour donner plus d'attrait à cette partie toute technique, nous allons passer en revue quelquesunes de ces œuvres maîtresses. La nature des assemblages et les différentes façons que nous venons de mentionner, varient, en effet, suivant le genre de travail que le serrurier exécute. En étudiant les diverses sortes de travaux qu'on lui demande, nous trouverons l'occasion d'expliquer comment il procède pour chacun d'eux.

Au premier rang des ouvrages les plus considérables qui rentrent dans la compétence du serrurier d'art, il faut placer les Grilles. Celles-ci peuvent être divisées en deux classes principales : l*' les grilles extérieures, chargées d'enclore un espace plus ou moins vaste ou de fermer une baie; 2* les grilles intérieures, qui ont pour mission plus spéciale d'établir des divisions dans un local clos et couvert, et de constituer entre les différentes parties d'une même pièce des séparations à claire-voie, laissant passer la lumière et ne masquant pas la vue. Les conditions dans lesquelles ces deux sortes de grilles doivent être établies sont assez différentes pour influer considérablement sur la disposition et le choix des éléments qui les composent.

Ce qu'on réclame, en effet, des grilles extérieures, c'est d'abord la résistance. Elles forment avant tout une défense, une protection. Aussi, quoiqu'on en ait fait de très belles, — celles de la cour d'honneur de Versailles, de l'Hôtel-Dieu de Troyes, du Palais de justice de Paris, du parc Monceau, etc. , en fournissent la preuve, — la beauté chez elles ne doit passer qu'après la solidité, et dans aucun cas

le besoin d'élégance ne doit atténuer cette qualité primordiale. En outre, il importe que leur solidité, leur résistance, soient non seulement réelles, mais encore bien évidentes. Or les grilles extérieures sont généralement considérées de loin; leurs barreaux, qui se détachent en noir sur des fonds clairs, toujours placés à une certaine distance, ont à lutter contre la nuance brune dont ils sont revêtus et qui rend leurs formes plus sveltes et plus grêles ^ et contre l'air ambiant dans lequel ils baignent et qui boit leurs contours. Pour leur conserver l'aspect de force, de robustesse qui légitime leur présence, il est indispensable qu'on tienne leurs fers sensiblement plus épais que ne l'exige en réalité la sécurité des espaces que l'on entend protéger.

Avec les grilles intérieures il n'&st rien de pareil. Constituant, nous l'avons dit, une division plutôt qu'une défense, elles ne réclament pas cet excès de robustesse apparente, et leurs formes peuvent être délicates sans paraître fragiles. Détachant nettement leur silhouette sur des surfaces ou des objets relativement assez proches, leurs fers n'abdiquent rien de leurs dimensions réelles. De là, par conséquent, une différence radicale dans le choix des barreaux et dans la manière de les employer. Ce n'est point tout.

Isolées dans l'espace, ne se rattachant qu'accessoirement aux bâtiments qu'elles précèdent ou qu'elles enveloppent, les grilles extérieures jouissent, au point de vue de leur ornementation particulière, d'une indépendance très grande, presque absolue Appelées, en outre, par leur position à être considérées sous les angles les plus divers, et de côté plus souvent que de face, elles exigent de grandes surfaces simples, régulières, dont la beauté consiste surtout dans l'ampleur plus ou moins magistrale de leurs proportions. C'est pourquoi les maîtres serruriers distribuent généra-

1. Voir pour ce qui concerne l'impression produite par les couleurs notre manuel de la Décoration, prop LXVI

LA SERRITRERIfi

lement ces sortes de grilles en travées uniformes, très sobrement décorées, et réservent toute la richesse de leur

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Fis. 40. — Grille extérieuro de l'Hôtcl-Dieu, à Troyes.

ornementation pour les entre-deux ou pilastres qui séparentles travées, et pour les portes qui en occupent le centre. En procédant de la sorte, ils agissent, du reste, très sage-

ment. Leur ouvrage, grâce à cette disposition logique, gagne en unité. Les travées formant des repos font mieux valoir la décoration des pilastres, des entre-deux et des portes. De plus, il est aisé de se rendre compte de la confusion que produirait une grille très ornée considérée en raccourci. L'enchevêtrement de ses lignes deviendrait incompréhensible, et l'accumulation des détails enlèverait à l'ouvrage tout aspect de solidité et tout caractère de grandeur. Les grilles qui bordent la grande galerie du Louvre et celles qui entourent l'hôtel de ville, bien qu'elles mesurent seulement 1°^,20 de haut, rendent cette constatation facile. Enfin, même lorsque le rôle de ces défenses se borne à clôturer une baie et qu'elles tiennent à la construction, leur caractère protecteur domine encore leur aspect décoratif; sans compter que, pour ne point diminuer le jour et ne pas empêcher la vue, elles sont tenues à une grande simplicité. Les ornements seraient en effet déplacés dans leur confection, puisqu'ils sont incommodes.

Quand elles sont, au contraire, enfermées dans un édifice, les grilles ne jouissent pas à beaucoup près d'une pareille indépendance. Se trouvant intimement liées à la décoration générale, elles sont tenues de participer à la magnificence du lieu, et de s'inspirer de son style. N'ayant jamais à enserrer d'espaces considérables, leur développement, forcément limité, permet de les fractionner en panneaux de proportions convenables, qui, considérés toujours séparément, constituent chacun un ensemble distinct, et conservent ainsi leur autonomie décorative. En outre, par suite de l'étroitesse du lieu et de l'impossibilité d'un recul indéfini, le spectateur se trouve amené à les contempler presque de face, et en dehors de ces vues latérales, en raccourci, qui occasionnent des déformations inévitables. On voit, par ces quelques observations, que les conditions de dessin et de construction des grilles intérieures diffèrent diamétralement de celles des grilles extérieures. Il en est

de même pour les ornements qui embellissent ces sortes d'ouvrages.

Contemplées à distance, les grilles extérieures exigent, dans la disposition générale aussi bien que dans l'exécution des culots, rinceaux, palmes et fleurons, une certaine ampleur, et tolèrent même quelques négligences de facture. Ce sont les grandes lignes |de la décoration qui frappent l'œil, et non pas la précision du détail, qui, considéré de loin, se trouve noyé dans la masse. Exposées à toutes les intempéries, les grilles extérieures — pour être protégées contre la rouille destructive — doivent, en outre, être enduites de minium et recouvertes de peinture à l'huile. Or les couches successives de cette peinture épaississent et empâtent les ornements. Il est donc indispensable de les traiter d'une façon grasse et sommaire.

Placées au contraire sous l'œil et à portée de la main, les grilles intérieures doivent présenter une ornementation fine, délicate, achevée. N'ayant rien à redouter des frimas, non seulement elles n'ont aucun besoin d'être protégées par un enduit isolant, mais elles peuvent même être polies, — comme cela se voit à l'admirable grille du chœur de Saint-Germain-l'Auxerrois et à l'appui de communion de Saint-Pierre de Ghaillot, — sans que leur entretien exige des soins excessifs. Ainsi la diversité dans l'appropriation entraîne une différence complète, absolue, dans l'esthétique de ces grandes œuvres. Nous verrons bientôt que ces observations s'étendent à tous les ouvrages similaires, et qu'il en est de même pour les grillages, rampes, balustrades, etc., dont la forme et la décoration varient suivant la destination qu'on leur réserve. Aussi le dessinateur auquel on demande un projet, doit-il, avant tout, s'enquérir de l'emplacement qu'occupera l'ouvrage dont on veut bien le charger, et du rôle qu'il est appelé à remplir.

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